L’Union européenne doit adapter ces règles sur la concurrence datant de 1997. C’est ce qu’a estimé la Vice-présidente de la Commission européenne Margrethe Vestager. Derrière cette prise de position, les pressions conjuguées de Paris et Berlin qui ont mal vécu le rejet par la commission de la fusion entre Siemens et Alstom.

Une vice-présidente puissante

Margrethe Vestager n’est pas n’importe qui parmi les vice-présidents de la Commission européenne. Commissaire à la concurrence sous la commission de Jean-Claude Juncker, celle qui lorgnait sur le poste de présidente de l’exécutif européen s’est vu attribuer, en plus d’un second mandat à la concurrence, la responsabilité de l’économie numérique. Ce qui fait d’elle, de facto, l’une des personnalités les plus puissantes de la Commission d’Ursula von der Leyen, entrée en fonction le 1er décembre.

Et ce n’est pas démérité tant elle a incarné lors de son précédent mandat le combat de l’Union européenne contre les GAFA. Elle a fait de la lutte contre la concurrence une arme contre la fiscalité des géants du numérique américain, non sans succès. En 5 ans, elle a infligé 18,9 milliards d’euros d’amendes pour pratiques abuses, 8,2 milliards cumulés rien que pour Google. Elle a également imposé à Apple de rembourser 14,3 milliards d’euros d’impôts à l’Irlande.

Pourtant, aussi puissante soit-elle, difficile pour la commissaire danoise d’aller contre les intérêts de la France et de l’Allemagne. Les deux puissances européennes ont très mal vécu le refus de Mme Vestager de valider la fusion entre l’entreprise allemande Siemens et le groupe français Alstom. À la suite de cette décision de février 2019, Ursula von der Leyen avait introduit dans la lettre de mission de la vice-présidente la demande de réfléchir aux règles européennes de la concurrence.

C’est dans ce cadre qu’intervient l’annonce du 9 décembre de la commissaire à la concurrence. Elle a reconnu que « Les défis auxquels nous sommes confrontés au début de cette nouvelle décennie nous obligent à réexaminer les outils que nous utilisons pour faire respecter les règles de concurrence ».

L’objectif de cette déclaration est de faire face aux nouveaux enjeux de la mondialisation. La nécessité pour l’Europe est de protéger ses consommateurs tout en favorisant la constitution de champions continentaux à même de répondre à la concurrence mondiale et plus particulièrement chinoise.

Bruno Le Marie, ministre de l’économie s’est réjouie de la déclaration de Margrethe Vestager, « Je salue les déclarations de la vice-présidente Vestager, qui marquent la prise de conscience de la nécessité de faire évoluer la politique de la concurrence face aux États-Unis et à la Chine ».

Margrethe Vestager n'oublie pas les défis posés par les GAFA

Outre ces problématiques, Margrethe Vestager souhaite également revoir les règles de la concurrence face aux nouveaux défis posés par les géants du numérique. La vice-présidente de la commission cible la domination sans partage des géants américains que sont les GAFA. Leur puissance réduit de fait le choix des consommateurs.

Pour répondre à ces défis plusieurs réflexions sont sur la table rapporte Les Échos. Parmi elles, contraindre les géants américains de partager leurs données pour permettre l’émergence d’une concurrence réelle. Autre idée, une meilleure surveillance des rachats des grands groupes comme celui de Whatsapp par Facebook en 2014.

Margrethe Vestager dispose désormais d’un mandat de 5 ans pour explorer ces différentes pistes. À terme l’objectif est d’actualiser les règles de la concurrence de l’Union européenne vieille de 22 ans.