Le 19 novembre, la Lettre A a publié un article affirmant que l’entreprise de télécommunication chinoise Huawei avait attaqué en diffamation plusieurs experts français suite à leur passage dans diverses émissions de télévision. Vendredi 22 novembre le groupe a confirmé ces informations.

Valérie Niquet, chercheuse spécialiste de l’Asie particulièrement visée

Les faits ne sont pas tout récents puisque les trois plaintes datent de mars 2019 et concernent des interventions médiatiques de février 2019. Selon Bloomberg rien ne prouve pour le moment que des enquêtes pour diffamation ont bien été ouvertes par le procureur de la République.

Sur son compte Twitter, vendredi, le groupe de télécommunication a insisté sur le fait que ce n’étaient pas les médias qui étaient visés par respect pour « leur indépendance et la liberté de la presse ». En cause : des intervenants non salarié par un média, présent en plateau ou interviewé au sujet de l’entreprise chinoise.

Parmi les experts potentiellement visés, au nombre de trois selon Bloomberg, la Responsable du pôle Asie de la Fondation pour la recherche stratégique, Valérie Naquet. Cette dernière s’était exprimée sur Huawei le 3 février 2019 dans le JT de TF1 et le 7 février dans l’émission de France 5 C dans l’Air.

Huawei attaque les interventions de la chercheuse sur trois points :
– Affirmer que Huawei est contrôlée par l’État chinois et incidemment le Parti communiste chinois ;
– Expliquer que Huawei est « dirigée par un ancien membre du « contre-espionnage » ;
– Et enfin que l’entreprise « utilise ses compétences technologiques en matière de réseaux télécoms pour commettre des actes d’espionnage au préjudice du monde occidental ».

Valérie Niquet avait été informée en septembre et novembre de la plainte déposée contre ell selon Bloomberg. Sur Twitter la chercheuse s’est défendue en anglais et en français de toute diffamation. Elle a notamment cité la constitution du PCC, « Le Parti exerce un leadership global dans tous les domaines d’activité dans toutes les régions du pays ».

Elle nie par ailleurs avoir dit que Huawei était dirigé par un ancien membre du « contre-espionnage ». Sûre d’elle Valérie Niquet a déterré les deux émissions mise en cause. On l’entend notamment expliquer sur le plateau de C dans l’Air que : « Huawei a été créé par un monsieur qui était directeur de l’académie des communications de l’Armée populaire de libération avant de créer l’entreprise dans les années 80 lorsque la Chine a commencé des champions technologiques. Donc il y a un lien direct et ça n’est pas par hasard que ce soit lui. » Pas de mention du contre-espionnage…

La chercheuse a reçu de nombreux soutiens de la part de ses collègues. Joseph Henrotin, chercheur et rédacteur en chef du journal spécialisé DSI (Défense et Sécurité internationale) a qualifié le comportement de Huawei comme « hallucinant ».

La Fondation pour la recherche stratégique a elle publié un communiqué pour « soutenir la libre expression individuelle de ses chercheurs dans le cadre de leurs fonctions. Elle réitère plus généralement son attachement au principe fondamental de liberté d’expression publique sur les questions les plus contemporaines d’intérêt stratégique ».

Un contexte particulièrement tendu entre Huawei et les États-Unis

L’émission a été réalisée dans un contexte géopolitique particulièrement tendu entre Huawei et les États-Unis. Médiatiquement la crise entre Huawei et les États-Unis avait commencé avec l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, accusée d’avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran.

Les inquiétudes de la place de Huawai dans le futur réseau 5G mondial avaient vite suivies l’affaire canadienne. Les États-Unis craignent la prépondérance du géant chinois, qui a affirmé en juin que 65% des réseaux 5G utilisent sa technologie, et multiplient les pressions contre les pays étrangers ou ces propres entreprises pour ne pas utiliser de technologie 5G.

Le 22 novembre, à nouveau, l’administration Trump à affirmer réfléchir a remplacé les équipements Huawei déjà en place sur le territoire américain. Depuis mai Huawei a été placé sur liste noire par le département du commerce américain, les entreprises Américains pourront continuer à travailler avec Huawei jusqu’au 16 février 2020.