C’est la troisième fois en quelques semaines que la POFMA (cette fameuse loi contre les fausses informations en ligne entrée en vigueur en octobre dans la cité-État) est utilisée à Singapour. Cette fois-ci, le « ministère de la Vérité » affirme qu’un parti d’opposition met en avant de fausses informations sur son site site internet, à propos de chiffres liés à l’emploi.

Une troisième application de la POFMA

Le gouvernement singapourien ordonne à un parti d’opposition de modifier une publication sur son site internet qui concerne un article sur l’emploi. Cette loi anti-fake news de Singapour avait été vivement critiquée à l’international lors de son vote en mai. Très floue dans sa rédaction, elle s’inscrit dans un contexte autoritaire : Singapour apparaît 151 ème sur 180 au classement pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Voici la publication dont il est question cette fois-ci :

Le gouvernement singapourien exige qu'un nouvel article de l'opposition soit modifié.

Crédit : Gouvernement Singapourien

L’article publié par le SDP, un parti d’opposition, indique que l’emploi des singapouriens aurait tendance à baisser alors que celui des étrangers augmenterait. Le ministère du Travail a déclaré que les chiffres cités dans l’étude en question étaient faux et que l’emploi augmente de manière régulière depuis 2015, pour les salariés singapouriens. En conséquence, le gouvernement réclame au parti d’opposition à l’origine de ce post de rédiger une correction. Les autorités demandent que les mentions « graphique trompeur et « fausse nouvelle » apparaissent sur cette publication.

D’après le gouvernement, la ville-État serait vulnérable quant à l’apparition des fausses nouvelles en raison de sa position de centre financier mondial, de la mixité ethnique de sa population et religieuse et de son accès généralisé à Internet. Des élections doivent se tenir à Singapour dans les prochains mois. Nous sommes curieux de voir comment les habitants vont réagir suite aux mesures autoritaires en place depuis quelques mois. En effet, cette loi pose de réelles questions sur la liberté d’expression.

Le gouvernement de Singapour peut-il faire ce qu’il veut ?

En novembre, le gouvernement de Singapour ordonnait à Brad Bowyer, un homme politique, de modifier sa publication Facebook. Il s’agissait de la première intervention de la POFMA. Quelques jours plus tard, ce même bureau demandait directement à Facebook de modifier le post d’une seconde personne, un blogueur. La loi de Singapour est la première qui exige de Facebook la modification ou la suppression d’un contenu lorsque le gouvernement le lui demande.

Le géant des réseaux sociaux a fini par se plier à cette loi. En réalité, Facebook n’a pas eu vraiment le choix et cette nouvelle loi suscite de nombreuses questions. Les gouvernements peuvent-ils finalement faire exactement ce qu’ils veulent sur les réseaux sociaux ? On peut désormais se le demander. Facebook a dit qu’il ne s’opposait pas clairement à cette loi mais qu’il s’inquiétait des abus potentiels qu’elle pouvait engendrer. Un porte-parole de l’entreprise a expliqué que : “nous espérons que la loi votée par le gouvernement de Singapour n’aura pas d’impact sur la liberté d’expression sur le territoire et qu’elle sera mise en place avec modération et transparente dans les mois qui viennent”.

Dernière mise à jour à 11h21 le 16 décembre : d’après Reuters, le parti d’opposition (le SDP) au gouvernement singapourien a déclaré qu’il s’était conformé aux directives des autorités : la publication a été modifiée. En revanche, un porte-parole précise que le parti prévoit de faire appel en justice pour contrer cette directive qu’il considère comme une application extrêmement sévère. La plus « violente » depuis l’entrée en vigueur de la POFMA, d’après le SDP.