La Chine est un observatoire fascinant des pratiques digitales. On l’a souvent dit au Siècle Digital, le consommateur chinois est en avance en matière d’usages connectés et beaucoup de pratiques qui se développent dans l’Empire du Milieu arrivent chez nous avec un temps de retard.

L’explosion récente, dans les grandes métropoles chinoises, des applications de surveillance des très jeunes enfants – à l’âge de la crèche et de la maternelle c’est-à-dire bien avant le premier smartphone – a de quoi interpeller.

Les plus utilisées comme MiTu de XiaoMi ou Xiao Tian Cai présentent les caractéristiques suivantes :
– Elles permettent aux parents, via un bracelet connecté au poignet de l’enfant et une appli smartphone, de géolocaliser leur bambin 24 heures sur 24, en temps réel et avec un historique de plusieurs jours ;
– Elles mesurent l’activité de l’enfant : énergie dépensée, temps de sommeil, etc ;
– Elles donnent la possibilité aux parents d’appeler leur enfant : où qu’il se trouve et à tout moment son bracelet est susceptible de signaler à haute voix « maman t’appelle » ;
– En cas de non réponse au bout de dix secondes, le micro de l’enfant s’active et la connexion passe en mode écoute automatique, le parent entend tout ce qui se passe autour de l’enfant ;
– Il existe une touche SOS que l’enfant peut activer s’il s’estime en situation de danger (et qu’il déclenche bien entendu généralement par erreur) ;
– Les parents peuvent définir une zone géographique de laquelle l’enfant ne doit pas sortir (par exemple un rayon d’un kilomètre autour de la maison) avec un système d’alerte en cas de franchissement de la limite ;
– L’enfant a lui la possibilité d’appeler ses parents ou quelqu’un d’autre figurant dans son répertoire personnel en prononçant juste son nom ;
– Le bracelet ressemble à une montre connectée sans chiffres ni clavier, avec juste un capteur gps et une liaison audio ;
– Les tout derniers modèles sont dotés d’une fonction vidéo.

MiTu de XiaoMi

Ces dispositifs procurent bien entendu aux parents un sentiment de contrôle et de sécurité absolu. Ils témoignent des apports sans limite du digital dans le domaine de la surveillance, ainsi que des dérives et effets contre-productifs qui y sont associés. Ils posent surtout des questions nouvelles auxquelles toute société va devoir être capable d’apporter des réponses. L’enfant n’a-t-il pas droit à un minimum de tranquillité et de déconnection ? Doit-on lui reconnaitre un droit à la vie privée vis-à-vis de ses parents ? Ces outils de surveillance ne vont-ils pas à l’encontre du développement de l’autonomie de l’enfant ? Et de son équilibre psychologique ? Qui peut en effet s’empêcher de penser que l’enfant ayant grandi sous ce contrôle permanent éprouvera plus tard le besoin d’envoyer parents, objets et études balader pour éprouver les plaisirs de la liberté et de la transgression ?

Notre société est sans doute un peu moins perméable aux « avancées » technologiques que la société chinoise hyper connectée. En France, les applis de surveillance comme Footprints visent surtout à pister les ados sur leur téléphone portable. Mais préparons-nous car les solutions à la chinoise pour les tout petits arrivent, et on entrevoit déjà les débats et controverses qu’elles vont susciter lorsque, dans les salles de sieste de nos crèches et maternelles, des multitudes de bracelets connectés vont se mettre à clamer « maman t’appelle ».

A propos de l'auteur

En charge de l’Asie à l’Ifop, je cherche à comprendre ce qui transforme la vie des gens et des marques. Je passe beaucoup de temps dans un pays merveilleux où on ne peut accéder ni à Google, ni à Facebook, ni à Twitter.

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