Sur Instagram, il y a quasiment 80 000 influenceurs francophones recensés dans le panel d’étude de HypeAuditor. Si tous sont francophones, certains ne vivent pas forcément en France. Ces influenceurs possèdent à l’unanimité un compte Instagram.

Après les avoir répartis dans différentes catégories, en fonction de leur popularité, de leur domaine de prédilection, mais aussi de leur âge et de leur genre, HypeAuditor a mis au point un algorithme pour identifier les pratiques des influenceurs francophones et mieux comprendre certains aspects de leur compte Instagram. Alors entre taux d’engagement, fake d’influence et conséquences pour les marques qui leurs font confiance : l’influence sur Instagram ne correspond pas toujours à ce que l’on voit en ouvrant l’application. C’est d’ailleurs en ce sens, et pour réduire la pression imposée par la concurrence sur le réseau social, qu’Instagram a commencé à tester une version sans like.

État des lieux de l’influence francophone sur Instagram

HypeAuditor est un outil d’analyse dédié à Instagram et YouTube. Il utilise un algorithme qui lui est utile pour mieux comprendre le public du créateur de contenu. Cet outil peut être utilisé par des marques ou annonceurs afin de faire le meilleur investissement possible (comprendre ici que la marque va collaborer avec l’influenceur qui pourra lui donner le maximum de visibilité et dont le public sera le plus susceptible de passer à l’achat). Cet outil est en mesure d’analyser les pratiques des influenceurs, de détecter les faux comptes parmi les abonnés et également de déterminer l’engagement des personnes sur leur compte.

Répartition des influenceurs par audience

Précisément, HypeAuditor nous permet de savoir qu’il y a actuellement environ 294 méga-influenceurs (comptes qui ont plus d’un million d’abonnés), mais aussi 1 986 macro-influenceurs, ce sont ceux qui ont plus de 100 000 abonnés mais moins d’un million. Viennent ensuite les influenceurs de niveau intermédiaire, ils sont quasiment 10 000. On passe ensuite à plus de 35 000 micro-influenceurs, donc les personnes qui ont entre 5 et 20 000 abonnés et enfin, les nano-influenceurs, ils ont plus de 1 000 abonnés, mais moins de 5 000, et puisqu’ils sont plus de presque 32 000, ils constituent avec les micro-influenceurs, les influenceurs les plus nombreux de la communauté francophone.

Répartition des influenceurs

© HypeAuditor – Répartition des influenceurs par catégories

Répartition des influenceurs par catégories

Parmi les catégories les plus représentées par les influenceurs, nous retrouvons la catégorie lifestyle. Cette catégorie concerne presque 40% des influenceurs francophone. Vient ensuite la catégorie beauté et mode puis celle du sport. Grâce à l’analyse, nous repérons que sur Instagram, des comptes dédiés aux livres et à la littérature font partis des moins populaires (alors même que cette catégorie est phare sur YouTube, il suffit de jeter un œil aux BookTubeurs).

Influenceurs par catégories

© HypeAuditor – Influenceurs par catégories

Répartirion de l’audience par genre

Enfin, le dernier point important observé par HypeAuditor est le comportement de l’audience sur le réseau social. On remarque là, la proportion d’hommes et de femmes qui constituent l’audience de chacune des catégories. Et surprise, si on imaginait que les femmes étaient les plus nombreuses à suivre la catégorie mode et beauté, les hommes sont en fait légèrement plus nombreux et l’emporte à 50,6% face à 49,4%. Les femmes sont les plus adeptes du lifestyle et représentent 57,05% de l’audience. La catégorie où la différence entre les hommes et les femmes est la plus marquée est la catégorie « moto et voitures », les hommes ne représentent pas moins de 81,72% de l’audience de la catégorie.

Catégorie par genre

© HypeAuditor

Maintenant que nous en savons plus sur les influenceurs et leur audience, ainsi que sur le fonctionnement de HypeAuditor pour réaliser son analyse, il est temps de se consacrer à la fraude d’influence, un phénomène qui ne serait pas si rare sur le réseau social qui appartient aujourd’hui à Facebook.

La fake influence est monnaie courante sur le réseau social

La fake influence sur Instragram n’est plus rare, et d’autant plus dénoncée déjà à plusieurs reprises. Ces fraudes ne concernent pas la globalité des influenceurs, mais tout de même quasiment 40% d’entre eux. Il existe, sur le réseau social, différents types de fraude qui permettent d’augmenter le nombre d’abonnés d’un compte et le taux d’engagement.

