Quelles sont les attentes des utilisateurs en matière de durabilité des softwares (c’est-à-dire le versionning des applications et des sites web) ? En face, que font les acteurs du secteur (les éditeurs) pour y répondre ?

Durabilité numérique : de quoi parle-t-on et surtout, où en est-on ?

La durabilité est à l’origine la capacité d’une société qui tente d’assurer sa pérennité. C’est aussi, côté marque, l’engagement à fabriquer plus durablement, avec résilience et de façon écologique.

Il est possible de créer de manière plus économique, respectueuse de l’environnement et orientée utilisateur.

Les 6 piliers de l’obsolescence logicielle, le grand fléau du numérique

Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) définit l’obsolescence logicielle en 6 grands points.

  • 1. L’obsolescence perçue du logiciel
  • D’abord, notons que les versions d’un même logiciel se succèdent tous les 2 à 5 ans selon les éditeurs (comme Microsoft par exemple). Plusieurs versions se succèdent, entre versions faibles (changements mineurs) et versions fortes (grands changements et nouvelles versions finalisées).

  • 2. La durée limitée du support technique qui rend obsolète le logiciel
  • Le support technique est généralement inclus dans le prix d’achat pendant 3 à 5 ans, incluant l’assistance et les mises à jour du logiciel. Le problème, c’est que pour éviter les failles de sécurité, les utilisateurs doivent changer de logiciel lorsque cette durée est écoulée.

  • 3. L’incompatibilité de format des fichiers
  • Parfois, l’éditeur rend incompatible l’ancienne et la nouvelle version d’un logiciel, il devient alors nécessaire de basculer sur cette dernière pour continuer à travailler sur les nouveaux formats de fichiers.

  • 4. Le système d’exploitation non supporté
  • Pour faire des économies, les éditeurs évitent d’avoir à supporter trop de versions d’un même logiciel simultanément. En ne proposant un logiciel que pour les OS les plus récents, ils en sortent ainsi gagnant au détriment de l’utilisateur qui doit changer de système d’exploitation.

  • 5. Des pilotes matériels introuvables
  • Les pilotes matériels (drivers) ne sont développés que pour les versions les plus récentes des systèmes d’exploitation. L’utilisateur doit alors changer de matériel pour profiter d’un logiciel récent, ce qui est l’opposé de la durabilité.

  • 6. La vente liée
  • Dernier pilier de l’obsolescence logicielle, la vente liée, c’est-à-dire que l’utilisateur peu à l’aise en informatique est contraint d’accepter la dernière version d’un système d’exploitation.

    En finir avec l’obsolescence logicielle avec le SLI

    Au début des années 2010, Green IT crée le SLI (Software Longevity Index), un indicateur pour mesurer la durabilité des logiciels et l’exprimer clairement. Depuis cet indicateur a progressé, mais il reste une base solide. Les entreprises et les consommateurs ont tendance à changer de matériel informatique (hardware) comme leurs ordinateurs pour plusieurs grandes raisons.

    D’abord, parce que leur puissance n’est plus suffisante pour supporter les dernières versions de leurs logiciels.

    Ensuite, parce que les acteurs du marché laissent les anciens appareils en dehors des mises à jour les plus récentes, créant ainsi des risques de sécurité pour l’utilisateur.

    Enfin, ils s’en séparent lorsque le matériel n’est plus garanti.

    C’est donc majoritairement le logiciel qui est en cause.

    Le SLI est donc né en tant qu’indicateur standard de la durabilité d’un logiciel, conditionnant ainsi la durabilité du matériel. L’intérêt est simple : réduire l’empreinte carbone du numérique en limitant la fréquence de renouvellement du hardware.

    Toujours selon Green IT, il se calcule ainsi : SLI = [[Pn / Ln] / [Pn-1 / Ln-1]] / D

    P : Puissance nécessaire : [ Fréquence (MHz) * Mémoire vive (Mo) * Espace disque (Mo) ] / 1024
    L : durée du support standard
    D : nombre d’années entre dates de sortie des versions n et n-1

    Pour interpréter ce résultat, il faut considérer que plus le SLI est petit, plus la longévité potentielle du logiciel est grande.

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    Quelles sont les attentes des consommateurs en matière de durabilité ?

    Des attentes en phase avec l’évolution de la société

    Les consommateurs attendent de leurs logiciels la même chose qu’ils attendent de tout ce qu’ils achètent désormais : une plus grande compatibilité avec l’écologie, une meilleure durabilité et plus d’éthique. Ainsi, ils souhaitent être mieux informés sur la durabilité réelle de leurs appareils, prendre des décisions plus éclairées et pouvoir consommer avec une empreinte carbone moindre.

    La convergence entre logiciels libres et durabilité

    La compatibilité entre d’une part la durabilité du software et d’autre part les logiciels libres est très intéressante. Ce diagramme reprend la convergence avec pertinence :

    « Patates durables » ou convergence entre logiciels libres et développement durable (CC BY-SA)

    « Patates durables » ou convergence entre logiciels libres et développement durable (CC BY-SA)

    Moins consommer, moins polluer… le mouvement Green IT en pointe

    Green IT est un mouvement qui prône une informatique durable, mais aussi pragmatique, efficace et reconnue par les institutions. Il oriente ses actions vers la réduction des impacts environnementaux de l’informatique en s’adressant principalement aux entreprises et aux états.

    Il s’appuie sur 3 grands axes pour convaincre :
    • La réduction des coûts en limitant les dépenses énergétiques
    • La réduction des risques environnementaux
    • L’amélioration de l’image de la durabilité (entre autres) aux yeux du grand public.

    Quelles solutions pour un numérique enfin durable ?

    Des solutions existent aussi bien à titre individuel qu’à titre collectif. Au niveau personnel, il s’agit de questionner ses besoins en matière de software comme de hardware ou d’expérience utilisateur, de réparer et entretenir au maximum le matériel ou encore de s’informer davantage sur sa durée de vie.

    HOP a publié 50 propositions pour un logiciel (et globalement un numérique) plus durable. Par exemple, n’effectuer que les mises à jour de sécurité, la création d’une garantie logicielle ou encore une plus grande réparabilité des appareils.

    La loi évolue également dans ce sens, en suivant les demandes de la société civile grâce à la création d’un indice de réparabilité (qui deviendra indice de durabilité en 2024).

    Au niveau de l’expérience utilisateur, ou UX, elle peut être conçue comme évolutive, avec par exemple des interfaces moins gourmande en énergie.

    Entre les attentes des utilisateurs et les réactions des éditeurs, il reste un écart. Mais comme dans chaque secteur, les évolutions vont dans le sens de la durabilité et du respect de l’environnement, de l’utilisateur et de chaque partie prenante. Le logiciel (vraiment) durable, c’est peut-être pour demain.

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