Il y a quelques semaines, le Washington Post révélait que la CIA et le BND (l’agence du renseignement allemande) avaient acheté Crypto AG dans les années 70. Si cette entreprise a fourni près de 120 pays en matériel de chiffrement entre 1950 et 2000, elle aurait aussi permis à la CIA et au BND d’espionner les pays concernés. La Suisse décide de porter plainte.

Le gouvernement suisse ne peut pas fermer les yeux

Avec le soutien des services secrets allemands, la CIA rachetait Crypto AG en 1970 pour la somme de 5,75 millions de dollars, en toute discrétion. Suite aux récentes révélations du Post à propos de l’utilisation de cette société par les services secrets américains et allemands, le bureau du procureur général suisse a confirmé que : « nous avons effectivement reçu une plainte du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) pour l’utilisation présumée d’une société de chiffrement comme façade pour espionner les communications secrètes de plusieurs gouvernements, dont la Suisse, « .

En réalité, les services secrets américains et allemands pouvaient lire secrètement les messages, eux aussi secrets, d’autres nations chiffrés grâce à la technologie vendue par la société Crypto AG. Toute la problématique pour le gouvernement suisse est que Crypto AG est une société suisse, basée à Steinhausen, dans le canton de Zoug. La Suisse étant totalement neutre d’un point de vue géopolitique, un tel scandale pourrait nuire à sa réputation internationale, en particulier si le gouvernement fermait les yeux.

Crypto AG : le scandale du siècle (dernier) ?

Le bureau du procureur général doit maintenant examiner cette plainte avant de décider d’ouvrir une procédure pénale ou non. La portée de la technologie de Crypto AG était immense. L’entreprise travaillait avec des dizaines de gouvernements, dont l’Iran, l’Inde, le Pakistan, la Libye, l’Égypte, le Chili et l’Argentine qui présentaient tous des failles de sécurité volontaires, orchestrées par Crypto AG sous la direction de la CIA.

En Suisse ce scandale commence à faire du bruit. En effet, le gouvernement suisse a nommé un ancien juge de la Cour suprême pour se pencher sur cette affaire. Il doit produire un rapport d’ici fin juin pour faire la lumière sur cette histoire. En parallèle, la pression monte pour que le Parlement lance sa propre enquête afin de découvrir qui, en Suisse, était au courant du projet…