Aucun secteur n’est épargné par la transformation numérique. Le monde juridique est, lui aussi, bouleversé par les innovations permises par la technologie et l’intelligence artificielle : c’est ce que l’on appelle la legaltech. En France, une entreprise sort du lot dans ce domaine en rendant accessible l’information juridique en temps réel et de manière personnalisée pour les professionnels. Elle est baptisée Doctrine et nous avons pu échanger avec son directeur général Guillaume Carrère à propos des enjeux de ce secteur.


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Une plateforme qui casse les codes

Il y a quatre ans, Doctrine devenait la première plateforme d’intelligence numérique de l’Hexagone. Guillaume Carrère est issu d’une école de commerce et a rejoint l’équipe il y a 18 mois lorsqu’il a identifié l’énorme potentiel de la transformation numérique dans le monde du droit. Dans notre pays, « 80 000 décisions de justice sont rendues par semaine », explique-t-il. En conséquence, les cabinets d’avocats et les directions juridiques peinent parfois à structurer ce taux d’informations particulièrement important.

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En rejoignant Doctrine, ils reçoivent une aide précieuse pour construire les stratégies juridiques dont ils ont besoin, notamment grâce à l’appui de la technologie et de l’intelligence artificielle. Concrètement, la firme écoute les besoins de ses clients et leur propose des offres leur permettant de gagner en temps et en efficacité. La recette est gagnante : la plateforme possède 500 000 visiteurs par mois, et un avocat sur trois y a déjà effectué une recherche. Mieux encore, elle acquiert 5 nouveaux clients par jour et compte parmi eux de très grands cabinets. Si les premiers à s’intéresser à cette solution étaient des technophiles, Doctrine attire désormais des avocats beaucoup plus pragmatiques, souligne Guillaume Carrère :

« Les juristes ont compris que la technologie est une opportunité d’être un meilleur professionnel du droit, plus efficace, ce qu’on appelle un professionnel augmenté ».

Ainsi, Doctrine est venue casser les codes sur un marché très traditionnel et a dû faire preuve d’une grande pédagogie auprès des professionnels afin de mettre en œuvre sa vision très technologique du secteur. Son succès est retentissant puisque sa popularité est toujours plus croissante.

La transformation numérique du droit est en marche

Si la transformation numérique ne s’est pas produite auparavant dans le monde juridique, c’est notamment parce que des barrières technologiques freinaient le processus. C’est par exemple le cas de l’anonymisation des décisions de justice : il s’agit d’un élément obligatoire et qui est particulièrement difficile à appliquer. Doctrine est néanmoins parvenu à l’appliquer grâce à sa technologie de pointe et est même devenu le leader européen dans ce domaine.

Aujourd’hui, et encore davantage avec le contexte sanitaire actuel, les avocats souhaitent que cette transformation s’effectue. Selon une enquête réalisée par l’Institut français d’opinion publique (Ifop) il y a deux mois, trois quarts d’entre eux réclament une transformation numérique de la justice française, 7 sur 10 désirent s’équiper d’outils numériques et 1 sur 2 veut avoir accès à des outils d’aide à la décision. Doctrine a ainsi cofondé le groupe French Legal Tech avec une trentaine d’autres acteurs, et ces derniers entendent bien servir de tremplin pour basculer vers une justice plus numérique, explique Guillaume Carrère :

« On pense bien évidemment que la legaltech a un rôle à jouer dans cette transformation numérique qui est appelée par les professionnels du droit, et que toute cette expertise avec les autres membres de cette communauté d’un point de vue intelligence artificielle et technologique, tout ce qu’on a créé pourrait être mis à profit pour accélérer cette transformation ».

Document Analyzer, l’exemple parfait du potentiel de la legaltech

Doctrine est la première legaltech française à avoir levé des fonds de manière très significative avec 10 millions d’euros il y a 24 mois. Grâce à ces moyens importants, la plateforme a monté une équipe de plus de 30 professionnels issus des meilleures formations. Ensemble, ils ont créé le Document Analyzer, un outil révolutionnaire pour les avocats qui est sorti pendant le confinement. Ces derniers se plaignaient en effet de la perte de temps engendrée par l’analyse des conclusions juridiques, ce dispositif leur permet d’accéder aux sources juridiques de ces conclusions en un seul clic grâce à l’intelligence artificielle.

En moyenne, le Document Analyzer fait gagner deux heures en moyenne aux professionnels sur les jeux de conclusion, aide à vérifier la solidité de l’argumentaire de la partie adverse, et permet de garder une longueur d’avance. L’outil garde en effet un œil ouvert et alerte l’avocat dès qu’il y a la moindre évolution sur son dossier. En moins de cinq moins, ce sont près de 4 000 jeux de conclusion qui ont été analysés et déjà 300 professionnels qui ont souscrit au Document Analyzer. Guillaume Carrère affirme que les retours sont dithyrambiques :

« Je discutais avec un associé d’un gros cabinet de près de 200 avocats. C’est quelqu’un d’assez senior qui n’est pas particulièrement technophile. Pourtant, il a appréhendé la solution en très peu de temps car c’est très intuitif, et il a chargé ses 10 dernières affaires pour voir s’il aurait plaidé différemment. Il m’a dit que sur six d’entre elles, l’outil lui avait ouvert des perspectives qu’il n’avait pas identifiées et qu’il aurait opté pour des stratégies différentes ».

Quel avenir pour la legaltech ?

La legaltech ne comprend pas seulement l’information juridique. La transformation numérique dans le monde du droit, trois types d’outils se démarquent. Ils concernent la visioconférence, la visibilité en ligne et l’aide à la décision. Certaines start-ups se basent également sur le modèle américain en proposant, par exemple, des divorces à petit prix.

On peut bien évidemment aller beaucoup plus loin avec la justice prédictive, qui consisterait à s’appuyer sur des algorithmes pour prendre des décisions impartiales. Selon Guillaume Carrère néanmoins, ce domaine est très loin de l’objectif de Doctrine, qui cherche surtout à rendre les professionnels plus efficaces et plus rapides grâce à la technologie. Une chose est sûre : la transformation numérique de la justice est en marche, et la plateforme en est l’un des acteurs principaux en France.