La procureure de Washington D.C. a révélé ce 16 octobre la fermeture de Welcome to Video, plus gros site pédopornographique qui ait jamais existé, opérant sur le darknet en mars 2018. Toute les transactions étaient en effectuées bitcoin. Il était géré par un sud-coréen de 23 ans, Jong Woo Son, qui purge actuellement une peine de 18 mois de prison en Corée.

La piste des bitcoins remontée

La réputation sombre du darknet n’est pas prête de changer. Après les affaires de trafic de drogue, de trafic d’armes, la cryptocriminalité plonge un peu plus dans l’horreur avec le trafic d’images pédopornographiques.

Les chiffres autour du site ont de quoi donner le vertige et surtout la nausée. Sur Welcome to Video, le nom du site, ont été découvertes des centaines de milliers de pages avec plus d’un million de contenus montrant des enfants. Les enquêteurs ont dit n’avoir jamais vu une chose pareille.

Actif depuis 2015, le site contenait 250 000 vidéos uniques, 45% d’entre elles n’avaient été recensées nulle part ailleurs. Comme une plateforme classique Welcome To Video proposait à ses utilisateurs de s’inscrire gratuitement pour échanger des contenus entre eux. Des points étaient offerts en ajoutant du contenu, ou en parrainant un nouveau membre.

Un abonnement « VIP » proposait, contre 328 dollars en bitcoin, 6 mois de téléchargement gratuit. Un utilisateur du site, ancien agent fédéral des États-Unis, aurait téléchargé plus de 50 heures de vidéos. Le enquêteurs ont enregistré 7 300 transactions qui auraient été traitées par le site, pour plus de 730 000 dollars.

Cet avertissement a été posté sur Welcome to Video après sa saisie par les autorités américaines

Cet avertissement a été posté sur Welcome to Video après sa saisie par les autorités américaines. Crédit : Département de la Justice des États-Unis

L’enquête a été menée depuis les États-Unis par l’Internal Revenue Service, une vieille agence américaine initialement chargée de faire respecter les lois fiscales américaines. Elle dispose d’une division d’investigation qui est chargée de remonter des pistes criminelles de l’argent, et donc, à notre époque, des cryptomonnaies.

Tout a commencé en 2017, lorsqu’un des agents du département a remarqué que le jeune coréen avait mal configuré son site. Cette bourde permis aux enquêteurs d’obtenir son adresse IP, et de remonter jusqu’à lui, dans son pays.

Plus tard, c’est en suivant les bitcoins que l’agence est parvenue à localiser Jong Woo Son en Corée du Sud en 2018, puis les utilisateurs du site. Selon Don Fort, chef de la section criminelle de l’Internal Revenue Service, « La capacité de notre agence à analyser la blockchain et à désanonymiser les transactions bitcoin a permis d’identifier des centaines de prédateurs à travers le monde ».

Une approche non détaillée par les services de l’IRS qui intrigue. Peut-on vraiment désanonymiser ces transactions ? « Techniquement, il n’est pas possible aujourd’hui de désanonymiser des transactions réalisées sur le réseau Bitcoin. D’ailleurs, les utilisateurs ne sont pas anonymes, mais pseudonyme. On peut les identifier par la clé publique qu’ils utilisent pour réaliser leurs transactions. Ce que la police a sûrement fait, c’est remonter la source d’une transaction Bitcoin en réalisant des transactions avec les utilisateurs sans qu’ils ne dévoilent leur identité, potentiellement en ayant infiltré le réseau en son sein pour ensuite remonter par recoupement d’informations (adresses IP, clés publiques, historique des transactions…) à une identité physique des individus. Une autre option pourrait être d’accéder à l’identité vérifiée d’un utilisateur sur un wallet hébergé sur un exchange. Les autorités peuvent demander à ce que ces plateformes dévoilent les informations personnelles de leurs utilisateurs, » nous a précisé Sébastien Bourguignon expert blockchain et digital.

337 arrestations dans 38 pays différents

Au total 337 personnes ont été arrêtées dans 38 pays différents : le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Brésil, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis … La France n’a pas été mentionnée pour le moment. Au moins 23 victimes d’abus sexuels de la part d’utilisateurs de Welcome To Video ont pu être secouru aux États-Unis, Royaume-Uni et Espagne.

L’arrestation de Jong Woo Son a été annoncée sous pseudonyme par la police coréenne le 2 mai 2018. Il purge actuellement une peine de prison de 18 mois en Corée pour pédopornographie. Il est inculpé pour les mêmes charges depuis août 2018 par les États-Unis. La procureure de Washington a refusé d’évoquer une possible extradition avec les médias américains.

Selon le centre national américain sur la disparition et l’exploitation des enfants, le nombre d’incident pédopornographique est passé de 1,1 million à 18,4 millions. La cryptocriminalité serait directement mise en cause.