La surveillance sur Facebook et Google est une « atteinte à la vie privée » selon Amnesty International. Dans un rapport publié fin novembre, l’ONG déclare que le modèle économique des géants de la technologie va à l’encontre des droits humains.

Un modèle économique qui ne doit plus être fondé sur le marchandage des données

D’après Amnesty International, la constante surveillance de milliards de personnes menace non seulement le droit humain, mais également la liberté d’expression. L’utilisation d’internet est devenue indispensable au quotidien, mais les services Web sont dominés par des géants – Apple, Amazon, Google Microsoft et Facebook – désormais omniprésents dans la vie des utilisateurs.

Parmi eux, Facebook et Google sont pointés du doigt par l’ONG, considérés comme les puissants en matière de “prise de parole” et de “liberté d’expression”. Deux droits fondamentaux, qui selon Amnesty International, sont mis en danger.

Google contrôle 90% de l’utilisation des moteurs de recherche dans le monde, et un tiers de la planète utilise Facebook : « Des milliards de gens n’ont pas d’autre choix que d’utiliser ces espaces publics selon les termes établis par Facebook et Google » déclare au journal The Verge Kumi Naidoo, Secrétaire général d’Amnesty International.

Tandis que l’ONG rappelle les affaires pour lesquelles les deux firmes ont été, ou sont encore aujourd’hui, sous surveillance de la justice. Que ce soit avec l’affaire Cambridge Analytica dans laquelle Facebook était accusé d’avoir manquer de vigilance, provoquant ainsi des répercussions sur les élections présidentielles, ou la récolte de données à l’insu des utilisateurs de Google, étudiée par le Congrès. Une campagne antitrust est, par ailleurs, déployée contre les géants de la Tech aux États-Unis depuis plusieurs mois.

Le porte-parole de l’ONG insiste sur l’absence de consentement de la part des utilisateurs. Leur dépendance s’est faite à leur insu, et les données personnelles concédées en échange des services proposés les ont pour ainsi dire piégés, car il n’y a pas eu de contrat préalable, explique Kumi Naidoo.

The Verge précise qu’un porte-parole de Google a récemment affirmé dans un communiqué adressé au journal, que les équipes travaillent pour donner plus de contrôle aux utilisateurs sur leurs données : « Nous reconnaissons que les gens nous font confiance avec leurs données, et que nous en avons la responsabilité ».

L’ONG considère que le problème réside dans « la domination des compagnies », celles-ci ont grandi trop vite, et leur taille est bien trop importante. Pour combattre cette domination, Amnesty International considère qu’il faut changer le modèle économique de ces entreprises. Tant que celles-ci se rémunèrent grâce à la publicité, ils ne cesseront d’utiliser les données des utilisateurs.

Ainsi comme l’expliquait Tristan Harris, ancien ingénieur chez Google. Créateur du Center For Humane Technology, organisation à but non lucratif, il faudrait réussir à modifier la manière dont ces firmes gagnent de l’argent. Si pour l’instant c’est grâce à la publicité et au temps passé sur les services que les géants se rémunèrent – d’où la multiplication des services proposés – il faudrait transformer ce concept en un « temps bénéfique ». Certes, mais comment mettre cela en place ? Comme le rapporte The Verge, l’ONG ne propose pas, elle non plus, de réelle solution ou alternative.

Quelles solutions à part un cadre législatif ?

Facebook a déclaré ne pas être en accord avec l’évaluation d’Amnesty International : « Notre modèle économique fonctionne sur des principes qu’utilisent précisément des groupes comme Amnesty International – qui poste régulièrement des publicités sur Facebook – pour trouver des sympathisants, recueillir des fonds et poursuivre leur mission ». À bon entendeur salut !

Si l’ensemble des utilisateurs décidait qu’il était en effet nécessaire de modifier le système économique de firmes aussi puissantes, ceci passerait à l’évidence, par une réglementation imposée par les pouvoirs publics.

Si des organismes comme la CNIL (en France), ou des règlements comme le RGPD (à l’échelle européenne) existent pour contrôler, alerter, ou encore informer les gouvernements et les utilisateurs de certains dangers, il est clair que des lois sont nécessaires. Certains démocrates américains en sont conscients, et des sénateurs ont récemment proposé un projet de loi pour établir un organe fédéral, reprenant les principes établis par la CNIL et le RGPD.

Néanmoins, personne n’ignore que les géants du numérique, chose d’ailleurs rappelée dans le rapport d’Amnesty International, que les actions de lobbying viennent régulièrement interférer dans le processus. Rien qu’en 2018, Google a dépensé 8 millions d’euros auprès de sociétés de lobbying pour faire pression sur l’Union européenne, et 21,2 millions de dollars pour financer des groupes agissant auprès du gouvernement américain.

En réponse à l’action d’Amnesty International, Google a fait prévaloir la transparence de ses actions, en ne cachant pas ses investissements, tandis que Facebook déclare « maintenir sa conformité aux lois et directives applicables » en matière de lobbying.

Les sociétés Google et Facebook sont toutes deux soumises à des évaluations indépendantes tous les deux ans concernant leur procédure, leur système, et leur politique interne, notamment pour observer si les droits de l’homme sont respectés. En revanche, aucune de ces évaluations ne portent sur l’impact des activités des sociétés en externe. Autrement dit rien n’est prévu pour vérifier si les services proposés par Google et Facebook ont des répercussions sur les droits de l’homme, au grand regret d’Amnesty International.

Si les sujets abordés, et les préoccupations de l’ONG semblent justifiées… il est clair que pour l’instant ni Amnesty International ni les politiques – manifestement compromis par le lobbying – n’ont le pouvoir de faire changer les choses. Il semblerait toutefois que les dernières grandes enquêtes antitrust et les actions menées par les démocrates aux États-Unis soient une preuve qu’un nombre important de dirigeants ait compris la nécessité de s’y atteler. Certains allant même jusqu’à proposer leur démantèlement, à l’instar d’Elizabeth Warren, candidate aux élections présidentielles américaines de 2020.