Pour ceux qui l’ignorent encore, Plague Inc est un jeu britannique, initialement pour smartphone et tablette, sortie en 2012. Le jeu est basé sur un principe extrêmement efficace : créer un virus, le faire évoluer pour qu’il infecte le monde entier et tue tous les humains de la planète avant qu’ils ne découvrent un vaccin. En pleine crise du COVID-19, le nom exact du coronavirus, l’administration chinoise du cyberespace a, semble-t-il, décidé de l’interdire sur l’AppStore.

Avec ce scénario de base très simple et toujours lié, via de petits messages, à l’actualité, Plague Inc connait des renaissances régulières. En 2014, avec l’arrivée d’Ebola, le jeu revient dans le top des classements d’applications les plus téléchargées.

En janvier nous sommes beaucoup à avoir réinstallé, un peu cyniquement, Plague Inc avec l’émergence de la crise du Coronavirus. L’application était numéro un des téléchargements en Chine, au Japon, en Corée du Sud, aux États-Unis et en France. Le jeu possédait 2,2 millions d’utilisateurs chinois sur Apple, selon Sensor Tower, une entreprise d’analyse de données, la croissance en janvier des téléchargements du jeu en Chine était de 9%.

Ndemic Creations, le studio à l’origine du jeu a vite saisi le bénéfice à en tirer : très vite le coronavirus a été intégré dans les options du jeu. Un message d’accompagnement a été publié sur les réseaux sociaux pour anticiper les critiques de récupération morbide, “L’épidémie de coronavirus en Chine est profondément préoccupante et nous avons reçu beaucoup de questions des joueurs et des médias. (…) Nous avons spécifiquement conçu le jeu pour qu’il soit réaliste et informatif, sans pour autant sensationnaliser les problèmes graves du monde réel”.

Dans le message, un autre avertissement, cette fois-ci destiné aux épidémiologistes amateurs qui voudraient simuler la propagation du virus avec le jeu, « N’oubliez pas que Plague Inc. n’est pas un modèle scientifique et que l’épidémie actuelle de coronavirus est une situation très réelle« .

Le contenu était peut-être finalement trop réaliste pour les censeurs chinois. Ils n’ont pas explicité les causes de cette interdiction subite. Ndemic, l’éditeur britannique, a communiqué pour faire part de son incompréhension et de sa volonté de se mettre en relation avec l’administration chinoise pour comprendre la décision prise.

Daniel Ahmad, un analyste interrogé par Reuters, soupçonne le lien avec le COVID-19, mais note que d’autres jeux en lien avec l’épidémie, sont toujours disponibles. Reuters évoque une autre explication possible à cette suppression, Apple exige désormais que les jeux sur AppStore aient reçu une licence du gouvernement chinois pour pouvoir y être référencés. Cependant, à cause de multiples retards, cette règle ne sera effective qu’en juin.

Il semble bien que ce soit le gouvernement chinois qui ait pris la décision de bloquer le jeu touchant à une actualité trop brûlante. Le gouvernement a, depuis quelques semaines, beaucoup sévi sur les réseaux sociaux comme WeChat, une répression de la liberté d’expression déjà limitée qui pourrait être amenée à durer si la crise ne faiblit pas.