Google a annoncé cette semaine qu’il ne rémunérerait pas la presse et ses éditeurs pour l’affichage d’extraits de leur publications. Le géant du numérique rappelle que les éditeurs ont toujours eu le choix d’accepter ou non cette méthode. Pas question pour la firme de Mountain View de régler un seul centime pour l’utilisation des contenus, elle propose en revanche un nouveau système de réglage, permettant aux éditeurs de choisir la « quantité d’information qu’ils souhaitent voir apparaitre sous forme d’affichage ». La loi prendra vigueur le 1er octobre 2019.

Un combat difficile à mener

Après que le Parlement européen ait adopté le « projet de directive sur la réforme du droit d’auteur à l’ère du numérique » Google déclare officiellement qu’il ne compte pas régler ce « droit voisin » au droit d’auteur établi par l’ensemble des pays de l’Union européenne.

Ce projet adopté par le parlement révise le droit de la propriété intellectuelle. Dans l’article 15, Le droit voisin défend le droit à la rémunération pour publication de contenu. Google n’est pas le seul concerné par cette loi, d’autres plates-formes comme YouTube seraient également tenus de convenir d’un accord avec les titulaires des droits – article 17. Ainsi, lorsqu’un utilisateur publie une oeuvre (chanson, film, musique etc.), YouTube serait censé verser des droits.

Ce type de régulation n’est pas fait pour plaire aux GAFA, qui ont d’ailleurs mener campagne auprès des internautes en leur expliquant qu’ils seraient les premiers à pâtir d’une telle décision. Certains allant même jusqu’à prétendre que, sous couvert de défendre le droit d’auteur, le Parlement européen, serait en mesure de pratiquer la censure.

Suite à l’adoption du projet, Google déclare qu’il ne compte pas régler ce droit à la rémunération. Le groupe rappelle que les éditeurs ont toujours eu le choix d’adhérer ou non au système d’aperçu que propose le moteur de recherche. Jusque là les résultats de recherches liées à l’actualité permettent de voir s’afficher un titre, qui permet de renvoyer l’utilisateur vers le site d’information concerné. À cela s’ajoute l’affichage d’un aperçu de l’article, censé permettre aux internautes de constater si le résultat correspond ou non à leur recherche.

Dès lors que la loi sera mise en vigueur en France – premier pays dans lequel le projet devrait être mis en place – les aperçus n’apparaitront plus, déclare la firme de Mountain View. En contrepartie, le géant numérique annonce qu’il mettra en place de nouveaux réglages permettant aux éditeurs de choisir ce qui pourra être placé en aperçu ou non.

Lorsque le Parlement avait souhaité revoir le droit à la propriété intellectuelle, certains craignaient qu’il ne fût trop tard, les GAFA ayant déjà trop d’importance. Il semblerait que ce soit le cas en effet, Google vient de l’annoncer. Pour ne pas transgresser la loi, il lui suffit de retirer les contenus affichés, en rappelant que, grâce à ce type de publications, les éditeurs gagnent de l’argent, en récupérant des lecteurs. Le groupe rappelle à cet effet qu’il permet de générer 8 milliards de visites par mois sur les sites de presse, et que chaque clic pourrait représenter en moyenne entre 4 et 6 centimes aux éditeurs, selon un cabinet d’études. À condition que les internautes s’abonnent aux journaux.

On se souvient de l’Allemagne, qui avait choisi une loi similaire, face à laquelle Google avait réagi de la même manière. Axel Springer, dirigeant du plus grand groupe de presse allemand avait résisté, puis cédé devant ce stratagème qui, en deux semaines, avait fait chuté l’audience de 40%. Même chose en Espagne, qui avait réclamé une rémunération pour citation de contenus, Google avait stoppé le « Google Actualités » ibérique, et les fréquentations de la presse espagnole avaient chuté de 30%. À moins d’avoir un réel moyen de pression sur les géants du numérique, il semblerait que le combat soit joué d’avance. Selon Franck Riester, ministre de la Culture en France, les déclarations de Google ne “sont pas acceptables” et souhaite s’entretenir avec ses homologues européens sur le sujet, a-t-il déclaré sur son compte Twitter.