5 types de fraude :

Dans un premier temps, il y a les acheteurs d’abonnés. Le principe est simple, les personnes souhaitant obtenir plusieurs milliers d’abonnés en quelques heures seulement n’hésitent pas à payer entre quelques euros et plusieurs centaines pour gagner parfois des milliers d’abonnés. Cependant, le problème de cette fake influence est que l’engagement de l’audience n’est pas bon : certes pendant une période donnée, vous pouvez choisir d’avoir en supplément des likes chaque jour sur vos publications, mais dès lors que vous arrêtez de payer, fini les likes journaliers et le nombre d’abonnés peut lui aussi finir par chuter, étant donné que les comptes fantômes sont supprimés par Instagram.

Il existe ensuite la vieille technique du « follow-unfollow », c’est peut-être la plus simple de toute : elle ne prend pas trop de temps et ne coûte pas d’argent. La technique en elle-même consiste à suivre plusieurs, voire parfois beaucoup de personnes d’un coup, attendre que ces personnes vous suivent en retour et puis de les unfollow.

Il est également possible d’acheter des likes et des commentaires. Comme précisé ci-dessus, lorsque nous avons abordé l’achat d’abonnés, on peut faire l’acquisition de likes, mais aussi des commentaires. Ces derniers une fois achetés sont simples à remarquer : ils sont constitués de mots basiques comme « Fantastique », « cool », « wow », ils peuvent aussi prendre simplement la forme d’emojis ou alors juste mentionner un autre compte.

Il est aussi possible d’acheter des vues en story. Et pour obtenir 100 000 vues, cela pourrait aisément vous coûter jusqu’à 500€ en fonction des sites. Ces achats permettent d’augmenter les vues globales sur un compte et de faire évoluer également les statistiques Instagram et de prouver ensuite l’engagement auprès des marques lors de partenariats par exemple.

Et enfin, il existe ce qu’HypeAuditor nomme les « Comment Pods ». On pourrait, en français, les définir comme « les groupes de commentaires ». Le principe est plutôt simple : entre 10 et 20 utilisateurs d’Instagram forment un groupe, en général une conversation via WhatsApp, et ils doivent commenter chacun des posts des autres membres du groupe. Cela a pour objectif de faire croire à l’algorithme Instagram que la publication est populaire. Cette pratique peut très facilement prendre énormement de temps.

Aujourd’hui, nombreuses de ces fraudes peuvent être détectées, certaines plus aisément que d’autres. Il suffit notamment de jeter un oeil au contenu des commentaires des publications des influenceurs, mais aussi aux likes déposés sur la photographie. Professionnels, annonceurs et marques, utilisent eux aussi des outils et trackent des situations étranges comme cette évolution de followers. Dans ce cas, il leur arrive de remettre en question la collaboration avec l’influenceur.

Croissance inauthentique

© Hype Auditor – Exemple d’un rythme inhabituel de gain de followers

Qui sont les fraudeurs et quelles sont les conséquences de leurs actes ?

Comme évoqué précédemment, 40% des influenceurs de la communauté francophone ont d’ores et déjà eu recours à au moins l’une de ces méthodes. Lorsqu’on se penche de plus près sur les statistiques fournies par HypeAuditor, on note que plus de la moitié des influenceurs ayant entre 100 000 et un million d’abonnés sont concernés par cette fake influence. Ceux qui la pratiquent le moins sont les plus petits influenceurs.

Représentation des fraudes par les différentes catégories d'influenceurs

© Hype Auditor – Répartition des fraudeurs

La principale conséquence de ces actions est la perte de crédibilité des influenceurs auprès des marques. En effet, ces dernières font sans cesse attention aux statistiques de leurs influenceurs pour leurs accorder tel ou tel contrat.  Avec les nombreux outils qui se développent aujourd’hui, les choses leurs sont facilités dans la mesure où il est possible de voir la prise ou la perte d’abonnés d’un influenceur et donc de voir quand ce dernier a potentiellement pu faire un achat.

Enfin, depuis plusieurs mois les plateformes prennent des mesures pour limiter ces pratiques, longtemps restées un secret de Polichinelle. Certaines vont même jusqu’à poursuivre les entreprises qui en font leur business.

Des standards imposés par les organisations professionnelles et une plateforme officielle où les agences consulteraient les audiences des influenceurs seraient la principale solution pour mettre fin à ces pratiques. Reste à mettre tout le monde d’accord …