Revenant dans plusieurs profils Twitter de personnes travaillant dans les technologies, une sĂ©rie d’emojis (👁👄👁) et une formule (It is what it is) ont mis toute une communautĂ© en alerte. Un mystĂšre se crĂ©e alors autour d’une application mobile, dĂ©jĂ  plĂ©biscitĂ©e par les instigateurs du mouvement.

Sans rien dire, ou annoncer, plusieurs personnes arborent cette sĂ©rie d’emojis aprĂšs leur nom d’utilisateur sur Twitter. D’autres la partage dans des publications
 Puis finalement, un site est crĂ©Ă© : 👁👄👁.fm. On y dĂ©couvre des Ă©lĂ©ments eux aussi Ă©nigmatiques, et un champ pour laisser son email, afin de recevoir, un jour peut-ĂȘtre, une invitation pour accĂ©der en avant premiĂšre Ă  la fameuse application mobile. Pour faire monter la mayonnaise, des membres partagent mĂȘme des captures d’écran, attestant de la vĂ©racitĂ© du projet.

Puisque la culture web est aussi comme ça, sans mĂȘme savoir ce qu’il y a derriĂšre, un tas d’autres comptes se met Ă  suivre le mouvement. Juste parce que c’est drĂŽle. Si c’est drĂŽle, c’est aussi parce que beaucoup tentent par tous les moyens d’accĂ©der de maniĂšre anticipĂ©e Ă  la mystĂ©rieuse application. Parmi les quelques trolls, on retrouve Don Hofmann, co-crĂ©ateur de Vine, et crĂ©ateur de Byte ; mais aussi Product Hunt, ou encore Shopify.

C’est alors qu’une idĂ©e leur vient (difficile Ă  dire si c’était prĂ©vu) : demander la confirmation d’un don Ă  une association pour obtenir une invitation. Un bon moyen de transformer un sujet en quelque chose de positif. C’est Ă©galement Ă  ce moment que la rĂ©flexion nait de concrĂ©tiser l’emballement sur Twitter en une cause. Et ce samedi 27, au petit matin, une dĂ©claration est publiĂ©e sur leur site.

Un certain nombre d'entre nous ont changĂ© leur nom sur Twitter pour inclure "👁👄👁" parce que nous trouvions que c'Ă©tait une tendance amusante de TikTok. Certains ont commencĂ© Ă  remarquer ce changement dans leurs fils actualitĂ©, en particulier les emojis. Pendant une brĂšve pĂ©riode, tous ceux qui ont ajoutĂ© ces Ă©mojis Ă  leur nom ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s Ă  une conversation gĂ©ante sur un groupe Twitter. À partir de lĂ , les choses se sont dĂ©veloppĂ©es.

Plus de 20 000 personnes (dont moi) ont laissĂ© leur email, et les dons ont grimpĂ© jusqu’à plus de 100 000 dollars. Impossible, donc, pour le groupe de laisser passer une occasion de s’exprimer. D’autant que la majoritĂ© des membres Ă©tant basĂ©e aux États-Unis, « nous n'avons pas eu Ă  rĂ©flĂ©chir trop longuement : en ce moment, il n'y a pas de question plus importante Ă  aborder que le racisme systĂ©mique et la discrimination contre les Noirs dont une grande partie du monde commence Ă  peine Ă  se rendre compte ». AprĂšs publication de la dĂ©claration, la page d’accueil du site s’est muĂ©e en un portail renvoyant vers trois associations : la Loveland Foundation, The Innoncence Project, et The Okra Project.

La nouvelle page d’accueil du site 👁👄👁.fm

La nouvelle page d’accueil du site 👁👄👁.fm

Par la force des choses, le groupe s’avĂšre ĂȘtre d’une grande diversitĂ© ethnique, travaillant tous dans les technologies. De quoi exacerber une volontĂ© de faire bouger les lignes dans leur secteur. Ainsi, outre le soutien Ă  une trĂšs large cause, It is what it is semble se muer en un mouvement prĂŽnant plus de diversitĂ© dans les technologies. « (...) la plupart des entreprises (des Ă©quipes produits aux VC) restent obsĂ©dĂ©es par les applications sociales exclusives qui ignorent rĂ©guliĂšrement - ou mĂȘme font taire - les besoins rĂ©els des personnes marginalisĂ©es dans le monde entier, et excluent ces personnes du processus de construction. En tant qu'industrie, nous devons faire mieux. »

« En conclusion, it is what it is : un meme qui a su tirer parti de l'engouement incessant pour les applications exclusives et le réorienter vers un besoin social essentiel. »

VoilĂ  donc ce qui clĂŽture 48h de hype, dans cette ‘petite' communautĂ© qu’est la tech aux États-Unis. Pour continuer Ă  lever des fonds, une boutique vendant des stickers et des t-shirts a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e : shop.itiswhatitis.fm accessible avec le mot de passe BlackLivesMATTER. Reste Ă  voir Ă  quoi ces fonds serviront et quels sont les projets Ă  venir pour l'Ă©quipe.