Alors qu’elle s’annonçait record, l’introduction en bourse d’Ant Group en Chine a été suspendue par les autorités du pays. Ces dernières craignent notamment le manque de régulation du géant de la tech, et veulent par la même occasion montrer qu’elles dirigent les finances du pays d’une main de fer.

L’IPO la plus importante de l’Histoire

L’IPO devait avoir lieu aujourd’hui même. En levant 27 milliards d’euros, Ant Group était censé signer la plus importante introduction en bourse de tous les temps, et devait être coté à Hong Kong et Shanghaï… mais le gouvernement chinois en a décidé autrement. Le lundi 2 novembre, Jack Ma ainsi que d’autres dirigeants d’Ant Group, ont été convoqués à une réunion de haute importance aux côtés de trois régulateurs financiers et de la banque centrale chinoise. Parmi les régulateurs, se trouvait notamment Liu He, vice-Premier ministre de la république populaire de Chine. Pour rappel, Jack Ma est l’homme le plus riche de Chine, co-fondateur du géant du eCommerce Alibaba et d’Ant Group, il a contribué à la croissance effrénée du pays depuis le début des années 2000.

Cette convocation n’était pas due au hasard, loin de là. La semaine dernière, l’homme d’affaire a déclaré : « Une bonne innovation n’a pas peur de la réglementation, mais a peur d’une réglementation dépassée. Nous ne devrions pas utiliser la façon de gérer une gare pour réglementer un aéroport, ni réglementer l’avenir avec la méthode d’hier ». Il faisait référence à un accord fixant les exigences de fonds propres des banques et à la manière dont la Chine régule sa finance.

Un mastodonte en Chine

Lors de l’entretien, les régulateurs ont émis leurs craintes auprès de Jack Ma. Il faut en effet savoir qu’Ant Group est le roi du paiement mobile dans l’Empire du Milieu, et est par conséquent implémenté sur le téléphone de quasiment tous les Chinois. En outre, l’entreprise propose des offres d’assurances et de crédits en ligne, qui sont traités par des intelligences artificielles en seulement quelques minutes. Elle est également en partenariat avec plus de 100 banques commerciales.

C’est surtout cet aspect de l’activité d’Ant Group qui inquiète la Chine : si la firme se définit comme un géant de la tech, les autorités la considère davantage comme une sortie de banque privée alors qu’elle n’est pas soumise aux mêmes régulations que ces dernières. Tandis que le système financier chinois, qui est majoritairement tenu par l’État, est en proie à un endettement excessif, Ant Group ne contribue pas à son renflouement. Depuis 2017, les autorités chinoises combattent ce qu’elles appellent l’activité bancaire parallèle opérée par des entreprises privées, et ont voulu frapper un grand coup en mettant un pied d’arrêt à l’entrée en bourse d’un véritable mastodonte du pays.

Nouvelles réglementations

En plus de la réunion, de nouvelles règles financières ont été annoncées. Désormais, les banques régionales ne peuvent par exemple plus réaliser des crédits en dehors de leur territoire en passant par des services en ligne. Bien sûr, le frein mis à l’introduction en bourse d’Ant Group devrait, normalement, figurer comme un simple report en attendant que la firme se soumette aux réglementations du gouvernement. Ce dernier en a néanmoins profité pour frapper des pieds sur la table et assouvir son autorité.

Si les épargnants chinois ayant investi seront remboursés par l’entreprise, Alibaba est en chute libre à Wall Street, rapporte La Croix.