C’est par le numérique qu’ont réagi les États-Unis à l’attaque subie par l’Arabie Saoudite le 14 septembre. Selon une source anonyme, relayée par Reuters, fin septembre les Américains ont lancé une cyberattaque contre Téhéran et sa capacité à diffuser de la propagande.

L’attaque contre l’Arabie Saoudite a abaissé la production mondiale de pétrole de 5%

Cette attaque est présentée comme une réponse directe aux frappes qui ont affecté l’Arabie Saoudite le 14 septembre. Ce jour-là deux installations pétrolières saoudiennes ont été touchées par des frappes de drones et de missiles, provoquant d’immenses dégâts. C’est la plus grande usine de transformation de pétrole brut, Abqaïq et le champ d’hydrocarbures de Khurais qui ont été sérieusement endommagés. L’attaque, à elle seule, a fait baisser de 5% le volume mondial de pétrole extrait quotidiennement.

Image satellite des deux sites attaqués

Image satellite des frappes contre l’Arabie Saoudite. Crédit : NASA Worldview via AP

Cette agression mi-septembre avait été rapidement revendiquée par les rebelles Houthis au Yémen, englués dans une longue guerre avec l’Arabie Saoudite. Immédiatement, vu le degré de sophistication de l’attaque, les regards se sont plutôt tournés vers Téhéran, allié historique des Houthis, déjà accusé de leur fournir des armes.

L’Arabie Saoudite ne s’est pas gênée pour désigner l’Iran comme responsable. Dans la foulée, l’allié et protecteur américain avait, par le biais de Donald Trump, prévenu qu’une riposte serait opérée.

Si le Pentagone n’a pas officiellement pris position, il semblerait que la contre-attaque ait pris la forme d’un piratage. Elissa Smith, la porte-parole du département de la défense n’a ni démenti ni confirmé le piratage « Pour des raisons de sécurité opérationnelle, nous n’évoquons pas les opérations dans le cyberespace ».

Le choix de la cyberattaque est, somme toute, logique dans l’ersatz de guerre froide que se livre l’Iran et les États-Unis de Donald Trump. Depuis que ce dernier s’est retiré unilatéralement de l’accord de Vienne sur le nucléaire le 8 mai 2018 les accrochages se multiplient. Le hacking permet de provoquer des dégâts sans engager d’unités militaires, et surtout, les cyberattaques étant encore peu réglementées, elles ne sont pas, diplomatiquement, des actes de guerre.

James Lewis, expert du Centre d’étude stratégique et international a décrit à Reuters l’intérêt de cette action, “Vous pouvez faire des dégâts sans tuer des gens ou faire exploser des choses ; cela ajoute une option à la boîte à outils que nous n’avions pas auparavant et notre volonté de l’utiliser est importante

L’attaque a visé les capacités de propagande de l’Iran. Le pays possède, entre autres, 70 sites Web qui diffusent la vision du gouvernement de Téhéran dans 15 pays. D’après les informations divulguées par Reuters du matériel physique qui a été visé.

L’Iran dit ne pas avoir été impacté par la cyberattaque américaine

Nous pouvons faire confiance au savoir-faire des États-Unis pour détruire une installation à distance. Avec l’aide d’Israël, ils avaient été pionniers dans ce registre avec Stuxnet, découvert en 2010. Le virus avait infecté des dizaines de milliers d’ordinateurs pour détruire les centrifugeuses de la centrale de Natanz, en Iran déjà. Selon l’administration Obama, l’attaque informatique a mis le programme nucléaire iranien en retard de 18 mois à 2 ans.

Interrogé sur l’attaque présumé des États-Unis le ministre iranien des Communications et des Technologies de l’information, Mohammad Javad Azari-Jahromi a répondu laconiquement, « ils ont dû en rêver ». Selon les responsables américains, les résultats des attaques pourraient prendre plusieurs mois à être visibles.

Les Iraniens ne sont pas non plus inactifs sur le cyberespace. Un groupe de hacker s’en est pris à l’équipe de campagne de Donald Trump en août. 2 700 tentatives d’identification par mail ont été faites, 241 comptes ont été attaqués. Début mars c’est toujours l’Iran qui a volé au moins 6 terabytes de données à Citrix, une entreprise de logiciel qui fournit plusieurs agences gouvernementales américaines.

Le cyberespace n’est plus le champ de bataille du futur, mais bien celui du présent.