Depuis 2016, les robots de Boston Dynamics ont réussi à se faire un nom auprès du public grâce à des vidéos de leurs exploits, bien plus que grâce au chiffre d’affaires qu’ils ont pu généré. La viralité des prouesses de ses robots quadrupèdes devrait cependant enfin prendre une tournure commerciale bienvenue.

Les annonces de mises sur le marché se sont en effet multipliées ces derniers mois, et Boston Dynamics aurait même établi une feuille de route pour ses robots. Le début d’année prochaine devrait donc voir l’entreprise spin-off du célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology) annoncer une roadmap avec un champ d’application défini : la logistique. Un marché qui devrait approcher les 13 milliards d’euros d’ici 2027.

La gamme de robots de Boston Dynamics

Image : Boston Dynamics

Changement de cap avec la nomination d’un nouveau patron en début d’année

C’est Rober Playter, le nouveau CEO de Boston Dynamics qui a teasé ce timing, lors de la conférence virtuelle Disrupt 2020, s’agissant là de sa première prise de parole en public depuis sa prise de fonction en janvier 2020, comme l’évoque nos confrères de TechCrunch.

À l’époque, cette nomination marquait un tournant décisif dans le cycle de vie de Boston Dynamics. Son fondateur Marc Rairbet, à la tête de l’entreprise depuis le début des années 1990, acceptait de prendre du recul pour descendre d’un cran et se plonger dans la R&D. C’est donc Robert Playter, un des premiers employés de Boston Dynamics, qui se voyait promu de COO à CEO. Un changement de tête qui, un peu moins de 9 mois plus tard, marque une avancée évidente sur le plan de la commercialisation des robots fabriqués par l’entreprise.

« Je fais partie de l’organisation depuis longtemps », dit-il. « J’ai essentiellement embauché la plupart des personnes de l’entreprise et nous développer de manière agressive est un grand défi en ce moment. Ce qui implique non seulement de faire progresser l’état de l’art de la robotique, mais aussi de transformer certains de nos robots en produits, de les livrer et de les soutenir, et de modifier l’organisation pour y parvenir« .

Un virage qui s’est traduit par une vague d’embauche dans les départements marketing et commerciaux. Boston Dynamics étant réputé pour être équipé d’une armée d’experts ingénieurs en R&D, cette transformation vers une vraie entreprise commerciale est donc un processus d’apprentissage. Il se confiait il y a quelques semaines à Venture Beat : « L’entreprise se transforme. Notre histoire est celle d’une organisation de R&D. Nous sommes les meilleurs au monde pour créer un nouveau concept de robot et le faire fonctionner suffisamment bien pour qu’on puisse en faire une démonstration. Mais nous devons aussi développer notre machine commerciale. Nous apprenons à vendre un produit, à le fabriquer, à le soutenir et, finalement, à faire des bénéfices. Il n’est pas toujours facile de faire coexister ces deux types d’objectifs ».

Boston Dynamics continue de multiplier les cas d’usages de ses robots

Toujours est-il qu’après des années d’expérimentations, le robot Spot est désormais disponible à la vente aux Etats-Unis, depuis juin dernier. Pour 74 500 dollars, il est possible de s’attacher les services du plus fameux des robots quadrupèdes de Boston Dynamics. Depuis le 9 septembre 2020, Spot vient par ailleurs tout juste de débarquer sur les marchés européens, anglais et canadiens. Un robot extrêmement robuste et intelligent, et dont le champ d’utilisation avait été éprouvé dans des domaines diamétralement opposés.

Rien que ces derniers mois, Spot a par exemple été aperçu en tant que chien de berger en Nouvelle-Zélande, patrouilleur dans les rues de Singapour pour encourager la distanciation sociale, ou encore utilisés comme démineur par les forces de l’ordre du Massachusetts.

Spot a également été sollicité dans la lutte contre la pandémie de Covid-19. Parfait substitut à l’homme pour des opérations de désinfection d’entrepôts, il a su séduire des entreprises qui ne souhaitaient pas exposer leur personnel à une éventuelle contamination. Une utilisation qui, elle, n’a pas nécessairement vocation à être rentabilisée. « Je ne sais pas si ce sera un grand marché à l’avenir, mais nous avons pensé qu’il était important de réagir à l’époque », a déclaré Robert Playter. « C’est en partie en raison d’un sentiment d’obligation envers la communauté et la société que nous faisons ce qu’il faut ici ».

Le robot Handle de Boston Dynamics

La robot Handle de Boston Dynamics en action. Image : Boston Dynamics

Un champ d’application dans la logistique tout tracé et sur lequel l’entreprise veut capitaliser

Il n’en reste pas moins que Boston Dynamics a compris que c’est dans cet usage en entrepôt que ses robots ont sans doute le plus de chance d’être efficaces, et sollicités. La demande a en effet explosée pour robotiser la logistique des entrepôts à travers le monde. Les ventes auraient triplées en trois mois. Dans un contexte de pandémie mondiale, les conscience se sont ouvertes à l’idée d’investir dans des moyens robotisés plutôt qu’humains pour tout ce qui touche à du travail manuel. Spot est livré en kit composé du robot, de deux batteries, d’un chargeur, d’une tablette de contrôle et d’un boîtier d’alimentation

« Les gens se rendent compte qu’avoir un substitut physique à eux-même pourrait être plus important que ce que nous imaginions auparavant », a analysé le CEO de Boston Dynamics. « Nous avons toujours pensé que les robots pouvaient aller dans des endroits dangereux, mais maintenant le danger a été un peu redéfini à cause du Covid-19. La pandémie accélère le sentiment d’urgence et, je pense, ouvre probablement le type d’applications que nous allons explorer avec cette technologie. »

L’entreprise a déjà largement investi dans des robots destinés à la logistique. Elle propose par exemple Pick, un système plus traditionnel de sélection d’articles stationnaires. Boston Dynamics travaille aussi sur la prochaine version de Handle, un robot mobile ressemblant à un oiseau qui peut saisir des boîtes et les déplacer tout en prenant relativement peu de place – pas plus d’une personne ou deux debout. En mars dernier, elle signait un partenariat avec Otto Motors pour robotiser des entrepôts

La logistique, un vertical sur lequel le spin-off du MIT est donc prêt à dédier une grande partie de ses ressources dans les mois à venir.

« Nous avons de grands projets en matière de logistique« , s’enthousiasmait Playter . « Nous allons avoir de nouveaux produits logistiques passionnants qui vont sortir dans les deux prochaines années. Nous avons maintenant des clients qui font des tests de validation de concept. Nous annoncerons quelque chose en 2021, exactement ce que nous faisons, et nous aurons des produits disponibles en 2022″.