Facebook utiliserait les données des utilisateurs pour aider ses "amis", et éradiquer ses "ennemis"
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Facebook utiliserait les données des utilisateurs pour aider ses « amis », et éradiquer ses « ennemis »

En pleine prise de conscience à propos de la gravité des fake news sur son réseau social, Mark Zuckerberg se retrouve une nouvelle fois dans la tourmente après qu'un dossier interne de 4000 pages ait été envoyé à la presse.

Facebook qui semble être reparti sur le droit chemin, travaille actuellement sur l’extermination des fake news sur sa plateforme, ainsi que ses autres applications. Toutefois le réseau social pourrait bien se retrouver face à un nouveau scandale.

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, aurait pendant plusieurs années soutenu l’idée de vendre des données d’utilisateurs. C’est en tout cas ce que révèle le média américain NBC News, qui a obtenu un dossier de 4 000 pages contenant des informations internes datant de 2011 à 2015. Ces documents ont été partagés anonymement au journaliste d’investigation britannique Duncan Campbell, qui, par la suite a divulgué ces informations à une poignée de médias, dont NBC News. Si Zuckerberg est le principal concerné dans cette affaire, Sheryl Sandberg la directrice des opérations, mais aussi le directeur des produits Chris Cox, ainsi que le vice-président de la croissance Javier Olivan, ont soutenu ses démarches.

À l’origine, ce dossier de 4000 pages a été déposé devant le tribunal en charge de l’affaire opposant la startup Six4Three face au réseau social, en novembre 2018. Ces documents fournis par la startup n’ont en aucun cas été rendus publics au cours du procès. Toutefois, le parlement britannique en a conservé une copie.

Cet épais dossier comprend de nombreuses informations internes à Facebook. On y retrouve des compte-rendus de réunion, des copies de mails, mais aussi des sauvegardes de conversations instantanées impliquant des employés et des cadres de Facebook. Selon NBC News, Mark Zuckerberg occupe une place centrale dans ces échanges. Ce dossier permet dans un premier temps de comprendre comment pense Mark Zuckerberg, on peut donc profiter d’un rare aperçu de ses opinions personnelles. Les seules fois où Zuckerberg s’exprime, le filtre des caméras empêche d’avoir des déclarations sincères de sa part.

Zuckerberg prêt à tout.

Le 17 mai 2012, Facebook officialisait son entrée en bourse. Les années qui ont suivi, le réseau social a dû faire face à une violente dévaluation boursière. Devant ce constat, Mark Zuckerberg s’est montré prêt à tout pour prouver la réelle valeur de son entreprise. Parmi les nombreux scénarios évoqués par NBC News, Zuckerberg aurait évoqué lors d’une conversation privée, d’entamer les négociations avec une centaine d’entreprises partenaires pour leur vendre des données utilisateurs. D’après lui, cette démarche devait déterminer combien ces entreprises seraient prêtes à investir pour ces données.

Les documents retracent cette conversation, on peut notamment lire : « Le but ici ne serait pas les ententes en elles-mêmes, mais plutôt d’apprendre, à travers le processus de négociation, le montant que les concepteurs seraient prêts à payer [qui pourrait être différent de ce qu’ils diraient si nous le leur avions juste demandé directement], et nous serions ainsi mieux informés sur notre chemin vers l’établissement d’un taux public ». En public, Mark Zuckerberg a toujours nié vouloir vendre les données de ses utilisateurs. En plus de cela, au vu de la suite de la conversation, Zuckerberg sous-estime complètement les risques d’éventuelles fuites de données. « Je doute qu’il y ait autant de risques stratégiques de fuites de données que tu le penses », écrit-il à Sam Lessin, son ami proche et ancien vice-président des produits de Facebook.

C’est donnant-donnant chez Facebook.

Si pour ces entreprises il semblerait que les données n’aient finalement pas été vendues, NBC News relate que Facebook aurait utilisé ses données pour aider ses « amis » et pénaliser ses « ennemis ». Amazon, par exemple, aurait reçu un accès illimité aux données de la plateforme, en échange d’acheter des emplacements publicitaires sur Facebook. Dans le cas contraire, « Facebook a discuté de la possibilité de couper l’accès aux données des utilisateurs pour une application de messagerie qui était devenue trop populaire et qui était considérée comme concurrente » écrit NBC News. De plus, tous ces événements se déroulaient lors de périodes au cours desquelles Facebook prétendait publiquement prendre soin de protéger les données de ses utilisateurs. Comme évoqué auparavant, Mark Zuckerberg tient sa parole quand il déclarait ne pas vouloir vendre les données utilisateurs directement. Il préfère les distribuer aux développeurs « amis » en échange d’investissements sur Facebook, ou de données provenant de leurs applications.

Toujours selon les informations divulguées par NBC News, Facebook aurait reconnu l’existence de ce dossier, toutefois, le réseau social tient à nuancer son contenu. L’entreprise précise que ces pages ont été soigneusement assemblées par Six4Three à l’occasion de leur procès, d’après Facebook de nombreux éléments n’ont pas été choisis par la startup. Concernant ces conversations autour d’une potentielle vente de données, le réseau social affirme qu’il s’agit du passé, l’entreprise cherchait à l’époque une solution de bâtir un modèle économique durable. Après moult discussions, il a finalement choisi de ne pas suivre cette voie.

Aux suites du scandale Cambridge Analytica, Facebook a prétendu avoir modifié sa politique concernant le traitement des données des utilisateurs entre 2014 et 2015, afin de préserver leur vie privée. Néanmoins, dans ces nombreuses pages, la protection de la vie privée n’apparaît pas souvent, et ne semble pas être la priorité de l’entreprise. Facebook préférait utiliser les données de ses utilisateurs comme arme pour éradiquer ses rivaux, après les avoir rendus dépendant de ses données. Décidément, chaque fois que la tempête semble s’apaiser chez Facebook, elle repart de plus belle sans tarder, impliquant une chute logique de ses actions. Affaire à suivre.

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