L’US Census Bureau, un organisme délivrant des études de marché basées sur l’analyse de données, publiait le 16 juillet dernier un rapport sur l’utilisation de l’intelligence artificielle en entreprise. Une enquête effectuée fin 2018 auprès de 583 000 entreprises américaine qui met en avant une adoption très résiduelle.

L’intelligence artificielle, encore en phase de déploiement précoce

Le machine learning n’est par exemple déployé que chez 2.8% des entreprises sondées. Si l’on ajoute les autres pans de l’intelligence artificielle considérés dans l’étude (reconnaissance vocale, véhicules autonomes, machine vision, robotique, RFID Réalité Augmentée, etc), nous tombons sur seulement moins d’une entreprise américaine sur 10 (8.9%) ayant recours à au moins un d’entre eux.

Un chiffre qui a de quoi surprendre, mais qui est à mettre en perspective. L’étude date tout d’abord de fin 2018. Nul doute qu’avec l’accélération exponentielle des usages autour de l’IA ces six derniers mois, les résultats de l’enquête sont un instantané en décalage avec la réalité du monde post-Covid-19. Comme nous vous en parlions récemment, d’ici 2022, les technologies basées sur l’intelligence artificielle devraient faire leur trou dans 80% des entreprises.

Mais alors, comment expliquer un gap si conséquent entre l’état des lieux à fin 2018, et la projection à quatre années plus tard ? « Nous n’en sommes qu’au tout début de l’adoption de l’IA. Les gens ne doivent pas penser que la révolution de l’apprentissage machine est en train de s’essouffler ou qu’elle est du passé. Il y a un raz-de-marée devant nous » présente Brynjolfsson, directeur du Standord Digital Economy Lab et co-auteur de l’enquête de l’US Census Bureau.

Une vague d’adoption anticipée, mais encore prématurée si on se réfère aux chiffres de l’enquête. Chiffres bien en-dessous de ceux publiés à la même époque par deux autres enquêtes pilotées par McKinsey et PwC. La première, sortie en Novembre 2018 avançait le chiffre de 30% de dirigeants exploitant l’intelligence artificielle sous une forme ou une autre. La seconde, de PwC, paraissait fin 2018 et montrait qu’un dirigeant sur 5 planifiait le lancement d’une technologie liée à l’intelligence artificielle en 2019.

Infographie de l'étude sur l'IA

Capture d’écran : Wired

Les grandes entreprises, leaders sur l’adoption de l’IA

Eric Brynjolfsson explique que contrairement aux études de leurs confrères, celle de l’US Census Bureau se veut plus représentative du tissu économique américain, car non-focalisée sur les Fortune 500. Une méthodologie qui se retranscrit dans la lecture d’une double réalité au niveau des entreprises : presque 25% de celles de plus de 250 employés ont investi dans une forme d’intelligence artificielle, quand seulement 7.7% des entreprises de moins de 10 employés ont fait de même.

« Les grandes entreprises adoptent », dit Brynjolfsson, « mais la plupart des entreprises américaines – la pizzeria de Joe, le pressing, la petite entreprise de fabrication – n’en sont pas encore là ». Pour les grandes entreprises, ce rôle de porte-étendard dans l’adoption de ces nouvelles technologies sera déterminant dans le rebond économique. Portant en effet une proportion plus large de l’activité économique, il sera vital de voir ces leaders montrer la voie de la transition technologique.

Si la mise en place de composants d’intelligence artificielle peut paraître plus lente à enclencher chez des poids lourds du marché, la recherche de compétences en IA montre que la transition est lancée. Chez Google, le nombre de téléchargement de Tensorflow, son framework dédié à la création de programmes IA, a dépassé les 10 millions rien que sur le mois de Mai 2020.

Côté formation aux compétences de demain, Microsoft s’est allié au Français OpenClassrooms pour créer un programme « AI Engineer », qui doit recruter et former 1000 ingénieurs en machine-learning et intelligence artificielle. « Nous unissons nos forces pour combler le fossé des compétences numériques en offrant l’expertise et le contenu de Microsoft en matière d’IA, de cloud computing, d’apprentissage automatique et de sciences des données à des étudiants de tous âges et de tous horizons via la plateforme d’enseignement en ligne interactive et de haute qualité d’OpenClassroom », déclare Ed Steidl, directeur des partenariats avec la main-d’œuvre chez Microsoft.

Les projets intégrant de l’IA se multiplient

Les initiatives mettant en avant l’intelligence artificielle commencent également à pointer le bout de leur nez. De nouveaux terrains de jeu émergent, et pas toujours là où on les soupçonne. En avril dernier, nous vous parlions du projet d’Intel, baptisé CORail. Chargé de collecter les données sur les récifs coralliens affectés par le réchauffement climatique, la solution est entièrement basée sur l’intelligence artificielle. Le mois dernier, nous vous présentions Tuna Scope, application dédiée à l’évaluation de la qualité d’un thon à partir d’une simple photographie. Construite à partir du machine-learning, l’application est déjà exploitée par une chaîne de restaurants japonaise. Côté boisson, il y a par exemple AB InBev. À partir de données recueillies dans une brasserie dans le New Jersey, la société a mis au point un algorithme d’IA pour prévoir les problèmes potentiels du processus de filtration utilisé pour éliminer les impuretés de la bière.

Le « raz-de marée » évoqué par Eric Brynjolfsson est donc encore à un stade précoce. Le sujet de l’intelligence artificielle se démocratise toutefois à une vitesse exponentielle, et il faudra garder un œil sur la multiplication des initiatives dans les mois et années à venir.