Mise à jour : Cette boutique existe déjà depuis 2018, et n’est donc pas spécifiquement créée en réponse au contexte actuel. Sa mise en avant récente n’est cependant pas anodine.

Alors que la France a remis l’ensemble de ses citoyens en confinement afin d’endiguer la propagation de la COVID-19, plus de 200 000 commerçants à travers l’hexagone ont dû fermer leurs portes. Une situation critique qui a soulevé une vague de colère envers les géants du e-Commerce, en raison d’une concurrence jugée déloyale. Dans ce contexte, et pour montrer son soutien aux commerçants, le gouvernement a appelé les Français à consommer des produits originaires de l’hexagone, en passant notamment par d’autres moyens qu’Amazon. En réponse, la firme de Jeff Bezos a déployé une boutique de produits « made in France » sur son site. Un moyen de soutenir l’économie française ou un pied de nez au gouvernement et aux petits commerçants ?

Les géants du e-Commerce soulèvent la colère des petits commerçants français

À l’approche des fêtes de fin d’année, et après déjà plusieurs mois de fermeture imposée, les commerçants craignent que le nouveau confinement mis en place depuis le 30 octobre 2020, ne leur porte un coup fatal. Parallèlement à la peur, ils éprouvent également des sentiments d’injustice, de colère et d’impuissance, face à des géants du e-Commerce tels qu’Amazon qui eux, continuent de prospérer et de s’enrichir grâce à la crise sanitaire. Pour rappel, au second trimestre 2020, l’entreprise Jeff Bezos a doublé ses profits par rapport à la même période l’année précédente.

Ces sentiments sont d’autant plus exacerbés, que le Black Friday approche à grands pas. Un événement clé pour les commerçants puisqu’au-delà des promotions exceptionnelles qui poussent les clients à la consommation ce jour là en particulier, il marque également le coup d’envoi des achats pour les fêtes de fin d’année. Seulement voilà : le 27 novembre prochain, les petits commerces jugés comme non-essentiels seront encore fermés et sans prendre trop de risque, on peut d’ores et déjà parier que ce seront une nouvelle fois les géants du e-Commerce qui rafleront la mise.

Vendredi dernier, le Conseil national des centres commerciaux dénonçait ainsi : « On encourage officiellement les Français à recourir aux services des pires concurrents du commerce physique : les plateformes internationales du e-commerce. Ces prédateurs prospèrent sans pratiquement payer d’impôt, en détruisant les emplois (…) et polluent les villes avec leurs camionnettes et leurs emballages en pratiquant des ventes à perte en permanence ». 

En réponse à ces inquiétudes, le gouvernement a demandé à Amazon de suspendre sa campagne publicitaire faisant la promotion du Black Friday sur sa plateforme. Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, a expliqué chez Europe 1« J’ai demandé à Amazon la suspension de la campagne sur le pré Black Friday parce que ça n’était pas du tout approprié dans ce moment où 200 000 commerçants vont devoir fermer leurs portes ».

Amazon ouvre « la boutique des entreprises françaises »

Si l’entreprise de Jeff Bezos s’est pliée à la demande du gouvernement français, elle a également ouvert en parallèle une « boutique des entreprises françaises » sur sa plateforme. Au sein de celle-ci, et comme son nom l’indique, les consommateurs trouveront des produits exclusivement made in France, dans des catégories aussi vastes que variées : maison, épicerie, mode, bureau, high-tech, bijoux, sports, loisirs… Tous les secteurs semblent être représentés pour répondre à l’ensemble des besoins des clients avec des produits « bien de chez nous ».

La page de présentation de "la boutique des entreprises françaises" sur Amazon

Capture d’écran : Amazon / La page de présentation de « la boutique des entreprises françaises » sur Amazon.

Une question se pose toutefois : quelles sont les réelles intentions d’Amazon avec l’ouverture de cette boutique ? Soutenir l’économie française et ses marques ? Peut-être, mais de toute évidence, il ne s’agit pas seulement de ça. Face à la colère des commerçants aux directives du gouvernement qui appelle les Français à soutenir leurs commerces de proximité, l’entreprise de Jeff Bezos signe avant tout un important coup de communication pour déculpabiliser ses clients, en leur montrant qu’il n’est pas le grand méchant qui tue les petits commerces français, mais qu’au contraire, il les soutient.

En réalité, la finalité de cette campagne de déculpabilisation risque bel et bien d’être encore plus dramatique pour les petits commerçants. Les clients se verront probablement rassurés, estimant soutenir les marques françaises en achetant leurs produits depuis Amazon, pendant que les revendeurs physiques, eux, continueront de sombrer. Une nouvelle fois, nous assistons à l’affrontement entre David et Goliath et en attendant une régulation plus importante des GAFA, l’issue du combat semble pour le moment inévitable.