Les PDG de Twitter, Facebook, et Google ont répondu présent le mercredi 28 octobre à une audition du Sénat américain visant à réformer la section 230, cette loi considérée comme pilier de la liberté d’expression. Les géants de la technologie se sont efforcés, tant bien que mal, de se défendre face aux accusations “anti-conservateurs”, en plus de leur manque de partialité, selon les Républicains, à quelques jours d’une élection sous haute tension, gangrénée par la Covid-19 et la désinformation grandissante.

Cette visioconférence, qui a duré 4 heures, n’a certainement pas plu au sénateur du Connecticut, Richard Blumenthal. Ce dernier n’a pas hésité à pointer du doigt l’acharcharement et l’absurdité de cette audition au Sénat “qui se déroule littéralement à quelques jours d’une élection présidentielle et dont le but semble d’intimider les réseaux sociaux pour favoriser Donald Trump”.

Les républicains grognent contre la censure

Une chose est certaine, l’audience a toutefois permis aux Républicains, le parti de Donald Trump, de se libérer de toute leur colère face au sort injuste dont ils sont soit-disant victimes. Les républicains chargent les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, et Google) de censurer les contenus qu’ils n’apprécient pas, souvent contre les conservateurs. En effet, les alliés de Donald Trump n’ont guère apprécié la censure de l’article accablant du New York Post sur le fils de Joe Biden, Hunter Biden, qui aurait entretenu une relation douteuse en 2014 avec un groupe gazier en Ukraine, lorsque ce dernier travaillait à l’étranger.

Ted Cruz, un sénateur Républicain du Texas, dénonce le PDG de Twitter, Jack Dorsey, de promouvoir la partialité “anti conservateur” : « qui vous a élu et vous a confié la responsabilité de ce que les médias sont autorisés à rapporter et de ce que le peuple américain est autorisé à entendre, et pourquoi persistez-vous à vous comporter comme un super démocrate en faisant taire les opinions contraires à vos convictions politiques ? ».

Le PDG de Twitter, Jack Dorsey, qui est resté calme tout au long de l’audience, a effectué son mea-culpa, le mercredi 14 octobre au soir, pour sa mauvaise gestion concernant l’article sur Hunter Biden. « Notre communication sur nos actions concernant l’article du New York Post n’a pas été géniale. Et bloquer le partage de l’adresse internet de l’article avec zéro contexte expliquant pourquoi : inacceptable ». Désormais, les contenus piratés ne seront pas effacés, mais une étiquette “contenu piraté” y sera apposé.

La section 230 plus que jamais sur le qui-vive

Les PDG de Twitter, Google et Facebook ont insisté sur l’importance de la section 230, véritable pilier de la liberté d’expression. Elle stipule que les utilisateurs des services informatiques interactifs et les géants du web, ne peuvent être traités comme des éditeurs de contenus écrits par d’autres utilisateurs. Cette loi confère donc une protection accrue aux réseaux sociaux et déplaît grandement au président Donald Trump, qui souhaite abroger cette loi, et conférer aux réseaux sociaux des responsabilités accrues quant aux contenus qu’ils hébergent.

Toutefois, les trois PDG estiment qu’ils n’ont pas à devenir les arbitres du discours politique. Ils ont émis une ouverture face à une possible modification partielle de la section 230. Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg met en exergue la difficulté que rencontrent les réseaux sociaux puisque : “les Démocrates nous accusent de ne pas modérer assez, et les Républicains de trop modérer”.

Fléau des infox : l’UE réagit

Le sénateur démocrate du Montana, Jon Tester, fustige un coup politique de cette audience : “Je le sais, mes collègues le savent, tout le monde ici le sait (…). Et pourtant, il y a beaucoup, beaucoup de sujets sur lesquels nous avons des questions à vous poser : sur les manquements à la vie privée ou la désinformation sur vos plateformes.” En effet, une étude du German Marshall Fund a démontré qu’une augmentation de 293% de contenus douteux et infondés circulent sur les réseaux sociaux depuis l’élection de Donald Trump, en 2016.

Face à ce fléau inquiétant qui pollue l’univers du web et qui met à mal la démocratie, la Commissaire européenne chargé du numérique, Margrethe Vestager, ambitionne doter l’Union européenne de pouvoirs supplémentaires afin d’agir en amont et surveiller les géants de la tech, pour les empêcher d’agir en toute impunité. De nouvelles mesures seront annoncées le 2 décembre prochain pour rééquilibrer les rapports de forces entre l’UE et les grandes plateformes numériques étrangères, tout en luttant contre la désinformation et contenus illégaux. Ce ne sont pas seulement les États-Unis, ou l’Europe qui souhaitent serrer la vis aux GAFA, le Japon a aussi emboité le pas pour réglementer les géants du web.