La promesse de campagne de Macron est en passe d’être appliquée par le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer. Les téléphones portables vont être interdits dans les écoles et les collèges dès la rentrée prochaine.

Si des applications mobiles telles que Gossip ont largement contribué à la démocratisation du harcèlement anonyme dans les écoles, il n’en reste pas moins que tout n’est pas si négatif dans l’utilisation des mobiles dans les établissements. App entièrement basée sur l’anonymat, Gossip proposait d’échanger des rumeurs et des potins sur d’autres personnes. Évidemment, l’application a remporté un franc succès auprès des moins de 18 ans, dans les collèges et les lycées. Bien que la créatrice se défende toujours des dérives de harcèlement, celles-ci ont été si criantes que l’app a été mise en demeure par la CNIL. Plutôt dans la tendance inverse, des apps comme tbh, récemment racheté Facebook, font leur trou. Aussi basé sur l’anonymat, tbh n’autorise cependant que les questions (et réponses) positives et bienveillantes. Des applications, il y en a dont les pratiques deviennent nocives, et parfois positives. À l’époque, la ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem s’était d’ailleurs aussi mêlé des problématiques liées à Gossip. S’il est sûr que les moins de 18 ans utilisent ces apps durant leurs journées scolaires, est-il vraiment meilleur de supprimer les mobiles dans les écoles et les lycées ?

Dimanche, Jean-Michel Blanquer s’est prononcé sur une décision qui sera effective à la rentrée de septembre 2018, sonnant la fin des téléphones portables à l’école et au collège. Il a néanmoins précisé que les mobiles pourraient exceptionnellement être exploités pour « des usages pédagogiques » et « des situations d’urgence ». En novembre déjà, il avait évoqué des « casiers fermés » permettant d’y déposer son téléphone. Si Jean-Michel Blanquer n’évoque pas la question du cyberharcèlement scolaire qui a lieu directement via les supports mobiles, il prône une question de santé publique. Selon lui, il n’est pas « bon » que les enfants de moins de 7 ans soient trop devant les écrans. Si Le Monde rapporte que plus de 8 adolescents sur 10 possède un téléphone portable (contre 2 sur 10 en 2011, selon le Credoc), cette mesure semble bien difficile à appliquer dans les établissements.

écoles téléphone

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D’une part, l’installation de tels casiers représenterait une somme si énorme que le maigre budget de l’Education Nationale ne pourrait y répondre. Aussi, cela voudrait aussi dire que le personnel d’établissement, soit les surveillants, les professeurs ou CPE, devraient se lancer dans une course folle contre les portables. Avec une moyenne, disons, de 500 collégiens par établissement, difficile d’instaurer le rituel pour tout le monde et tous les matins.

Une fois de plus, plutôt que d’interdire, il serait bon de réguler les usages pour habituer à de nouvelles pratiques. Des pratiques plus saines passent aussi par une éducation, dans laquelle l’école a certainement un rôle à jouer sans qu’elle soit pour autant placée dans le rôle de celle qui interdit. Au-delà du fait que la mesure ne sera certainement pas appliquée dans tous les établissements, il pourrait être de bon aloi de faire de la prévention auprès des écoliers et des collégiens. Des temps de paroles portant sur des questions telles que le temps passé devant un écran ou le cyberharcèlement scolaire pourraient alors être abordés. Cela permettrait aussi d’éduquer sur les nouvelles coutumes qui découlent des évolutions du numérique tout en les encadrant.

De plus en plus, le mobile devient un outil de travail comme l’a été l’ordinateur avant lui. Pourquoi ne pas apporter des éléments pédagogiques allant dans ce sens ?

Source : Le Monde