Des astronomes de l’Observatoire interaméricain Cerro Tololo (CTIO), au Chili, se sont émus d’avoir eu leurs observations parasitées par des traits de lumière persistant pendant environ 5 minutes. Après avoir réfléchi, les deux astronomes ont réalisé qu’ils avaient affaire à des satellites de la constellation Starlink de Space X, l’entreprise d’Elon Musk.

Lors du lancement de la première grappe de 60 satellites de la constellation Starlink, le 23 mai, c’est l’émerveillement qui l’avait emporté à la vue de pointillés de lumières traversant le ciel. Les images avaient été captées par un astronome amateur.

De leur côté, les professionnels de l’observation spatiale s’inquiétaient des conséquences de la mise en orbite de la constellation de Space X. Alex Parker, astronome en charge du projet ESPRESSO (Exploration Science Pathfinder Research for Enhancing Solar System Observations), anticipait : “je sais que les gens s’émerveillent en regardant les images du ‘train’ de satellites Starlink de SpaceX, mais ça me laisse perplexe. Ils sont lumineux et il y en aura beaucoup. Si SpaceX lance ses 12 000 satellites, ils deviendront plus nombreux que le nombre d’étoiles visibles à l’œil nu“. Sachant que depuis, Space X a obtenu l’autorisation de lancer jusqu’à 42 000 satellites, et que OneWeb et Amazon veulent avoir leur propre constellation.

Elon Musk avait alors tenu à rassurer son monde en affirmant que Starlink “aura un impact de [environ] 0% sur les progrès de l’astronomie“, ajoutant au passage : “On doit mettre les télescopes en orbite de toute façon. L’atténuation atmosphérique est terrible“.

Le fantasque fondateur de Space X s’est, semble-t-il, un peu trop avancé si l’on en croit l’équipe de deux astronomes du CTIO. Dans la nuit du 17 au 18 novembre, quelques jours après l’envoi d’une nouvelle grappe de satellites Starlink, leurs observations menées lors du crépuscule astronomique, 90 minutes avant la levée du soleil, ont été gênées pendant 5 minutes par une série de stries significative.

À l’horaire où les chercheurs ont voulu contempler le ciel encore nocturne, les satellites ne sont plus dissimulés par l’ombre de la planète. Problème, ces meutes de satellites d’environ 230 kg chacun, reflètent particulièrement bien la lumière du soleil.

Clarae Martínez-Vázquez, l’une des deux astronomes du CTIO, a expliqué dans un tweet ce qui s’était produit, expliquant être « choquée ». Pour elle, l’apparition des satellites « C’est déprimant… et pas cool ».

Clarae Martínez-Vázquez observait avec son collègue Cliff Johnson le Grand et le Petit Nuage de Magellan, deux galaxies naines proches de la Voie Lactée. Ils faisaient des recherches sur les galaxies où la matière noire est dominante.

Cliff Johnson a déclaré, relayé par Libération « perdre cinq minutes d’observation n’est pas si grave, mais si dans le futur on en arrive à perdre 30 ou 60 minutes en une nuit, ça représentera une grosse tranche de notre temps d’observation. Chaque minute est précieuse ».

Surtout que, comme le rappelle le journal français, les télescopes sont pris d’assaut par les scientifiques : les plannings sont remplis longtemps en avance. Il existe bien des moyens pour éliminer les traînées des grappes de satellites, mais ces logiciels sont limités, notamment quand la lumière du satellite se confond avec celle d’une étoile.

De son côté, Space X a expliqué prendre en compte les inquiétudes des astronomes. Pour le moment, la seule solution envisagée est de repeindre les satellites en noir pour limiter l’effet réfléchissant, mais quid des panneaux solaires des engins ? De plus, les ondes radios émises par ces derniers restent un problème, elles risquent de fortement déranger les radiotélescopes. Pour offrir internet à la Terre, Starlink pourrait bientôt lui dissimuler son horizon.