Voilà pratiquement un an qu’il est question de faire de Qwant le moteur de recherche de l’administration nous rapporte le journal Libération. Cédric O, secrétaire d’État au Numérique annonçait au printemps dernier la série de tests, qui se sont déroulés durant le troisième trimestre 2019, pour juger de la compatibilité du moteur français avec les exigences du gouvernement. Ironie du sort, Éric Léandri ne pourra savourer cette victoire qu’assez succinctement, forcé d’abandonner son poste de président le 15 janvier prochain.

Qwant vient remplacer Google au sein de l’administration

Réputé pour protéger la vie privée de ses utilisateurs, le moteur de recherche remplacera bientôt Google dans les services publics. Dans une note envoyée le 7 janvier et rapportée par Libération, la Direction interministérielle du Numérique (DINUM) a déclaré : « Qwant va en effet devenir le moteur de recherche par défaut de l’administration ». La Chine n’est donc pas la seule à vouloir utiliser des outils nationaux au sein de son administration.

Cette volonté d’indépendance des géants du numérique de la part du gouvernement ne date pas d’hier, l’Assemblée nationale avait de son côté choisi d’abandonner Google pour Qwant par amendement en 2018. Suite à quoi la ministre des Armées, Florence Parly avait déclaré en octobre de la même année, faire de Qwant le moteur de recherche de son ministère.

Les tests conduits pendant l’été 2019 pour déployer son utilisation dans l’ensemble de l’administration publique ont donc été concluants, et le changement devrait s’opérer dès avril 2020. La politique menée par Éric Léandri aura donc fini par payer.

Du changement à la tête de l’entreprise

Petite ombre au tableau pour le futur ex-président du groupe, l’homme devra laisser sa place à Jean-Claude Ghinozzi, l’actuel directeur général adjoint de Qwant le 15 janvier prochain : « Après toutes ces années à conduire Qwant vers ses différents succès et sur tous les fronts, je suis très enthousiaste à l’idée de poursuivre l’aventure avec une équipe solide dont je suis fier, qui a toute ma confiance, et qui me permet de me concentrer sur la vision stratégique de ce que doit être et devenir notre moteur de recherche, au service de la vie privée des Européens et de notre autonomie technologique », déclare-t-il dans un communiqué de Qwant le 9 janvier 2020.

Heureux de passer le flambeau a priori… Cette décision n’est, somme toute, sûrement pas étrangère à la mauvaise presse subie par Qwant ces derniers temps. La personnalité d’Éric Léandri a régulièrement fait couler l’encre, et les récentes enquêtes de Mediapart et Next INpact ont quelque peu égratigné la réputation du moteur de recherche, et de son cofondateur.

Quand l’un remettait en cause l’indépendance technologique de l’entreprise, et s’interrogeait sur les soutiens politiques et financiers de l’entreprise, l’autre reprenait les accusations portées par Marc Longo, depuis condamné au silence sur cette affaire, et qui « accusait le moteur d’avoir un index bloqué en 2017. ». Qwant avait alors porté plainte contre Marc Longo plutôt que de s’expliquer, même si Éric Léandri avait reconnu, « en exergue de son audition » que le moteur avait pris du retard sur certains points, rapportait Next INpact.

Éric Léandri prendra désormais place au comité consultatif chargé de définir les « grandes orientations stratégiques de l’entreprise », et restera actionnaire. Il n’aura toutefois « plus aucune fonction opérationnelle, [et] ne pourra plus prendre de décision structurante » d’après une source gouvernementale de Libération.

Dans tous les cas, il semblerait, donc, que les doutes de l’administration, alors divulgués par le Figaro l’an dernier, aient complètement disparu.