Fin décembre, le Congrès américain a présenté son livret de dépenses annuelles. Un article du MIT Technology Review attire l’attention sur le budget accordé au département de recherches en géo-ingénierie, souvent considérée comme une voie de dernier recours pour lutter contre ce qu’on appelle « le changement climatique ».

Le Congrès finance officiellement le domaine de la géo-ingénierie

Depuis 2012, et malgré certaines défiances, les États-Unis s’intéressent de près au domaine de la géo-ingénierie, et ont demandé à la NAS (National Academy of Science), soutenue par plusieurs agences fédérales, la NASA et la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), de conduire une évaluation des techniques dans ce domaine.

Définie par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) comme « l’ensemble de méthodes et de techniques visant à modifier délibérément le système climatique pour lutter contre les effets du changement climatique », il s’agit d’un domaine de recherche qui suscite encore quelques craintes. Néanmoins, tandis que les efforts d’atténuation (limitation des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation (limitation des effets négatifs du changement climatique) peinent à garantir une réelle amélioration des conditions planétaires, la géo-ingénierie attire de plus en plus l’attention de certains pays, dont les États-Unis.

Aussi, en cette fin d’année 2019 un budget de 4 millions de dollars a été attribué à la NOOA, alors chargée
de mener des efforts de surveillance et de recherche stratosphériques. Le programme comprend des évaluations des « interventions climatiques solaires », y compris des « propositions visant à injecter des matériaux [dans la stratosphère] pour affecter le climat ».

C’est donc une première pour le Congrès des États-Unis, rapporte la revue, qui, dans le même temps, vient de proposer un projet de loi qui permettrait à la NOAA de mettre en place un programme officiel pour mener à bien cette recherche d’intervention climatique.

Un domaine encore très controversé

De nombreux groupes de recherche tendent à se déployer dans ce domaine, principalement parmi les groupes universitaires. Aussi plusieurs chercheurs explorent la manière dont la planète pourrait être refroidie, afin de lutter contre le réchauffement climatique. Certaines recherches consistent notamment à injecter « des particules réfléchissantes dans la stratosphère ou en pulvérisant de l’eau salée dans le ciel pour éclaircir les nuages côtiers. », explique-t-on dans le magazine. Une équipe de l’université d’Harvard s’apprête même à lancer un ballon qui « pulvériserait une petite quantité de particules dans la stratosphère ».

Ces pratiques ne sont pas considérées sans danger toutefois, et plusieurs exposent leurs craintes. Il pourrait y avoir des répercussions, avec des effets secondaires dangereux. Le sénateur Jeffrey McNerney, à l’origine du projet de loi considère toutefois que le gouvernement fédéral se doit de prendre les devants dans ce domaine, afin d’examiner ce qu’il est possible de faire. À l’issue de la demande faite à la NAS pour établir des directives de recherche et de surveillance à prendre dans les années à venir, celle-ci a également créé un comité pour délivrer des recommandations dès l’année prochaine.

« Nous devons en savoir plus sur les capacités, les limites et les risques de la géo-ingénierie solaire afin que les décisions futures soient éclairées » a déclaré Jesse Reynolds, chercheur en droit et politique de l’environnement à l’université de Californie à Los Angeles. Néanmoins la situation climatique est fort préoccupante, et il faut selon lui persévérer dans le domaine de la géo-ingénierie, considérant même que les recherches menées sont en retard sur le sujet.

Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris engagé par Donald Trump plus tôt cette année, n’empêche donc pas le Congrès de financer la recherche pour tenter de lutter contre les effets néfastes des émissions de CO2. Tandis qu’elle consiste à entamer une “manipulation de l’océan”, la géo-ingénierie est certes encore sujette à caution, mais tant que l’ensemble des pays ne respectent pas ce nouvel accord, celle-ci peut représenter un espoir face à l’urgence de la situation planétaire, rappelait l’Express en novembre dernier.