Le 19 octobre 2020, Verizon annonçait avoir conclu une entente avec Nokia et Microsoft autour du déploiement des réseaux privés de 5G. Aujourd’hui, le projet se dessine. Selon des experts cités par Network World, ces accords devraient aboutir à la création d’une plateforme de déploiement edge – réseau qui s’utilise en périphérie – à destination des entreprises. Verizon proposera nativement des services Microsoft Azure sur sa plateforme de gestion de réseau 5G. Quant à Nokia, il sera chargé du déploiement des infrastructures 5G, là où Verizon est à l’écart des réseaux publics, notamment en Europe et sur la région Asie-Pacifique.

Si Microsoft et Nokia sont facilement identifiables, une précision s’impose pour Verizon. Multinationale américaine qui oeuvre dans les télécommunications, Verizon couvre le marché des télécoms en proposant une large gamme de services aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels. L’entreprise n’est pas à son premier partenariat. Dans le cadre de la création de services utilisant l’edge computing et la 5G, elle a déjà des accords avec AWS et IBM. Leur but : faciliter le déploiement de services edge par les entreprises, avec une offre complète, allant du réseau, jusqu’au matériel, en passant par les logiciels.

Les apports d’un réseau privé 5G

Si cette vision de regroupement des services peut surprendre, elle est partagée par nombre d’acteurs : « Nous avons répété que la 5G et l’informatique mobile de pointe étaient inextricables, mais ce n’est pas nécessairement vrai », déclare à Network World le directeur de la recherche sur les opérateurs de téléphonie mobile et la 5G chez IDC, Jason Leigh. Au-delà d’améliorer l’expérience client en proposant différents services interdépendants, c’est un partenariat gagnant-gagnant pour les entreprises.

Là où Verizon manque d’expertise logiciel, Microsoft assure. Pour ce qui est de Nokia, lui, gagne des entreprises clientes et leur permet de tirer un maximum de profits de leurs services : « Verizon fait valoir que le client final qui demande de la 5G privée attend plus que de la connectivité : il veut une plateforme sur laquelle il peut construire son application, de façon à observer et collecter des données », explique Patrick Filkins, analyste de recherche en Intelligence des Objets et des infrastructures de réseau mobile chez IDC.

Dans les grandes lignes, les avantages d’un réseau privé de 5G suivent les mêmes principes que ceux d’un réseau public… mis à part, que par définition, il bénéficie à un acteur unique ! La hausse du débit entraîne une réduction de la latence, et augmente donc la réactivité du réseau. Couplée à des objets connectés, cette technologie est intéressante, notamment, pour les chaînes de productions automatisées et pour le secteur de la santé : « ce sont les deux premiers secteurs ciblés, car, quand on parle de 5G privée, on fait essentiellement référence à des situations où la bande passante et la latence répondent exactement aux besoins », affirme Jason Leigh. Le troisième point, le décuplement du nombre d’appareils pouvant se connecter simultanément à un même réseau, bénéficie à un public plus large : les familiers des stades, des salles de concerts et de conférences.

Si Patrick Filkins conclut qu’au « final, on peut dire que quand ce genre de partenariats se met en place, c’est souvent pour répondre à une demande des clients », il est important de se demander quelle est cette demande. Aujourd’hui, la plus-value se concentre sur du traitement et de la visualisation de données. Demain, avec la 5G, c’est peut-être des robots infirmiers ou ouvriers que proposeront ces partenariats. Dès lors, ce déploiement interroge sur l’évolution du rapport entre les technologies et les différentes structures sociétales. Un débat qui ne concerne pas seulement les organisations clientes des géants de la tech.