Alors que les besoins mondiaux en protéines ne cessent de croître à vitesse vertigineuse, les espaces terrestres pour répondre à la demande sont de plus en plus limités. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel de trouver des alternatives durables et éco-responsables… Et les insectes pourraient bien être la réponse à cette problématique. C’est du moins le postulat d’Ÿnsect, une entreprise française spécialisée dans l’élevage d’insectes et leur transformation en ingrédients à destination des animaux domestiques et d’élevage, et leader mondial de ce marché naissant et déjà très prometteur. Pour en savoir plus, nous avons rencontré Antoine Hubert, l’un de ses quatre co-fondateurs.

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Ÿnsect, la naissance d’une nouvelle industrie agroalimentaire d’avenir

Ÿnsect est née en 2011 de la rencontre entre Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Fabrice Berro et Alexis Angot. Liés par leurs engagements environnementaux, les quatre hommes souhaitaient créer ensemble un projet d’entreprise à impact, dans lequel les insectes contribueraient à l’approvisionnement mondial en matière de protéines. Plutôt que de viser directement le marché de l’alimentation humaine, les quatre associés voient plus loin et choisissent de se diriger vers l’alimentation animale et la fertilisation des plantes. À ce propos, Antoine Huber affirme : « In fine, ça touche l’assiette de tout le monde, quel que soit le régime alimentaire. Tu peux être végétarien, vegan ou très carnivore, tous les jours dans ton assiette, tu auras de la viande et/ou des plantes, et nous, on contribue à changer la façon dont ces animaux et ces plantes sont nourris. »

En 2015, soit quatre ans après la création de l’entreprise et la clôture de son deuxième tour de financement, la première ferme à insectes verticale d’Ÿnsect (Fermilière) voit le jour dans le Jura, et plus précisément dans la commune de Dole. Atteignant près de 20 mètres de haut et s’appuyant sur plus de 20 brevets déposés, ce site permettra à l’entreprise de livrer ses premiers clients dans la pet-food dès 2016.

Aujourd’hui, Ÿnsect, c’est 130 collaborateurs, près de 30 brevets déposés et près de 200 millions de dollars de fonds levés. Une somme qui peut paraître importante, mais qu’Antoine Hubert relativise : « Ça paraît beaucoup, mais pour construire cette nouvelle filière, il fallait partir de zéro« . En effet, l’aventure Ÿnsect n’est pas une « simple » création d’entreprise ou de produit, mais bel est bien la création d’un tout nouveau marché agroalimentaire. Pour cela, il a fallu « entraîner une dynamique au niveau des centres de recherche, des universités, des réseaux de fournisseurs, des équipementiers, des clients, des technologies, des services, et de tout un écosystème réglementaire. Il fallait créer un cadre à Bruxelles, mais aussi le décliner dans chaque État membre et chaque territoire ».

Un projet titanesque qui montre déjà des résultats prometteurs. Selon Antoine Hubert, Ÿnsect compte « 100 millions de dollars de contrats de commandes, ce qui démontre que les produits ont été validés par les clients, et qu’il y a une confiance client dans leur utilisation dans l’alimentation des poissons, des chiens, des chats et des plantes ». Plus encore, l’entreprise est sur le point d’ouvrir sa ŸnFarm#1 à Amiens. Celle-ci dépassera les 30 mètres de haut et son objectif sera de produire 100 000 tonnes d’ingrédients à l’année. Enfin, Ÿnsect est aujourd’hui en discussion avec Bruxelles pour l’ouverture de son marché à l’alimentation des volailles et des porcs.

Antoine Hubert, cofondateur et président d'Ÿnsect, avec Emmanuel Macron.

Image : Ÿnsect

Entre biologie, intelligence artificielle et robotique

Au-delà de son modèle de réussite entrepreneurial, Ÿnsect se démarque particulièrement par l’intégration des nouvelles technologies à son système de production. Entièrement automatisée, sa ferme verticale d’Amiens consiste en des insectes élevés dans des bacs, dont la manutention est entièrement à la charge de robots programmés.

Ces derniers vont chercher les différents bacs dans la ferme verticale, les amènent dans une zone pour qu’ils soient nourris, ou dans une autre pour récolter les oeufs ou les larves qui, elles-mêmes lorsqu’elles sont mûres, sont amenées à l’étape de transformation. Les déjections produites sont quant à elles récoltées au fur et à mesure de la croissance de l’insecte, là encore par les robots. Une technologie éprouvée déjà dans d’autres industries, mais adaptée dans ce cas à la biologie des insectes de l’entreprise.

Schéma de la chaîne de production d'Ÿnsect.

Schéma de la chaîne de production d’Ÿnsect. / Crédit : Ÿnsect


Aussi, tous les bacs sont suivis à l’aide de codes-barres permettant à Ÿnsect d’avoir une traçabilité complète depuis la naissance des insectes, jusqu’à leur transformation. L’entreprise assure un suivi permanent et continu de différents paramètres, allant de la température jusqu’aux gaz émis, en passant par le poids et la nourriture servie.

En comparant les données récoltées à la courbe théorique des croissances, l’entreprise s’assure de détecter d’éventuels problèmes et de les corriger avec des logiciels appuyés par le machine learning et la science d’écologie des populations. Antoine Hubert détaille : « Ce sont des outils pointus d’algorithmes, de statistiques, de mathématiques et d’intelligence artificielle, qu’on a su intégrer dans nos dispositifs, et qui sont combinés à la robotique et en support de la biologie animale ». Un véritable pêle-mêle de technologie qui permet à Ÿnsect de se classer parmi les entreprises les plus innovantes actuellement en France.

En quoi l’approche d’Ÿnsect est-elle écologique ?

En moyenne, il faut six kilos de protéines végétales pour produire seulement un kilo de protéines animales. Pour cultiver les ressources nécessaires, il faut donc des terres. Or, le World Resources Institute prévoit un écart de 60% entre l’offre et la demande de protéines à l’horizon 2050, et l’espace disponible sur Terre est limité. C’est là qu’interviennent les fermes verticales d’Ÿnsect : « Nos fermes verticales ont produit entre 100 fois et 1000 fois plus de protéines au m2 que n’importe quel élevage ou n’importe quelle culture, même végétale« , affirme Antoine Hubert. C’est donc l’un des premiers avantages écologiques de l’entreprise, qui réussit à préserver les terres, tout en ayant un rendement bien plus important que les cultures traditionnelles.

Ÿnsect joue également un rôle dans la préservation de la biodiversité marine. Son co-fondateur explique : « En alimentation animale, on utilise beaucoup de petits poissons pour nourrir les plus grands. Ils sont pêchés au large de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud essentiellement. C’est une protéine d’excellente qualité, mais les stocks sont limités et pour éviter une surexploitation de ces derniers, il est important d’avoir d’autres produits similaires en qualité, et c’est le cas de la protéine de larves de Molitor ».

La qualité des produits proposés par Ÿnsect permettrait également de faire baisser le taux de mortalité d’animaux d’élevage, ainsi que de réduire leurs déjections et donc, par conséquent, de produire moins de gaz à effet de serre. Enfin, Antoine Hubert souligne que leur unité de production à Amiens disposera d’un bilan carbone négatif, une promesse appuyée par une étude qui devrait être publiée prochainement.