Dans un article, ProPublica et BuzzFeed News font état du laxisme d’Amazon en matière de sécurité des livraisons. Ce n’est pas la première fois que les deux médias coopèrent pour enquêter sur le géant de l’e-commerce : en octobre dernier déjà, les deux médias présentaient en enquête suite à des changements d’entreprises de livraisons, après de lourds accidents de la route.

Dans cette nouvelle enquête, que les deux médias ont intitulé “The Fast Mile”, les journalistes rapportent comment Amazon préfère livrer ses commandes le plus vite possible, quitte à ce que cela soit au détriment de ses livreurs et des autres usagers de la route, voir même des piétons qui circulent dans le même environnement.

En se concentrant sur la vitesse de livraison, Amazon met les livreurs en danger.

À seulement quelques heures de Noël, cette enquête publiée par BuzzFeed News et ProPublica rappelle les risques qu’est prêt à prendre Amazon pour assurer leur meilleur service de livraisons possibles à ses clients. Le géant américain a, pour cela, déployé plus de camionnettes à son effigie plutôt qu’utiliser des véhicules de sous-traitants, notamment FedEx. Cela montre l’effort d’Amazon pour développer son propre réseau de livraison, ce qui à terme devrait lui permettre de mieux contrôler sa logistique, mais aussi d’accélérer encore un peu plus les livraisons. Jusque-là, cela lui permet déjà d’assurer plus de la moitié des livraisons de ses colis aux États-Unis.

Le rapport illustre la dangerosité de la vitesse de livraison d’Amazon à travers plusieurs exemples : tous relatent des accidents provoqués par la conduite à risque des livreurs, ayant conduits à déjà plus de 60 accidents, dont 10 mortels. Suite à cela déjà, la firme américaine avait rompu son contrat avec 3 sociétés de livraison, elle avait aussi indiqué qu’elle lancerait une formation de prévention pour éviter les accidents et inciter ses livreurs à être plus prudents sur la route.

Une lutte contre les accidents de la route via une formation … qui n’aura pas lieu

Avant la période des fêtes de fin d’année, en 2018, Amazon avait déclaré qu’il organiserait une formation de cinq jours qui viserait à évaluer et former de nouveaux livreurs, en insistant sur la sécurité routière, notamment. Selon BuzzFeed News et ProPublica, cette formation n’a jamais vu le jour et un mémo d’Amazon indiquerait même qu’il s’agit là d’un choix de la part de l’entreprise : cette formation représenterait pour la firme “un goulot d’étranglement”, à comprendre ici que cela sera mauvais pour son rythme de livraisons.

Une autre mesure risquée était mise en place par Amazon et cela via une application nommée “Rabbit”. Celle-ci est censée aider les livreurs en leur indiquant notamment quel colis livrer et où le livrer. La première version de cette application aurait conduit à des comportements dangereux de la part des livreurs dans la mesure où elle indiquait de mauvaises instructions et les conduisait aussi sur des routes dangereuses. Pour pallier à cela, Amazon a déclaré aux deux médias qu’il avait apporté plus de 500 modifications à l’application en 2019. Aussi, une telle pression leur est mise par Amazon que certains livreurs ne prenaient pas le temps de faire de pause, ni pour déjeuner, ni pour souffler un instant.

Cette enquête sur des livraisons Amazon n’est pas vraiment étonnante : les livreurs ont chaque jour une quantité importante de colis à livrer, avec une cadence excessive à tenir et des horaires contraignants, allant parfois jusque 22h pour les livraisons effectuées le jour même de certaines commandes.

En France, la livraison chaque jour de la semaine, même le dimanche n’aide pas : les chauffeurs livreurs sont nombreux, sur les forums, à partager les mauvaises conditions de travail qui leurs sont imposées, on retrouve parmi les éléments : le bas salaire, les horaires contraignants mais aussi un nombre de colis à livrer souvent supérieur à ce qui semblerait raisonnable en une journée.