Il y a mieux à faire que de transformer des ordinateurs en êtres humains
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Il y a mieux à faire que de transformer des ordinateurs en êtres humains

Par Mario Derba, vice-président de l'Europe du l'ouest et du sud chez Citrix

C’est un fait, la France n’est plus l’eldorado industriel qu’elle a été. Là où certains de ses voisins européens comme l’Allemagne ont retrouvé, voire dépassé, leur niveau de production industrielle d’avant la crise de 2008-2009, la France reste, elle, bien en deçà.
Pour autant, le spectre d’une France sans usine qui a longtemps pesé sur le pays semble peu à peu s’éloigner pour faire émerger un nouveau paysage industriel plein de promesses. Depuis 2 ans, la France connaît plus d’ouvertures d’usines que de fermetures. A l’heure de la 4ème révolution industrielle, ce rebond est l’occasion pour l’Hexagone de reprendre sa place de moteur de l’innovation en Europe. Pour cela, il va lui falloir arriver à tirer profit des opportunités qu’offrent les technologies intelligentes et la robotique, sans pour autant détruire des emplois. Une mission difficile, mais pas impossible.

Hommes vs. Intelligence artificielle : la mauvaise équation

Si économistes et hommes politiques continuent de débattent du bienfondé de l’automatisation, l’opinion publique a depuis longtemps tranché la question car elle est en première ligne des fermetures d’usines qui ont rythmé l’actualité au cours des 10 dernières années. Pourtant, certaines études attribuent à l’industrie 4.0 des conséquences positives pour l’emploi, à commencer par une amélioration des conditions de travail. Si les taches les plus répétitives et pénibles sont traitées par des robots, les employées pourront se consacrer à des actions qui apportent davantage de valeur ajoutée à l’entreprise. Evidemment, il ne suffit pas d’énoncer de telles évidences pour qu’elles deviennent réalité.

Comme souvent, les révolutions sont déclenchées par les évolutions technologiques mais ne doivent surtout pas s’y limiter. Leur succès repose sur l’alignement de ces évolutions avec les enjeux humains et sociaux qu’implique toute réorganisation du travail, aussi bien au niveau de la société dans son ensemble qu’au niveau des entreprises. La mission de ces dernières sera alors d’utiliser les outils à leur disposition pour augmenter la productivité, améliorer la créativité et plus largement aider leurs employés à développer les compétences qu’ils possèdent déjà. Je ne parle pas ici d’un lointain futur. La collaboration homme machine transforme déjà notre quotidien, que nous en soyons conscients ou non. Elle peut prendre la forme d’une conversation avec un chatbot mais le plus souvent, elle est imperceptible et repose sur l’analyse de volumes de données que le cerveau humain ne peut même pas imaginer. Il est difficile d’en percevoir les bénéfices lorsqu’elle nous est délivrée sous des formes simplifiées, comme par exemple les suggestions de contenus Netflix ou Amazon, mais demain, elle nous permettra de prendre de meilleures décisions plus vite.

La seule condition est la capacité de la France et de ses entreprises à investir non pas dans la technologie mais bien dans la formation. Si certains emplois sont amenés à disparaître, d’autres seront nécessairement créés, à condition que le processus d’évolution soit collectif, collaborative et inclusif. Jusqu’à maintenant, la transformation s’est concentrée sur les renouvellements matériels. Il est grand temps de se concentrer sur le développement humain et l’acquisition de compétences.

Former pour construire le futur

Combien d’entreprises ont elles d’ores et déjà mis en place un programme de ce type ? Pas assez, sans nul doute. Une étude de Deloitte révèle que 43% des entreprises n’ont pas de plan clair pour développer les compétences requises par les interactions homme-machine. Tout l’enjeu est pourtant là. Selon le World Economic Forum :  » 65% des enfants qui entrent à l’école primaire aujourd’hui feront un travail qui n’existe pas pour le moment et pour lequel le système éducatif actuel ne les prépare pas de manière adéquate.  »

C’est pourquoi aucun pays industrialisé ne peut aujourd’hui faire l’économie d’une transformation de son système éducatif, s’il souhaite se préparer, et surtout préparer la future génération, aux défis de demain. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par la technologie au point de la placer au-dessus de l’homme. Pour cela, nous devons apprendre à mieux cultiver et surtout mieux exploiter les capacités purement humaines que sont la créativité, l’empathie ou la curiosité. Au final, il sera toujours plus facile d’enseigner à des hommes et des femmes de libérer leur plein-potentiel plutôt que de transformer des ordinateurs en êtres humains.

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