Une équipe de chercheurs du gouvernement des Etats-Unis se préparent à lancer des essais cliniques portant sur une nouvelle méthode de contraception à destination des hommes.

Si la science évolue énormément avec les technologies, il est encore des domaines dans lesquelles les avancées sont plutôt lentes. C’est le cas par exemple de la contraception masculine, qui offre actuellement 2 possibilités (dont une définitive) le préservatif et la vasectomie. À l’inverse, les femmes bénéficient d’une multitude de possibilités, à l’exemple des préservatifs féminins, de la pilule, de l’anneau vaginal ou encore du stérilet. Comme le précise le MIT Technology Review, historiquement, peu d’intérêt a été porté à ce mode de contraception. En cause, le fait que les conduites d’essais sont longues et couteuses, et que déjà beaucoup de modes de contraception existent pour les femmes. Seulement, les attitudes des hommes semblent évoluer, bien qu’elles varient selon les pays, puisque selon une enquête de 2010, au moins 25% des hommes dans le monde envisageraient d’utiliser un contraceptif hormonal.

Ce nouvel essai débutera en avril et sera l’un des plus grands travaux réalisé récemment sur la contraception. Le contraceptif se présentera sous forme de gel topique, c’est-à-dire un gel que l’on dispose sur un point externe du corps, dans ce cas, la peau. Si une autre étude sur le sujet a été réalisée de 2008 à 2012, cette dernière ne semble pas avoir été concluante. Bien que les injections d’hormones réalisées tous les deux mois aient permis de réduire la production de spermatozoïdes, les participants se sont plaints de sautes d’humeur et d’importants effets secondaires. Dans le cadre de ce nouvel essai, le gel combine 2 hormones synthétiques : le progestatif et la testostérone. Le progestatif est chargé d’empêcher les testicules de produire suffisamment de testostérone et donc un niveau suffisant de spermatozoïdes, tandis que la testostérone contrebalancera les déséquilibres hormonaux dus au progestatif.

Les essais se dérouleront aux Etats-Unis, Royaume-Uni, Suède, Chili et Kenya et feront intervenir plus de 400 couples. Une bouteille de gel sera fourni aux hommes, qui devront appliquer l’équivalent d’une demie cuillère à café sur leurs bras et leurs épaules tous les jours. Le gel sèche en environ 1 minute. Selon Diana Blithe, directrice du programme de développement de la contraception au NIH, « Cela ne demande pas beaucoup d’efforts. Il faut seulement se souvenir de l’utiliser tous les jours ». À ce titre, le gel fait baisser les niveaux de sperme pendant 72 heures, il peut donc palier à un oubli.

contraception hommes

© health-foundations

Dans la pratique, les hommes utiliseront le gel durant 4 mois tandis que leurs partenaires utiliseront toujours une contraception féminine. Selon Blithe, les niveaux de sperme doivent descendre à moins d’un million par millilitre pour qu’il n’y ait pas de risque de grossesse. Une fois les niveaux suffisamment bas, les couples utiliseront le gel comme seul contraception quotidienne durant un an.

Une méthode similaire a prouvé son efficacité durant une étude initiale de 6 mois, lors d’un essai effectué par les chercheurs du Population Council. Il semblerait que le gel fonctionne mieux que la pilule car la testostérone fabriquée en laboratoire est éliminée plus rapidement du corps. Quand au gel, l’absorption de l’hormone par la peau permet à celle-ci de rester plus longtemps dans le système sanguin.

Pour Régine Sitruk-Ware, éminente scientifique au Population Council, « Il s’agit d’équité entre les sexes [•••] Les hommes aimeraient aussi pouvoir réguler leur propre fécondité et ne pas être obligés de devenir père ». Si Sitruk-Ware considère que les jeunes hommes seraient ouverts à ce type de contraception, le gel n’est pas encore prêt de voir le jour auprès du public.

Source : MIT Technology Review