Les géants de la tech investissent de plus en plus dans les services financiers, comme le rapporte CNBC ce 3 janvier. Il est clair, cependant, que chacun d’entre eux aura pris soin d’investir dans des secteurs leur garantissant une nouvelle part de marché, sans toutefois avoir à dépendre d’un système réglementaire auquel les banques, elles, sont soumises. Un équilibre que les géants de la tech auront intérêt à maintenir.

De nombreux investissements périphériques, et surtout rentables

On ne compte plus les services bancaires désormais proposés par les géants de la tech : Google Pay, Facebook Pay, Apple card. Chacun tient à être de la partie. Dernier projet en date pour Google au cours de cette année 2020 : proposer des compte-chèques à ses utilisateurs, en partenariat avec Citibank et une coopérative de crédit basée en Californie.

Toutefois l’ensemble de ces services est en grande partie géré par les partenaires choisis notamment par Google ou Apple, ce dernier s’étant associé à Goldma Sachs. Ceci pour plusieurs raisons : pour gagner la confiance des utilisateurs, à qui chacun jure de ne pas revendre les données partagées, certes. Mais, comme le rapporte CNBC, si la gestion des services proposés revient majoritairement aux banques partenaires, c’est qu’en plus d’un savoir-faire dont ils peuvent profiter, les groupes tech n’ont aucune intention de se transformer en nouvelles banques.

Celles-ci sont soumises à des systèmes bien trop réglementés au goût des géants de la tech, en particulier Google et Facebook peut-être, dont les principales sources de revenus sont la publicité ciblée, et la revente de données. Il est certain que cela ne fait pas bon ménage avec la confidentialité qu’une banque est tenue de garantir. D’autre part, obtenir et maintenir une licence bancaire serait bien trop compliqué pour ce genre d’entreprises, explique Sarah Kocianski, responsable de la recherche et consultante pour la société spécialisée en fintech, 11 : FS.

En outre, le retour sur les capitaux investis d’une entreprise technologique est bien supérieur à celui des prêteurs bancaires, déclare Sulabh Agrawal, analyste chez Accenture (entreprise internationale de conseil en technologies). Les géants de la tech ont donc tout intérêt à continuer de fonctionner avec des partenaires agréés.

Partenaires qui ne cessent de se développer, comme à Singapour ou Hong Kong, où les banques en lignes, et offrant des services digitaux, s’appliquent à introduire de nouvelles licences bancaires pour permettre aux entreprises technologiques d’ouvrir des services financiers. Seul Amazon semble pour l’instant œuvrer dans le secteur des prêts financiers, mais pour les entreprises uniquement.

Des services qui ciblent les pays émergents

Les services proposés par les géants, que ce soit Google pay, Facebook Pay, Apple Pay, Alipay, WeChat Pay, Uber Money, ou encore la Libra, tous ont pour vocation de rendre le paiement plus simple, et plus rapide.

Le paiement sans contact séduit de plus en plus, et se trouve en hausse en Europe notamment : grâce à la multitude d’objets prévus à cet effet, outre les mobiles, les wearables, les transactions sans contact ont été multipliées par huit en 2019 sur le continent européen.

D’autre part si les groupes Alibaba et WeChat se partagent le marché asiatique, il reste toutefois un marché à prendre : l’Inde, dont la population n’a encore qu’un accès relativement « récent » à internet, en particulier à certaines applications. C’est ainsi que Google a déclaré en septembre 2019 lancer la plateforme Spot dans le pays, conçue pour faciliter l’utilisation de Google Pay. Ce service de vitrine digitale emprunté au modèle déployé par WeChat en Chine, devrait permettre à Google de se déployer au fur et à mesure que l’infrastructure pour faciliter le paiement mobile se développera dans la région.

Comme l’a rappelé le directeur management de Google Pay lors du lancement de Spot : l’Inde représente un demi-milliard d’utilisateurs potentiels, et parmi les 60 millions d’entrepreneurs, encore très peu utilisent le paiement mobile. De quoi augmenter les profits rapidement lorsque celui-ci sera popularisé. Nul besoin donc, pour les géants de la tech de se transformer en banque, il leur suffit d’être en mesure d’offrir un type de service bien ciblé, pour obtenir des profits importants.

Pour finir, une étude menée en juin 2019 par la Banque des règlements internationaux (BRI) rappelait que certains géants de la tech « ont étendu leurs prestations, notamment au placement de produits d’assurance ou encore à l’octroi de lignes de crédit, en particulier dans les pays où le système bancaire est moins avancé. ». Un bon moyen selon la BRI de favoriser « l’inclusion financière, en particulier dans les économies émergentes en permettant à des petites entreprises et ménages qui n’avaient pas accès à un compte bancaire de bénéficier de services financiers ».

Le risque, soupesaient les experts de la BRI, serait de constater la dominance de tels acteurs dans le secteur financier, sans parler de la préservation des données des utilisateurs sur le long terme. Une chose est sûre, en étant capable d’offrir des services financiers à leurs millions d’utilisateurs sans passer par l’obtention d’une licence bancaire, mais par de simples partenariats, les géants de la tech risquent une fois de plus d’obtenir le beurre, et l’argent du beurre, en monopolisant le marché.