Comment faire respecter ses règles d’utilisation quand le compte le plus célèbre du réseau, Donald Trump, les piétine régulièrement ? C’est le dilemme dans lequel s’empêtre Twitter depuis de longs mois. Le réseau social a enfin décidé de trancher et de publier des guidelines précises : les tweets des leaders politiques ne respectant pas les conditions d’utilisation ne seront pas censurés mais il sera impossible de les retweeter, de les liker et d’y répondre.

Twitter avait lancé en juin une nouvelle fonctionnalité : un “avertissement” destiné à être publié sous le tweet d’un leader politique qui enfreindrait les règles d’utilisation. Cet outil n’a encore jamais été utilisé, a reconnu la firme américaine, alors que certains tweets de Trump pourraient avoir dérogé aux règles du réseau. Il faudra attendre que Twitter ose l’utiliser pour que les nouvelles règles puissent s’appliquer. Si les utilisateurs ne pourront pas retweeter et commenter ces messages, ils pourront néanmoins les “quote-tweeter” afin par exemple de dénoncer ces propos.

Twitter se réserve le droit de censurer certains messages

Si Twitter refuse de censurer la diffusion de tweets haineux, le réseau social prévoit néanmoins des cas où la censure sera possible : « Nous tenons à préciser que les comptes des chefs d’État n’échappent pas totalement à nos règles d’utilisation », explique l’entreprise. Twitter détaille les cas très précis dans lesquels un message d’un Président pourrait sauter : promotion du terrorisme, menaces de violence à l’endroit d’une personne, doxxing (publication d’un numéro de téléphone ou d’une adresse), partage de photos intimes sans le consentement de la personne, pédophilie et encouragement à l’automutilation ou au suicide.

La liste est assez restrictive pour ne pas concerner a priori Donald Trump. Les menaces de violence seront censurées seulement si elles visent directement une personne. Ce qui permet à Twitter de ne pas avoir à supprimer ce tweet très polémique du Président américain, qui menaçait le pays d’une « guerre civile » si les Démocrates parvenaient à le destituer.

Écrites avec soin, les nouvelles guidelines de Twitter prévoient aussi le cas de menaces de violence proférées dans le cadre d’un conflit diplomatique ou armé : « Le contexte compte », précise l’entreprise américaine. « Les règles de suppression pourraient ne pas s’appliquer aux interactions directes entre personnalités publiques et/ou aux commentaires sur des questions de politique et de diplomatie ». En clair, Donald Trump peut tranquillement continuer à menacer d’attaques militaires différents pays ennemis, cela ne compte pas comme une menace physique. En avril 2018, il avait menacé la Russie de frappes aériennes en Syrie.

Une sénatrice demandait la suspension du compte de Trump

Cette clarification tant attendue de Twitter semble être une réponse directe à la lettre ouverte que la sénatrice démocrate Kamala Harris avait adressé début octobre au PDG de Twitter Jack Dorsey. La sénatrice demandait la suspension du compte de Donald Trump qu’elle accuse d’enfreindre plusieurs règles d’utilisation du réseau : harcèlement ciblé, incitation à la violence et glorification de la violence.

Twitter marche sur les oeufs dans ce débat : quand bien même ils sont haineux et problématiques, les tweets de Donald Trump relèvent à l’évidence de l’intérêt public. Ces messages seront cités dans des livres d’histoire, comment Twitter pourrait-il décider unilatéralement de les supprimer ? Le choix de traiter de manière différenciée les leaders politiques permet à Twitter de sauver la face et de rappeler fermement ses règles d’utilisation pour les utilisateurs lambda.

Reste à savoir maintenant si l’entreprise américaine osera publier un “avertissement” en-dessous des tweets du Président. Connaissant Trump, il fait peu de doute qu’il réagirait avec véhémence à l’application de cette règle… en clashant Twitter sur Twitter. Sortez le pop-corn.