Divertissement

Analyse Black Mirror S4E02 : Arkange

Une mère control freak joue aux sims avec sa fille

« Si c’est une drogue, alors quels en sont les effets secondaires ? C’est dans cette zone entre joie et embarras que Black Mirror se situe. Le ‘miroir noir’ du titre est celui que vous voyez sur chaque mur, sur chaque bureau et dans chaque main, un écran froid et brillant d’une télévision ou d’un smartphone ». C’est avec ces mots que le créateur de la série Charlie Brooker décrit notre (potentiel) addiction à la technologie. Si elle nous fait rire, nous gêne ou nous angoisse, la saga Black Mirror a surtout le mérite de faire réfléchir au rôle que nous attribuons aux technologies. Chaque semaine, nous résumerons et donnerons notre avis sur l’un des épisodes de la saison 4 de la série britannique. Attention, spoilers.

Répondant au doux nom d’Arkange, le deuxième épisode de la nouvelle saison de Black Mirror a été réalité par Jodie Foster. Elle nous emmène dans un futur proche où les technologies sont plus avancées et offrent certains contrôles aux parents. Une société du même nom que l’épisode a développé un implant permettant de suivre son enfant via une application pour tablette. Plusieurs fonctionnalités comme un GPS, affichage des constantes, ou de la vue à la première personne sont possibles. Une mère célibataire décide d’installer Arkange à sa fille et comme pour un bon titre de vidéo YouTube … ça tourne mal !

Résumé … Attention, spoilers.

Dans cet épisode on découvre une mère célibataire, Marie, inquiète dès la naissance de sa fille Sarah. Un jour la mère égare sa fille dans un parc de son voisinage. Scène de psychose pour elle alors que rien de grave n’arrive, mais l’inquiétude presque viscérale de la mère est exacerbée.
Marie décide alors de participer gratuitement à un programme pilote de la société Arkange. L’entreprise injecte au niveau de la tempe de Sarah un implant qui permettra ensuite à la mère de suivre son enfant. Arkange propose aussi d’autres fonctionnalités comme la possibilité de prévenir les forces de l’ordre pour se rendre à la position de GPS de l’enfant, l’affichage d’un flux optique à la première personne pour voir ce que l’enfant voit, le suivi des constantes de l’enfant (rythme cardiaque, carences, température …), et enfin la possibilité d’appliquer un filtre parental sur tout ce qui peut générer du stress à l’enfant : chien qui aboie, scène de violence, sang, sexe, ou même le grand-père en train de faire une crise cardiaque.
La personne installant l’implant à Sarah déclarera même que « cette sensation de sécurité et de sérénité … toutes les histoires qu’on nous rapporte sont une vraie source d’inspiration. »

La situation est d’ailleurs assez paradoxale puisque le logement est très simple, sans technologies, mais les équipements popularisés semblent assez avancés techniquement.

Au début, la mère regarde en permanence ce que sa fille voit comme s’il s’agissait d’un film, ou d’un jeu. L’association de l’aspect ludique et du contrôle est poussée lorsqu’on remarque que la mère, en analysant les constantes de sa fille, lui ajoute des compléments dans son petit déjeuner.
Le pire c’est certainement la volonté de la mère de maintenir en permanence le contrôle parental sur sa fille qui a une vision de bisounours du monde jusqu’au jour où Sarah cherche à découvrir à quoi ressemble du sang, incitée par son ami Trick. Elle se plante alors un crayon dans le doigt, mais ne peut rien voir et se faire surprendre par sa mère, alertée par la tablette.

Comportement bizarre, mère control freak … rendez-vous chez un psy’ ! Le combo gagnant où l’on se rencontre que la fille est plus déconnectée qu’il n’y parait puisque le docteur lui présente des images de personnes qui se battent ou d’une personne triste, et Sarah ne comprend pas de quoi il s’agit. La mère est tout aussi déconnectée puisqu’il demande si ce n’est pas une forme d’autisme. De quoi inciter à la chicote derrière la tête.

Prise de conscience de la mère qui décide de stopper le contrôle parental et de ranger sa tablette bien au fond d’un placard, mais pas trop loin quand même. Trick en profite pour refaire l’éducation de Sarah en lui montrant tout ce qu’un enfant cherche sur internet à sont âge : du porno, de la violence, et du gore. Sarah devient alors une fille normale et sa mère oublie Arkange.

L’adolescence arrive, et la fille de 15 ans fait le mur pour sortir avec ses amis. Sa mère l’apprend et réactive la tablette pour découvrir sa fille en train de coucher avec un garçon : Trick. Une amourette suivie comme une télé-réalité s’en suit et la mère surprend à nouveau sa fille, mais en train de prendre de la drogue. Marie ira menacer le jeune garçon lui demandant de quitter sa fille avant qu’elle ne prévienne la police.

Black Mirror Arkange

La fin de l’épisode nous fait entrer dans le summum de l’horreur. La mère observe sa fille déprimer, car Trick ne lui répond plus et a coupé tout contact avec elle sans prévenir. Elle ira même jusqu’à vivre sa rupture en direct depuis sa tablette. Si ce n’était que ça, mais non. Sarah est tombée enceinte, prévenant la mère sur sa tablette qui lui fera ingurgiter un traitement pour l’avortement avec le petit déjeuner … et bonne journée !

Découvrant le pot aux roses, l’épisode se termine sur une violente dispute, des grands coups de tablette dans la poire, et une fugue.

Analyse

Il était difficile pour moi de pousser une analyse sans exposer la longue liste de faits dont vous avez pris connaissance comme moi ou que vous allez découvrir bientôt sur Netflix.On assiste, comme à chaque épisode, à un constat poussif des dérives que peuvent entraîner les technologies dans notre vie.

Ce qui me dérange le plus, c’est que la mère, comme toutes les mères d’ailleurs, est persuadée de bien faire. Que ce qu’elle fait, c’est pour le bien de son enfant, mais aussi pour se rassurer.
De plus en plus de parents équipent leurs enfants d’objets connectés pour s’assurer qu’ils sont bien à l’école, chez leur copain, ou chez eux. Les technologies offrent un pouvoir basique pour l’instant aux parents, mais qu’en sera-t-il plus tard ? Quelle(s) limite(s) fixeront-ils dans leurs immiscions dans la vie privée de leurs enfants, ados, ou enfants majeurs ? Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. N’ayant pas la vision d’un parent, difficile aussi de me projeter dans le personnage de la mère.

Je peux en revanche me mettre à la place de la fille. On la voit grandir à différents âges où l’on a une confiance aveugle en ses parents. Alors quelle réaction si j’apprenais que ma mère m’espionne en permanence ? Sait où je suis, qui je vois, ce que je fais ? Quelle réaction en découvrant qu’elle a suivi en live ma perte de virginité ?
Il y a ce que nos parents nous inculquent, et ce que l’on apprend par nous-mêmes. La surprotection et le contrôle brident la découverte et les expériences personnelles.
Nos parents ont une autorité et un contrôle naturel sur nous qui s’estompent en même que l’on gagne en maturité. Les technologies de tracking parental vont briser le cours naturel les choses.

Vivre et laisser vivre comme on dit.

En tout cas, et comme à chaque fois que Netflix s’approche d’une réalité, le malaise est bien là.

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