Après les apéros Skype, les réunions Zoom et les cours de sport en direct sur Instagram, la drague par visio interposée ? Tinder, géant du dating, a annoncé le 8 juillet 2020 proposer en version test à certains de ses utilisateurs la fonction de vidéo chat, notamment aux Etats-Unis et en France.

Après un sondage auprès de leurs membres, l’application s’est rendue compte que plus de la moitié d’entre eux avaient rencontré d’autres personnes via un système de vidéo durant la période de confinement. “Nous avons également constaté que 40% de nos membres qui ont entre 18 et 24 ans souhaitent continuer à utiliser la vidéo pour décider de rencontrer ou non leur match IRL – et ce même après la levée des mesures de confinement” explique Tinder.

Baptisée Face to Face, l’option vidéo ne sera pas obligatoire, mais sous forme de fonctionnalité à activer quand l’un ou l’autre se sent prêt pour une conversation vidéo. Cette fonctionnalité pourra être désactivée à tout moment. Tinder insiste ainsi sur le consentement mutuel de ce système : les règles d’utilisation du chat devront être acceptées par les deux utilisateurs pour lancer le chat vidéo.

“Il n’existe pas de solution unique” selon Tinder

“La sécurité de nos membres est une priorité. Aussi, nous savons que l’utilisation de la vidéo avec des personnes que l’on vient de rencontrer nécessite de se sentir en confiance et protégé” rappelle l’application dans son communiqué de presse. Les utilisateurs de la fonction de chat vidéo pourront envoyer à l’application un compte-rendu de l’expérience, et ainsi faire remonter d’éventuels problèmes. Si les règles d’utilisation du chat vidéo précisent l’interdiction de la nudité ou du contenu sexuel, aussi bien que l’interdiction de propos haineux, violents ou d’activités illégales, Tinder n’échappe pas aux problématiques de photos sexuelles non consenties. L’entreprise avait même été épinglée par le site d’enquête ProPublica en 2019 pour la présence de délinquants sexuels sur sa plateforme.

Bien plus difficiles à détecter que dans des messages textes, la présence de contenus indésirables (dont les fameuses dickpics, les photos de pénis non consenties) sur une plateforme vidéo demande une plus grande modération… sans pour autant espionner les conversations vidéos de ses utilisateurs. Pour le site américain The Verge, le Head of Trust and Safety Product de Tinder, Rory Kozoll, a expliqué que l’application n’avait “aucune intention” d’enregistrer les appels. Il a ainsi affirmé faire confiance aux signalements des utilisateurs et que la modération serait faite au cas par cas.

Du côté de chez Tinder France, “nous n’enregistrons ou n’archivons aucune conversation vidéo” a indiqué l’application au Siècle Digital. Elle a aussi détaillé que les démarches de feedback et de signalement étaient simplifiées à chaque fin de conversation vidéo. “Concernants les signalements, les interactions peuvent être nuancées mais il n’existe pas de solution unique. C’est pourquoi nous avons, avec cette nouvelle fonctionnalité, mis la sécurité au coeur du développement en se basant sur le principe de l’accord mutuel” nous explique-t-on.

Modérer oui, mais comment ?

Pour les contenus inappropriés, Tinder France se dit prête à renforcer son processus de modération : “comme toutes les plates-formes avec des fonctionnalités de messagerie – que ce soit du texte ou de la vidéo – nous attendons de nos membres qu’ils nous signalent quelque chose qui les met mal à l’aise. Nous serons prompts à retirer les personnes signalées pour mauvaise conduite”. L’entreprise a également affirmé développer une technologie visant à bloquer les captures d’écran… mais pas encore mise en place.

“Nous avons développé de nouveaux flux de modération pour que nos équipes puissent prendre en charge ce procédé” indique Tinder France. L’entreprise n’a pas souhaité nous détailler ces nouveaux flux de modération : ce sont des “détails très techniques que nous ne pouvons pas partager”. Un flou qui interroge sur les modalités de modération de la plateforme, alors que l’application a connu par le passé certaines failles de sécurité, dont certaines permettaient de contrôler des comptes grâce à un simple numéro de téléphone. De plus, l’application ne précise pas si les échanges seront chiffrés de bout en bout, questionnant la protection de conversations parfois intimes. Tinder se trouve déjà dans le viseur des autorités européennes quant à la protection des données de ses utilisateurs.

Si elle n’est pour l’instant qu’en phase de test, cette option devrait être accessible à de plus en plus de monde dans les prochaines semaines. “En complément, nous testerons différentes méthodes pour nous assurer que les appels vidéo sont aussi sûrs que possible, tout en respectant la confidentialité des appelants“ indique Tinder France. L’application affirme sa volonté de rester attentive à l’évolution de son service de chat vidéo et des possibles dérives que cela peut engendrer. “Il est évident que la vidéo a vocation à devenir une fonctionnalité à part entière de Tinder” explique l’entreprise dans son communiqué de presse.

Tinder n’est pas la seule application de rencontres à incorporer l’appel vidéo dans ses fonctionnalités : l’application Bumble, qui laisse les femmes faire le premier pas, a lancé le sien à l’été 2019. Les français de Once ont également lancé leur service de live vidéo pendant le confinement, pour que leurs utilisateurs continuent à se draguer, même à distance. Finis, les dates en terrasse, avec ou sans masques ?