Insights Tribunes

Vidéo sur internet : l’image est encore floue

Par François Caron, fondateur de la société empreinte.com

La diffusion vidéo sur internet est une activité pleine de surprises et de contradictions. Un jour blanc, un jour noir… Faisons une mise au point sur ce marché haut en couleur.

Histoire de la vidéo en ligne

Internet présente souvent une version réductrice : pour beaucoup la vidéo en ligne commencerait avec YouTube en 2005. C’est sans compter sur l’aventure qui débuta 10 ans auparavant. Si vous êtes né(e) après 2000, vous n’aurez donc pas suivi les débuts de la vidéo en ligne et vous ne trouverez pas l’information exacte, ni dans les manuels scolaires, ni sur Wikipedia. 10 ans avant YouTube, naissait le premier logiciel streaming RealNetworks (1993) avec lequel des français diffusaient des vidéos en direct et créaient des Web TV (1999 Fête de l’internet à la Cité des Sciences).

En 2000, Thomson lançait TAK la télé interactive avec Microsoft et créait la première télé connectée, deux ans avant la première Freebox. En 2005 M6Web lançait « M6Webcam » offre composée d’un logiciel et sa webcam, distribuée à plus d’un million d’exemplaires pour « passer à la télé » inventant avec un éditeur français le premier modèle de télé contributive. La vidéo en ligne compte déjà 20 ans d’évolution avec de nombreux formats vidéo : QuickTime (1991), Windows Media (1991), RealNetworks (1993), Flash (1996) et MP4 actuel format jalousé par ses nouveaux compétiteurs, HEVC, VC1, WebM.

Il y avait bien de la vie avant YouTube ! Gardons-nous de la fable créationniste qui situe l’apparition de la vidéo à l’ère de YouTube, comme la naissance du dinosaure au moyen-âge ; c’est affaire de propagande, pas d’histoire. Voilà pour nous décomplexer et reconnaitre aux éditeurs européens leur qualité d’innovation et de vision.

Economie de la vidéo en ligne

YouTube est bien le leader de la diffusion vidéo, mais il recycle de nombreuses innovations souvent produites par des acteurs européens et face à Netflix, YouTube répond dans l’urgence avec une offre payante « YouTube RED ». Steve Jobs disait « l’innovation c’est ce qui distingue un leader d’un suiveur ». Une page vient de s’écrire, YouTube n’est plus le leader…

Face à Netflix déjà rentable malgré une dette de 20 milliards de dollars, YouTube ne prouve toujours pas sa rentabilité, tarde à répondre et selon les Echos cumule depuis peu des signes inquiétants, avec le boycott de ses grands annonceurs et des plaintes pour collecte illégale des données d’enfants mineurs. D’ailleurs, Netflix et YouTube peuvent-ils être rentables ? La question est posée par Clubic dans ce match d’hyper concurrents qui compte Hulu, Facebook, Microsoft, Apple, Amazon et des groupes télé comme Canal+ qui viennent s’inviter avec un partenariat Apple TV.

Voilà pour le marché impitoyable des grandes plateformes et programmes. Parlons maintenant des plateformes de gestion et diffusion vidéo, ces offres faites par des éditeurs logiciels, généralement utilisées par les médias, les entreprises et agences pour la diffusion de leurs vidéos.
Premier acteur français, Dailymotion voit ses résultats s’effondrer en 2017 avec 60 millions d’euros de perte selon Universfreebox auxquels s’ajoutent à 42,3 millions d’euros de pertes en 2016 selon Capital qui parle de gâchis à la française.

Beaucoup de grands éditeurs américains ne sont pas non plus rentables, comme Brightcove dont le président vient de démissionner (11) ou Vimeo dont le groupe IAC fait part de pertes significatives ou Kaltura dont la rentabilité est sujette à débat. Cependant, toutes publient leurs comptes, 40 à 100 fois supérieurs (ainsi que leurs pertes) à ceux des éditeurs français.

En France, sur vingt d’éditeurs, beaucoup ne publient pas leurs résultats et vivent de crédits en levées de fonds, en promettant un accès rapide à la rentabilité… Moins de 20% de ces sociétés sont rentables et publient leurs comptes. Partout, le marché est sous tension et les acteurs mis à l’épreuve par la pression de la concurrence, du marketing et des investissements technologiques. Ce paradoxe contraste avec l’imagerie populaire d’une activité explosive : la vidéo représente 75% du trafic mondial, mais seulement 20% des plateformes vidéo seraient rentables.

Reid Hoffman, un des fondateurs de LinkedIn disait « Un entrepreneur est quelqu’un qui se jette d’une falaise et construit un avion sur le chemin de la descente ».
Il a oublié de préciser la longueur de la chute et si elle serait diffusée en vidéo, mais rassurez-vous : il existe déjà des compagnies fiables et rentables, avec une image nette, pour faire voyager vos vidéos.

Cette tribune vous est proposée par :
François Caron, expert de la vidéo en entreprise. Il a créé sa société, empreinte.com il y a près de 25 ans, après une première carrière dans la communication. Il est diplômé de l’Université Paris VI.

Send this to a friend