Après l’annonce de l’Australie concernant la proposition d’un nouveau projet de loi visant à gouverner les relations entre des médias en grandes difficultés financières et les géants qui dominent Internet, Google a décidé de s’adresser directement aux citoyens australiens à travers une lettre ouverte. Dans celle-ci, la firme de Mountain View estime que « la nouvelle réglementation gouvernementale va nuire à la façon dont les Australiens utilisent Google Search et YouTube« .

En quoi consiste ce projet de loi ?

Les médias australiens sont actuellement en train de traverser une crise majeure. Ils subissent, bien malgré eux, un important déséquilibre financier face à Google et Facebook, qui tirent de copieux revenus des articles de presse diffusés sur leurs plateformes, sans que les médias ne soient rémunérés pour autant. C’est pourquoi, en avril 2020, le ministre des Finances australien, Josh Frydenberg, annonçait qu’il comptait faire payer les deux géants d’Internet.

Une décision rapidement rejetée par Facebook, et entendue à demi-mot par Google qui acceptait alors de rémunérer les médias australiens, mais sous certaines conditions. Face à leur manque de coopération, l’Australie a décidé de proposer un nouveau projet de loi visant à contraindre Google et Facebook à rémunérer les médias pour leurs contenus. Dans le même temps, ce projet de loi exige des géants de la tech qu’ils divulguent les modifications à venir sur leurs algorithmes de diffusion de contenus dans le flux des utilisateurs. En refusant de s’y plier, Google et Facebook risqueraient alors de lourdes pénalités financières.

Google cherche à mettre les citoyens de son côté

Si Facebook n’a pas encore fait entendre sa voix concernant cette annonce, Google a décidé, quant à lui, de contre-attaquer en cherchant à mettre les citoyens australiens de son côté. Pour cela, le géant d’Internet s’adresse directement à eux dans une lettre ouverte signée de la main de Mel Silva, directrice générale et vice-présidente de Google Australie et Nouvelle-Zélande.

Dans celle-ci, elle explique que : « Cette proposition de loi nous contraindrait à vous fournir des recherches Google et YouTube nettement moins bonnes, elle pourrait entraîner la transmission de vos données à de grandes entreprises et presse et mettrait également en danger les services gratuits que vous utilisez en Australie ».

En outre, Google estime que cette loi l’obligerait à « accorder un avantage injuste » aux médias d’informations. La firme précise : « Seuls les médias recevraient des informations qui les aideraient à gonfler artificiellement leur classement par rapport aux autres entreprises, même si ces dernières fournissent un meilleur résultat« .

Plus important encore, Google avertit qu’en vertu de cette loi, il serait obligé d’indiquer aux médias comment ils peuvent avoir accès aux données des utilisateurs et que dans ce cas, il serait alors impossible pour lui de savoir si les données transmises sont protégées ou même comment elles sont utilisées. La firme de Mountain View conclut ainsi sa plaidoirie :

« Cette loi n’aura pas seulement un impact sur la façon dont Google et YouTube travaillent avec les médias, mais aussi sur tous nos utilisateurs australiens, c’est pourquoi nous voulions vous tenir au courant. Nous allons faire tout notre possible pour que cette proposition soit modifiée afin de protéger la façon dont Search et YouTube travaillent pour vous en Australie. »

Pour l’ACCC, Google fait de la désinformation

Dans un communiqué de presse, le président de l’ACCC (Australian Competition and Consumer Commission), Rod Sims, estime que la lettre ouverte de Google « contient des informations erronées » sur la façon dont ce nouveau code de conduite fonctionnerait.

Il explique notamment que « Google ne sera pas tenu de faire payer les Australiens pour l’utilisation de ses services gratuits tels que Google Search et YouTube, à moins qu’il ne choisisse de le faire« . De même, il précise que « Google ne sera pas tenu de partager des données d’utilisateurs supplémentaires avec les entreprises d’information australiennes, à moins qu’il ne choisisse de le faire« . Finalement, Rod Sims a déclaré que ce projet de loi visait seulement à remédier à un « important déséquilibre du pouvoir de négociation entre les entreprises de presse australiennes, Google et Facebook« .

Décidément, les trois partis ont bien du mal à s’entendre, et personne ne semble vouloir plier. À n’en pas douter, les prochaines semaines en Australie seront mouvementées pour Facebook et Google.