En créant The Garage, Cyril Paglino, crypto-entrepreneur, et co-fondateur de Starchain Capital, explique vouloir fonder l’incubateur le plus important d’Europe à Paris. En partenariat avec Dune Network et avec l’aide de The Family, structure déjà bien ancrée dans l’accompagnement de startups, The Garage, lancé le 12 novembre, espère, entre autres, accompagner 20 à 25 projets par an.

Un projet ambitieux

Bruno Le Maire l’avait annoncé en septembre 2019, favorable à une monnaie numérique publique – mais en opposition avec la Libra – la « France doit être un grand pays d’innovation financière. Nous soutenons par exemple le développement de la blockchain. Mais cette innovation ne doit jamais se faire au détriment de la sécurité du consommateur ou de l’épargnant. ». Il semblerait que la chose se mette en place.

En juin dernier, Cyril Paglino a rencontré Fabrice le Fessant et l’équipe de Dune Network, plateforme blockchain créée par des chercheurs français. Le co-fondateur de Starchain Capital (spécialisé dans les fonds d’investissements dédiés à la blockchain), explique dans une interview accordée à FrenchWeb, avoir financé le réseau de Dune Network pendant quelques mois. L’étape suivante étant de créer un écosystème d’applications capable d’être relié à ce réseau network. Projet qu’il compare – toute proportion gardée – à Ethereum (plateforme américaine) ou Neo qui appartient aux chinois. L’objectif : apprendre, échanger, créer déclare-t-il.

Une quinzaine d’investissements ont été faits. auprès de douze américains, et trois français, durant les derniers mois. Après avoir contacté The Family, entreprise spécialisée dans la promotion de startups, l’idée est venue de travailler ensemble, pour finalement créer un incubateur de taille dans le centre de Paris : 450 m2. La plateforme The Garage réunira une équipe d’une vingtaine de personnes au départ, dont une dizaine de scientifiques et chercheurs, designer, avocats.

Profiter du « rayonnement » de The Family, des compétences des ingénieurs de Dune network, et des fonds réunis par Starchain Capital, notamment grâce à ses co-investisseurs américains, tel est l’objectif de The Garage.

L’idée « c’est d’incuber environ 20 à 25 startups par an » déclare Cyril Paglino. Comment comptent-ils procéder ? Pour attirer le client, les équipes de The Garage proposent trois grandes « offres » (2 offres pour les startups, et trois offres globales) :

La première consiste à permettre aux startups de se développer. Il s’agirait de reprendre au départ entre 20 et 25 projets, explique Cyril Paglino, sur lesquels seraient repris un pourcentage minime : 5 % environ. Modèle déjà élaboré par The Family. “Tout type de projet qui utilise de près ou de loin la blockchain, et qui aurait besoin d’aide ou d’un écosystème pour se développer, pourrait bénéficier de cette offre“, affirme Cyril Paglino. Celle-ci peut donc être reliée à plusieurs types de marché. Pour lui « la blockchain ne va pas forcément changer tous les métiers » mais risque d’en impacter plusieurs : comme l’assurance, la propriété intellectuelle sur des sujets digitaux, les finances.

L’incubateur accompagne déjà cinq « pépites de la blockchain », parmi lesquelles on retrouve : Ticket 721, (spécialisée dans la revente de tickets grâce à la certification blockchain), Elitechain Technologies (vente d’accessoires jeux vidéo en ligne), Ipocamp (qui traite de la propriété intellectuelle en ligne), et Mother (dans la tockénisation des points de fidélité).

La deuxième offre, s’apparente à ce que le cofondateur de Starchain Capital dénomme « la transmission » : The Garage prévoit de créer deux à trois entreprises de départ, autour de sujets jugés nécessaires au développement d’un écosystème blockchain. Après établissement des équipes fondatrices comprenant un CTO, un CEO, et un e-design, l’idée se résume à leur confier les rênes de l’entreprise, leur laissant ainsi 60% des capitaux.

La troisième offre proposerait un service de conseil aux grands groupes, à travers des formations. Est prévu à cet effet d’installer dans les locaux de The Garage, une école « pour apprendre aux jeunes ingénieurs à coder sur Dune », (logiciel de Dune Network).

Beaucoup d’amorçages sont donc prévus, et quand on lui demande si The Garage prévoit d’installer des bureaux ailleurs en Europe, Cyril Paglino répond que pour l’heure, «ce n’est pas le projet ». Il convient tout d’abord de « sécuriser » le tout, du moins dans les deux prochaines années. Si les choses se déploient correctement, alors le temps sera venu de voir ce qu’il est possible de faire.

Faisant preuve d’une certaine réserve quand on lui demande ce qu’il pense de la cryptomonnaie : « On est pas pour, on est pas contre, et honnêtement ça se joue au-dessus de nos têtes », car il s’agit de « sujets qui sont discutés entre présidents qui s’appellent le dimanche ». Cyril Paglino estime donc ne pas avoir « le niveau pour rentrer là-dedans », même s’il se dit curieux de voir ce qui va se passer. Et d’ajouter que selon lui, 2020 sera « l’année du dénouement », mais un dénouement politique et non technologique.

Une volonté gouvernementale

Les États ne doutent plus de la nécessité de développer la blockchain, ne serait-ce que pour garantir la traçabilité et la sécurité des données, ou des transactions en ligne, rappelle le journal de la Tribune. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et Cédric O, secrétaire d’État en charge du Numérique ont tous deux fait part de leur volonté « d’attirer les futurs champions de la blockchain en France et de faire de Paris la capitale européenne de l’innovation ».

Après Station F, campus réservé au développement de startups, le lancement de The Garage vient confirmer le développement de ce modèle financier, vivement encouragé par le gouvernement. À cet égard, et pour favoriser des écosystèmes consacrés aux nouvelles technologies – principalement l’Intelligence artificielle pour Station F – l’État aura financé un programme d’investissement pour augmenter le nombre de licornes d’ici 2025.

Nul doute que ce type d’initiative est censé relancer l’économie. Néanmoins, le fonctionnement des startups, principalement fondé sur l’investissement à court terme, ne garantit pas la qualité des produits sur le long terme. Et encore moins une projection sur l’avenir de ces entreprises, souvent réduites à une durée de vie qui peine à dépasser les 2 à 5 ans.