Et si les réseaux sociaux rendaient les adolescents dépressifs, bien plus que les jeux vidéo ?

C’est la question que l’on peut se poser depuis la sortie d’une nouvelle étude réalisée par des chercheurs du Centre hospitalier universitaire (CHU) pédiatrique Sainte-Justine, affilié à l’Université de Montréal. Publiée le 15 juillet dans le journal Jama Pediatrics, elle montre que l’utilisation des médias sociaux et de la télévision pourrait accroître les symptômes de dépression chez les adolescents.

Les symptômes identifiés étant : un sentiment d’inutilité, des pensées morbides récurrentes et un état dépressif.
Sur une année donnée, l’étude montre que lorsque les adolescents augmentent leur utilisation des médias sociaux et regardent davantage la télévision, leurs symptômes de dépression accroissent également. A contrario, la consommation de jeux vidéo, le temps passé devant l’ordinateur, ainsi que d’autres modes de navigation sur Internet qui ont été suivis dans le cadre de l’étude, ne sont pas ressortis comme des prédicteurs de dépression chez les adolescents.

Une faible estime de soi

Afin d’analyser les résultats, l’étude montréalaise donne plusieurs explications. Les chercheurs ont montré que c’est la nature de ce que les jeunes regardent et la fréquence de leur exposition à ces médias qui sont en cause.

Les adolescents qui fréquentent des sites ou des programmes basés sur la comparaison aux autres sont ainsi plus susceptibles d’avoir une faible estime d’eux-mêmes. Selon Elroy Boers, chercheur postdoctoral et auteur principal de l’étude : « Les médias sociaux et la télévision sont des médias qui exposent fréquemment les adolescents à des images d’autres jeunes mieux nantis, comme ceux ayant un corps “parfait”, un style de vie plus palpitant ou plus d’argent ».

En février dernier, plusieurs experts pointaient du doigt des publications qui faisaient la promotion de l’anorexie sur le réseau social Instagram. Elles peuvent aggraver l’image des internautes victimes de troubles alimentaires.

Du sondage aux statistiques

Au total, ce sont près de 4 000 adolescents canadiens âgés de 12 à 16 ans qui ont été suivis pour réaliser cette étude. Les jeunes devaient indiquer le temps qu’ils passaient devant des écrans, en précisant à quelle proportion ce temps était consacré aux médias sociaux, à la télévision, aux jeux vidéo ou à d’autres activités. Des questionnaires étaient également au cœur de cette étude et avaient pour but d’évaluer l’état d’esprit des jeunes pendant la consultation de leurs écrans.

Les données recueillies ont permis aux chercheurs de sortir des analyses statistiques avancées pour évaluer le lien entre le temps passé devant un écran et la dépression.

Pour Patricia Conrod, qui a dirigé l’équipe de chercheurs, il est important que l’étude contribue à apporter des stratégies d’intervention auprès des jeunes à risque pour éviter que les symptômes s’aggravent sur le plan clinique.