Facebook veut garder un œil sur tout ce que vous faites. Malgré les scandales et les promesses, il semblerait que cela ne soit pas prêt de changer. D’après le média Adweek, le réseau social souhaite savoir quand ses utilisateurs suppriment n’importe quelle application de leur smartphone.

Décidément, Facebook est abonné aux scandales… Depuis les révélations hallucinantes sur l’affaire Cambridge Analytica, le réseau social est constamment pointé du doigt. En cause, la manipulation plus que douteuse des données personnelles de ses utilisateurs. Ce n’est un secret pour personne : la plateforme possède tellement de connaissances sur ses usagers qu’elles sont très convoitées par les annonceurs qui souhaitent cibler leurs publicités.

Au mois de mai 2019 par exemple, on apprenait que le réseau social partageait les données personnelles des utilisateurs avec de nombreux fabricants de téléphones et d’opérateurs. D’ailleurs, ce ne sont pas moins de 40 procureurs qui enquêtent actuellement sur la firme aux États-Unis.

Suite à ces nombreuses affaires, Mark Zuckerberg a déclaré vouloir changer la politique de son réseau social, qui deviendrait “plus privé”, dans le but de regagner la confiance des internautes. Malheureusement pour le milliardaire, l’image de son entreprise ne semble pas prête à se redorer de sitôt…

Une extension qui pose problème

Facebook a une fois de plus espionné ses utilisateurs à leur insu. Selon des documents archivés du réseau social destinés à des développeurs, mais aussi d’après plusieurs sources, la firme a testé une bêta permettant de tracker les suppressions d’applications de ses utilisateurs pendant près d’un an. Bien que cela puisse paraître anodin, c’est loin de l’être. En effet, ces données peuvent être très utiles aux annonceurs et être récoltées même si l’utilisateur ne se sert pas activement de Facebook ou l’a supprimé de son smartphone.

Afin d’avoir accès à ces données, le réseau social a ajouté une extension au kit de développement logiciel qu’il fournit aux développeurs. Ce kit permet notamment de connaître le nombre d’installations d’une application ou encore les achats intégrés, mais on ne savait pas qu’il permettait également de savoir si l’utilisateur supprime une application. Or, cette dernière option va à l’encontre des politiques de l’App Store et de Google, en plus de permettre à Facebook d’espionner ses concurrents.

“Si je me mets à la place d’un utilisateur, lorsque j’arrête d’utiliser un produit, je m’attends à ce que la firme qui a créé ce produit apprenne que je ne m’en sers plus. En revanche, je ne m’attends certainement pas à ce qu’une tierce entreprise comme Facebook ait également des informations à ce sujets”, a expliqué un ingénieur qui a souhaité garder l’anonymat.

Facebook fournit un kit de développement logiciel aux développeurs

Avec son kit, Facebook peut garder un œil sur l’activité des applications © Unsplash

Cibler les utilisateurs, encore et toujours

Afin de comprendre l’ampleur de la collecte de données, il faut savoir que le fameux kit de développement logiciel fourni par Facebook a permis de concevoir plus de 6,6 millions d’applications. Un porte-parole du réseau social a toutefois affirmé que la fonctionnalité de tracking des app supprimées n’était plus utilisée aujourd’hui. Pour Henry Lau, co-fondateur de la plateforme Privolta, cela permet au réseau social d’empêcher les développeurs d’utiliser cette fonctionnalité avec un concurrent du réseau social.

Alors, pourquoi avoir recours à de telles pratiques ? Les sources sont quasiment unanimes : le ciblage de publicité. Avec son kit de développement logiciel, Facebook promet aux entreprises la possibilité de tracker les utilisateurs selon leur activité sur telle ou telle application. Par exemple, elles peuvent savoir quels produits ont été ajoutés dans le panier s’il s’agit d’une app de e-commerce, ce qui s’avère très pratique pour penser ses publicités. On peut donc comprendre pourquoi cibler des personnes ayant supprimé une application spécifique tombe sous le sens…

Facebook fait peau neuve… Vraiment ?

Aujourd’hui, l’utilisation des smartphones est un facteur à ne surtout pas négliger pour les entreprises. D’ailleurs, Facebook n’est pas la seule firme à surveiller la désinstallation d’applications. Un rapport de Bloomberg en 2018 expliquait que Adjust, Appsflyer et Localytics proposaient également cette fonctionnalité à des développeurs. En revanche, cela leur permet surtout d’améliorer l’appli ou de repérer d’éventuels bugs. Les données ne sont pas livrées à une tierce entreprise.

Pour ce qui est de Facebook, le réseau social n’a jamais vraiment révélé comment il s’y prenait pour cibler les utilisateurs. Selon plusieurs experts, la surveillance de l’activité sur les applications (et notamment leur suppression) pourrait jouer un très grand rôle dans cela. Par exemple, si une personne comment à suivre des hashtags dédiés au voyage sur Instagram, il y a fort à parier que le voyage l’intéresse…

Pour faire peau neuve et être transparent quant à l’utilisation des données de ses utilisateurs, il semblerait donc que Facebook ait encore un (très) long chemin à parcourir.