Selon Reuters, le Japon s’apprête à démarrer une expérience d’émission de yens numériques. Après la Chine et la Suède, le Japon souhaite à son tour développer sa propre MNBC (monnaie numérique de banque centrale). Une trentaine de grandes entreprises japonaises commenceront l’année prochaine à expérimenter cette monnaie numérique.

La monnaie numérique séduit les banques centrales

Depuis plusieurs mois, de nombreuses banques centrales du monde entier se penchent sur la monnaie numérique. Au début de l’année 2020, le Royaume-Uni, le Japon, la Suède et la Suisse avaient même annoncé former un groupe pour partager leurs expériences. C’est l’économiste français Benoît Coeure, également ancien fonctionnaire de la BCE, qui a pris la tête de ce groupe de réflexion. Aujourd’hui le Japon souhaite accélérer sur le sujet et annonce le début de l’émission de sa propre monnaie numérique. Il y a une prise de conscience très claire de la part des banques centrales mondiales de l’importance capitale de ces monnaies numériques.

Au pays du soleil levant, un groupe composé des trois plus grandes banques japonaises ainsi que de sociétés de courtage, de télécommunications et de services publics, mènera des expériences pour tester le bon fonctionnement de cette monnaie numérique bientôt disponible à travers une plateforme de règlement commune. Le président du groupe, Hiromi Yamaoka, précise que : « le Japon dispose de nombreuses plateformes numériques, mais aucune n’est assez forte pour battre les paiements en espèces. Nous voulons créer un cadre qui puisse rendre les différentes plateformes mutuellement compatibles ».

Un défi pour le Japon qui consomme beaucoup d’argent liquide

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Japon est l’un des pays les plus consommateurs d’argent liquide au monde. Les paiements en espèces représentent au Japon 80% des échanges, contre 55% aux États-Unis et seulement 30% en Chine. Le problème au Japon est que plusieurs plateformes numériques sont en concurrence et donc incompatibles entre elles, contrairement à ce qu’il se passe en Chine. Au pays de Xi Jinping, une poignée de plateformes gigantesques dominent le marché.

C’est justement la Chine qui est le pays le plus avancé sur le sujet des monnaies numériques. Le yuan numérique est prêt à être légalisé. Le gouvernement chinois développe depuis mai sa propre monnaie numérique. L’objectif est pour l’heure de tester la fiabilité théorique, la stabilité du système, la disponibilité fonctionnelle, la commodité des processus, l’applicabilité des scénarios ainsi que la gestion des risques liés à une telle monnaie. Pour être tout à fait précis, le pays travaille sur les monnaies numériques de banque centrale depuis 2014, et a même créé en 2017 le « Digital Currency Research Institute ».

En Suède, la banque centrale teste également une monnaie numérique depuis février 2020. Le pays estime que l’utilisation des espèces est en très forte diminution alors pourquoi les pays ne pourraient-ils pas émettre leur propre monnaie numérique ? En 2018, les billets de banque ne représentaient que 1% du PIB suédois, selon les données de la Riksbank, contre 11 % dans la zone euro, 8% aux États-Unis et 4% en Grande-Bretagne…