Edito

Jean-Charles Naouri, président de Casino : une reprise en main face aux hedge funds américains

C'est l'histoire du village gaulois qui résiste encore et toujours à l'envahisseur. Sauf que le village est une société, Casino, l'un des fleurons français du secteur de la distribution, et l'envahisseur des fonds vautours américains, qui tentent de déstabiliser une entreprise fragilisée par le poids de sa dette. Mal embarqué cet été, Jean-Charles Naouri, le patron de Casino, semble avoir repris la main.

La finance est un sport de combat. Loin, très loin, des préoccupations des Français sur leur pouvoir d’achat, des placements des petits épargnants, et surtout du sort des employés du groupe, une quinzaine de fonds spéculatifs américains ont lancé cet été, depuis les gratte-ciels de Wall Street, une offensive en bonne et due forme contre le groupe Casino.

L’objectif affiché des traders : faire chuter artificiellement le cours de bourse du groupe Casino, déjà très endetté, pour que la part de son endettement progresse proportionnellement et devienne insoutenable. Libre à eux ensuite de récupérer les miettes d’un groupe mis à terre. Et tant pis pour la casse sociale.
Le groupe de Jean-Charles Naouri y a laissé des plumes aux mois d’août et septembre. L’action a chuté jusqu’à 25 euros par l’effet d’une tactique extrêmement agressive baptisée  » vente à découvert « . Des prises de position à perte qui, quand elles sont réalisées sur de gros volumes, entrainent une perte de confiance des investisseurs.

Geoffroy Roux de Bézieux, Président du MEDEF s’est récemment ému de ce mécanisme, qui  » consiste à vendre le titre à découvert, à faire courir des rumeurs vraies ou fausses pour déstabiliser le titre « .  » Je pense que l’Autorité des marchés financiers devrait s’en emparer « , a-t-il déclaré en octobre lors d’un déjeuner débat du mouvement Ethic.

Face à cette offensive, le groupe Casino n’est pas resté inactif. Après un signalement en septembre auprès de l’Autorité financière des marchés (AMF, le gendarme français de la bourse) qui a permis de freiner les volumes de vente à découvert, Casino a annoncé le 25 octobre avoir déposé plainte contre X pour  » manipulations de cours, diffusion d’informations fausses ou trompeuses et délit d’initiés « .

Car les attaques spéculatives contre Casino ont fait suite à une campagne orchestrée de diffusion de fausses informations et de rumeurs sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter, où l’un des fonds spéculatifs les plus en vue de Wall Street, Muddy Waters, a évoqué la possibilité d’irrégularités comptables chez Casino. Information démentie depuis, mais qui a permis de relancer les hostilités contre le groupe.

Depuis la fin septembre, les cours de Casino ont repris des couleurs, remontant à hauteur de 40 euros ces derniers jours. Les fonds spéculatifs ont desserré leur étreinte sur le groupe de distribution qui, de son côté, a multiplié les signaux au marché. Car, de façon plus structurelle, Jean-Charles Naouri a conscience qu’il doit fortement désendetter son groupe pour ne plus se retrouver dans le viseur de ces fonds vautours, qui traquent les moindres fragilités des entreprises pour les dépecer.

Le groupe Casino accélère sa politique de désendettement. Et d’annoncer de nombreuses cessions d’actifs, notamment au sein de son imposant parc immobilier. La semaine dernière, Casino a finalisé la vente des murs de 14 Monoprix, ainsi que de 15 % de la foncière Mercialys, et 24 % de GreenYellow, sa filiale dédiée à l’énergie solaire. L’ensemble de ces opérations redonne des marges de manœuvre au groupe de Jean-Charles Naouri, qui promet d’atteindre son objectif de réduction de la dette pour 2018 d’un milliard d’euros.

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