Une étude concernant les emoji les plus fréquemment utilisés montre que le succès revient toujours aux mêmes depuis plusieurs années. Pourtant les renouvellements en la matière ne cessent d’être inventés. Quel intérêt peut-il y avoir à cela ?

Les emojis populaires

D’après Unicode, norme informatique qui définit les caractères utilisés pour n’importe quel appareil qu’on utilise, que ce soit un iPhone ou Android, etc., voici un graphique des emojis les plus utilisés :

Fréquence des emojis

Crédit : Unicode

Et la palme revient, encore, et toujours, et sans surprise… : au “visage avec des larmes de joie” . Mais pourquoi ce succès inconditionnel ? Première des raisons, il correspond aux discussions souvent tenues sur son téléphone : celles qui nous font rire. Et peu importe si le sujet porte sur ce que nous avons mangé la veille, ou sur le nouveau remorqueur lancé dans l’espace, il est probable qu’à un moment donné ou un autre, en fonction des commentaires qui vont se suivre, le premier emoji envoyé sera sûrement un visage qui pleure de rire. Bien avant le coeur, ou le clin d’oeil. Car ce genre de discussion instantanée, premier vecteur des emojis, s’applique le plus souvent dans une discussion amicale.

Certains fans de Vice et Versa prompts à des considérations plus philosophiques pourraient éventuellement aller jusqu’à penser que cet emoji traduit l’un des messages du film : la vie n’est en grandissant qu’un mélange des émotions. Il y a plusieurs lectures bien entendu, mais quoi de mieux pour représenter cette idée qu’un visage qui sourit et qui pleure en même temps ? Comme quoi la vie, « c’est une joie et une souffrance… » comme disait François Truffaut, non, là, ça va trop loin.

Bref, toujours est-il que l’étude montre que les emojis les plus souvent utilisés sont ceux que l’on connait depuis longtemps. Mais alors, pourquoi continuer de participer au consortium annuel d’Unicode où les géants de la tech décident – car il faut payer 18 000 dollars pour avoir son mot à dire – si oui ou non, la pizza ou le dernier drapeau régional fera désormais partie de l’Unicode ?

D’une part, pour satisfaire la clientèle. D’après une enquête d’Unicode, 75 % des utilisateurs apprécient d’avoir à disposition un large choix d’emojis. D’autre part, ces pictogrammes ont un côté attractif et donnent un caractère ludique aux discussions. Ils semblent également favoriser la communication, même quand on a rien à dire, ou pire, quand on sait quoi dire, mais qu’il est plus efficace de répondre par le visage qui rit avec des larmes… Si l’on en croit certaines analyses d’ordre sociologique : les emojis deviennent une nouvelle forme de langage qui permettent de construire soit une petite énigme – un emoji peut avoir plusieurs significations – soit un rapport privilégié, on utilise les emojis avec certaines personnes dans un certain contexte. Il est probable qu’on ironise différemment en fonction de la personne à qui on s’adresse.

À ce détail prêt que cette forme de langage n’est pas si nouvelle… d’après l’écrivain Gavin Lucas, c’est en 1648 qu’on peut retrouver le premier émoticone typographique dans un poème de l’auteur anglais Robert Herrick.

La représentation graphique ou iconique n’est pas nouvelle chez l’Homme, simplement il est clair que la technologie et les discussions de messagerie instantanées favorisent, et surtout permettent leur déploiement aujourd’hui. Prenons un exemple… devenez ami avec Marty McFly, remontez le temps, donnez un smartphone à Catherine de Médicis, et demandez lui de converser avec Henri II – parti à la chasse – au sujet des derniers potins de la Cour ou du tout dernier complot ayant échoué, il est fort à parier que le visage qui sourit avec des larmes surgisse à un moment donné ou un autre dans cette conversation.

Bref, trêve de plaisanterie, des études beaucoup plus sérieuses ont permis de démontrer que les emojis pouvaient servir une stratégie marketing. C’est ainsi qu’ils sont souvent utilisés dans la publicité pour exprimer plus facilement, et plus rapidement… une émotion. Les emojis étant effectivement très expressifs, ils sont également souvent utilisés pour des campagnes adressées aux enfants, à un âge où ils ont encore du mal à exprimer leurs émotions, un emoji peut quelquefois être plus parlant pour une première approche. Dans l’enseignement même, il n’est pas rare de trouver des emojis dans les bilans d’évaluation, très appréciés des élèves, qui sont plus réceptifs à ce genre d’image, plutôt qu’à une note ou des commentaires en rouge (même si les commentaires en rouge ou violet sont nécessaires, heureusement ce n’est pas incompatible avec l’emoji).

Enfin, prenons la date à laquelle les emojis permettent de représenter les identités et les origines de chacun : courant 2015. On constate qu’il aura fallu 20 ans depuis les premiers emojis apparus au Japon, pour se rendre compte que tout le monde n’était pas considéré. Il semblerait que les emojis soient susceptibles de nous faire réfléchir…