La DISA (Defense Information Systems Agency) du Pentagone travaille sur un nouveau système de reconnaissance biométrique grand public : votre gestuelle. Elle discute avec les fabricants de puces et de smartphones pour le commercialiser. Par conséquent, la reconnaissance gestuelle pourrait devenir un moyen de déverrouiller votre téléphone dès 2020, selon un article du Washington Post paru lundi.

Le système de reconnaissance est déjà testé en interne

Actuellement, 50 téléphones servent à tester ce nouveau système biométrique au ministère de la défense américain. En ce qui concerne les premiers tests sur des smartphones de la société civile, on ignore même jusqu’aux entreprises qui sont engagées dans le projet. Officiellement, les fabricants de puces et de smartphones n’ont aucune obligation d’adopter les dispositifs nécessaires à cette technologie. Pour autant, M. Wallace, l’un des scientifiques de la DISA, affirme que le système sera disponible « sur la majorité des téléphones ».

Une technologie de sécurité efficace et simple d’utilisation

Avec la reconnaissance gestuelle comme moyen d’identification, les mots de passe deviendraient presque superflus. Le moindre voleur qui s’approprierait votre smartphone n’aurait aucune chance d’accéder à ses informations, relate le Washington Post. Visiblement, votre façon de marcher, ou encore la tension dans votre main quand vous prenez un selfie sont suffisamment uniques pour faire un moyen de protection des données efficace.

Il est de toute manière difficile de croire le contraire quand on sait que cette technologie qui sera mise à disposition du grand public a d’abord été conçue pour faciliter la protection des renseignements confidentiels de l’armée américaine. Le Pentagone prévoit de s’en servir pour protéger encore davantage les smartphones de ses employés à moindre coût. Jusque-là, la seule possibilité dont il disposait était des smartphones super sécurisés valant 4500$ l’unité. Vous vous en doutez, ils étaient réservés à quelques hauts fonctionnaires uniquement. Notons d’ailleurs que malgré le déploiement de cette technologie, les membres de l’armée disposant d’un accès aux informations classifiées n’utiliseront pas la même technologie de protection des données.

Que les fans du mot de passe se rassurent. L’idée n’est pas de les supprimer, mais bien de coupler ces dispositifs avec la reconnaissance gestuelle pour obtenir une confidentialité maximum.

Les capteurs dans les puces de smartphones, le coeur du projet

Pour fonctionner, la technologie de reconnaissance gestuelle développée par la Défense américaine utilise des capteurs déjà à l’intérieur des puces de smartphones actuelles. Ces derniers sont généralement utilisés par les applications de jeu pour développer leur gameplay. À l’aide des capteurs, la DISA enregistre la façon dont vous faites chaque chose avec votre portable (pression sur l’écran lors du pianotage, force avec laquelle vous le tenez en sortant du sac…). En s’appuyant sur ces informations, la technologie de la DISA crée alors un « score de risque » qui prend en compte tous ces facteurs. Si le score diverge trop de l’habitude, le smartphone est alors verrouillé.

Et la vie privée, dans tout ça ?

Au sujet de la vie privée, Mr.Wallace a suggéré que les fabricants de smartphones pourraient proposer ce dispositif comme une option. Par ailleurs, il a spécifié que comme les informations recueillies le sont par l’intermédiaire du matériel du téléphone (la puce), aucune application ne pourrait avoir accès à ces données biométriques. Seul le moment où « le score de risque » sera tombé trop bas pourrait se savoir.

Pour le MIT Technology Review, le développement de cette technologie de biométrie est à saluer de façon mitigée. Les chercheurs s’inquiètent de l’ingéniosité dont fait preuve le gouvernement pour multiplier les façons d’identifier les citoyens. Ils citent les dispositifs meurtriers pour la vie privée que la biométrie a permis de développer en Chine.