Les défenseurs de la vie privée ont exprimé leur inquiétude après que le gouvernement britannique ait révélé avoir engagé une société spécialisée en intelligence artificielle pour collecter et analyser les tweets de ses citoyens dans le cadre d’un contrat lié au coronavirus. Certains y voient le signe d’une surveillance de masse, quand le gouvernement britannique réfute formellement ces accusations.

Les défenseurs de la vie privée britanniques s’inquiètent

Pour aider à la lutte contre le Covid-19, le gouvernement britannique a engagé la firme Faculty, spécialisée en intelligence artificielle, dans le cadre d’un contrat à 400 000£ (environ 444 000€). Cette entreprise entretient des relations étroites avec des figures importantes de la campagne « Vote Leave » qui a soutenu le Brexit en 2016, ainsi qu’avec des membres du parti conservateur.

Dans le cadre de ce contrat récent, ses missions étaient les suivantes : effectuer « une analyse thématique des médias sociaux pour comprendre la perception du public et identifier les nouvelles questions qui préoccupent le département du Logement, des Communautés et du Gouvernement local (MHCLG) et qui découlent de la crise Covid-19« , rapporte The Guardian. Les détails sont flous, mais il a tout de même été communiqué que l’entreprise a reçu l’autorisation de la part du gouvernement pour analyser les données des médias sociaux britanniques ainsi que les factures des services publics.

Pour Silkie Carlo, le directeur du groupe de campagne pour les libertés civiles Big Brother Watch, c’est une situation alarmante : « Il s’agit en fait d’une surveillance politique de masse alimentée par l’IA, et elle a été effectuée de manière très secrète. Il semble, d’après le contrat, que cette surveillance des réseaux sociaux dure depuis trois mois, et que le maching learning ait été utilisé pendant tout ce temps. Nous ne savons pas quel en est l’impact« .

La firme Faculty réfute ces accusations

Un porte-parole de la firme a refusé de commenter ces accusations, mais a affirmé que seuls les messages publics sur Twitter qui contenaient des mots relatifs à la pandémie, tels que « Covid » ou « Coronavirus », étaient analysés. Il a également précisé que ce projet était mené dans le cadre d’un effort visant à aider le gouvernement britannique à détecter les problèmes émergents liés à la pandémie.

Enfin, il a garanti que les informations personnelles identifiables, telles que les noms d’utilisateur ou les profils Twitter, n’étaient pas conservés dans le cadre de l’analyse. Il serait ainsi impossible d’utiliser les informations collectées pour établir le profil d’une personne ou d’un groupe de personnes.

Silkie Carlo reste sceptique sur le fait que les réseaux sociaux puissent aider le gouvernement à se faire une idée précise sur les problèmes émergents à venir liés au Covid-19, ou même sur l’opinion de ses citoyens : « Twitter n’est pas représentatif de l’opinion publique dans son ensemble. Je pense qu’il y a beaucoup de questions à se poser sur ce postulat« .

De son côté, le MHCLG se dit satisfait du travail abattu et ne semble pas regretter son choix : « Nous sommes convaincus que le service fourni par Faculty était de haute qualité, et qu’il a également été délivré à un bon rapport qualité-prix« . Le département précise, au passage, que le contrat a pris fin au mois de juillet.