Ce n’est un secret pour personne, Microsoft et AWS, véritables rois du cloud, n’auront laissé jusqu’ici guère d’autres choix à Google que de se contenter de la 3e place dans ce domaine. Il y a presque un an cependant, la firme de Mountain View faisait parler d’elle en lançant son offre de services hybride et multicloud, Anthos. Depuis le 5 mars, la plate-forme jusque-là destinée à pouvoir gérer Kubernetes dans des environnements hybrides, s’ouvre désormais aux opérateurs télécom. Google continue donc de miser sur l’edge computing, chose peu surprenante étant donné le déploiement de la 5G, et des objets connectés.

Une stratégie globale pour Google

Anthos, apparue dans la continuité de Cloud ServicesPlatform, a été lancée par Google en 2019 pour uniformiser le multi-cloud dans les entreprises. Le groupe ayant ainsi pour but d’aider « les entreprises à moderniser leurs infrastructures et leurs applications, aussi bien pour mettre en œuvre une stratégie de Cloud hybride que pour migrer ses applications du datacentre au Cloud », expliquaient les représentants de Google. En outre Anthos a été conçue pour être utilisée avec Azure et AWS.

Il y a quelques jours Google annonçait déployer cette version hybride aux opérateurs de télécommunication, nous rapportait TechCrunch. Ce déploiement s’inscrit dans ce que la firme appelle le « Global Mobile Edge Cloud », stratégie censée permettre aux opérateurs une meilleure connectivité réseau en périphérie. L’idée est simple, favoriser les domaines du retail, des transports et de l’industrie au travers de 134 emplacements dans le monde pour l’instant, dont environ 50 en Europe, et 9 en France.

Les opérateurs dont le premier en liste n’est autre que l’américain AT&T, devraient ainsi pouvoir développer de nouvelles applications sur différents clouds. L’objectif pour Google est d’être en mesure d’offrir un ensemble de produits 5G avec les opérateurs qui pourront utiliser à loisir les capacités du groupe en matière d’intelligence artificielle, machine learning et analyse de données.

Schéma pour représenter l'utilisation de la plateforme Anthos

Google

S’assurer les marchés de l’avenir

L’edge computing, désormais considéré comme une passerelle indispensable au transfert de données entre les objets connectés (IoT) et les applications des entreprises, ne cesse de se développer.

Avec la plate-forme Anthos, Google s’attaque au dernier écueil constaté à travers les opérateurs de télécommunication : le nombre de données à traiter en-dehors des datacentres qui ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que les IoT se déploient sur le terrain. D’autre part, de plus en plus de systèmes de maintenance ou de personnalisation prévoient de récupérer directement les données des objets connectés. Aussi la puissance de calcul nécessaire au traitement de ces informations prises directement à la source aurait lieu pour 50% en-dehors des datacentres d’ici 2022.

Si les temps de latence jusqu’ici peu compatibles avec le traitement de ces données nécessitaient de passer par de nouvelles applications, il convient aujourd’hui pour des services comme Anthos de garantir encore plus de performance à ses clients. En effet l’utilisation des programmes fonctionnant grâce à l’intelligence artificielle et favorisée par le déploiement de la 5G n’aura de cesse d’augmenter. Il suffit de penser aux villes connectées, à l’automatisation ou à l’apparition des voitures autonomes.

Google n’est bien évidemment pas le seul à investir dans ce domaine. Les mois derniers ont laissé entrevoir plusieurs alliances similaires. Microsoft et Jio, opérateur indien, ont ainsi annoncé vouloir s’allier en 2019 pour « accélérer la transformation numérique en Inde sur ce sujet ». Il convenait pour les deux sociétés de garantir l’amélioration de l’activation du cloud et de ses services pour les PME et les startups indiennes en créant de nouveaux datacentres, afin d’héberger les infrastructures ainsi que les services Azure et Office. Les marchés sont à prendre, et chacun semble se départager le globe en fonction des compétences qu’il peut apporter dans le domaine…

Autre investissement plus récent de la part de Microsoft : une nouvelle association avec Cisco, cette fois pour simplifier les déploiements IoT. Grâce au logiciel Cisco Edge Intelligence, les « passerelles IoT » pourront se connecter directement à Azure IoT Hub déclarait le groupe sur son blog le 3 mars dernier.

Google pourrait toutefois gagner un atout considérable en déployant sa plate-forme Anthos aux opérateurs de télécommunication, connus pour permettre un lien direct avec de nombreuses entreprises. Avec AT&T pour premier client, et tout un ensemble d’emplacements situés en Europe, la firme de Mountain View pourrait bien se garantir une place de choix dans l’avenir du cloud et du edge computing. N’oublions pas au passage, que sur le marché européen de la maison connectée par exemple, Google passait devant Amazon en 2019. Les secteurs du gaming et de l’esport risquent eux aussi de favoriser la vente d’objets connectés au sein des habitations, comme les téléviseurs, ou les enceintes connectées. Enfin les IoT sont considérés comme de véritables outils pour favoriser le paiement sans contact, qui là encore, n’a de cesse de croître en Europe. Aussi, avec une plate-forme comme Anthos, Google pourrait bien se préparer de beaux jours comme fournisseur d’objets connectés, mais également comme gestionnaire de données à travers eux.