S’il y a bien un domaine où la Chine surpasse toutes les autres puissances, c’est bien dans sa capacité et sa volonté de surveiller ses citoyens. La dernière décision en date : à partir du 1er décembre, les Chinois qui voudront une nouvelle connexion internet ou un nouveau numéro de téléphone auront leurs visages scannés par l’opérateur.

854 millions d’internautes potentiellement scannés en Chine

Le Ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) a annoncé la nouvelle le 27 septembre. La Chine veut un visage derrière chaque numéro de téléphone et chacun des 854 millions d’utilisateurs d’internet dans l’Empire du Milieu.

Cette mesure s’inscrit dans la continuité de la démarche du gouvernement, amorcée en 2010, visant à connaître l’identité de chaque personne possédant un numéro de téléphone. Depuis 2013, renseigner son identité avec photo est obligatoire pour les détenteurs d’une ligne téléphonique. Pour ouvrir une ligne ou s’abonner à une offre téléphonique ou internet, une courte vidéo est exigée pour confirmer l’identité du client. La reconnaissance faciale permettra désormais de s’assurer de cette validité.

Interdiction de revendre une carte SIM

Pour que le gouvernement soit sûr de disposer de la bonne personne avec le bon numéro, il sera interdit au 1er décembre de revendre sa carte SIM. Les entreprises de télécommunications devront également contrôler si les numéros et les identités correspondent. En 2016 on estimait qu’au moins 100 millions utilisateurs n’avaient pas encore lié leur SIM et leur identité.

Selon les dires du gouvernement chinois cette mesure est censée “protéger sérieusement les droits et les intérêts des citoyens dans le cyberespace”, toujours selon le communiqué du MIIT cette mesure doit permettre “de s’adapter efficacement à la nouvelle situation en matière de prévention et de contrôle de la fraude sur les réseaux de télécommunication”.

Les citoyens sont observés et suivis en permanence

Il faut savoir que la reconnaissance faciale est une technologie qui est répandue en Chine depuis plusieurs années. Il est par exemple possible de payer son titre de transport en scannant son visage dans la ville de Shenzhen, à côté de Hong-Kong. Des résidences universitaires utilisent ce système pour ouvrir l’accès à l’intérieur. Selon l’Association chinoise des paiements, 85% des consommateurs chinois sont à l’aise avec le paiement par méthodes biométriques.

Par comparaison, la France pourrait devenir un pays précurseur en Europe en introduisant, sur Android, la reconnaissance faciale pour accéder à certains services publics en ligne. L’application Alicem (Authentification en ligne certifiée sur mobile) doit utiliser cette technologie pour sécuriser et authentifier l’utilisateur.

La nouvelle a inquiété et suscité une levée de bouclier de la part d’association comme la Quadrature du net. La reconnaissance faciale est vue avec un regard suspicieux, l’attention se focalisant surtout sur les intérêts sécuritaire de cette technologie. En Chine la reconnaissance faciale est un des outils utilisés dans le système de notation sociale révélé en 2014.

Ce projet dystopique doit être opérationnel sur tout le territoire dès l’année prochaine, en 2020. Pour rappel, grâce à un système de bonus-malus les citoyens gagnent ou perdent des crédits sociaux selon leur civisme. Traverser hors des clous, frauder dans les transports, fumer dans une zone non-fumeur, voilà autant de comportements pouvant aboutir à un malus. Des dons à des associations ou le respect des lois entraînent des bons points.

23 millions d’habitants privés d’avion ou de train à cause de la notation sociale

Gare à ceux qui manquent de civisme ! En 2018, 23 millions de personnes n’ont pas pu prendre l’avion ou le train à cause de leur mauvais comportement. L’accès à certains emplois ou à des crédits bancaires peuvent également être corrélé à cette notation sociale.

Pour attribuer ces notes le gouvernement glane tout ce qu’il peut glaner, casier judiciaire bien sûr, mais aussi informations fiscales ou messages publiés sur les réseaux sociaux. À quoi il faut ajouter la reconnaissance faciale offerte par des caméras de vidéos surveillances de plus en plus perfectionnées.

200 millions de caméras de surveillance recouvrent le territoire chinois, elle devrait être 450 millions d’ici à 2020. Récemment des scientifiques de l’Université de Fudan, basés à Shanghai et à l’Institut Changchun ont développé une caméra capable dotée de la reconnaissance faciale pour surveiller de grand rassemblement. Avec ses 500 mégapixels elle pourra facilement voir le visage de n’importe quel passant, en particulier des passants manquants de civisme. La base de données constituée par les visages scannés par les opérateurs téléphoniques pourra, peut-être, être un moyen de faciliter les identifications par reconnaissance faciale dans la rue, sur les réseaux sociaux, etc.