C’est la question que l’on se pose naturellement après la lecture d’une dépêche de Reuters sur la vision stratégique et le business model de l’entreprise iRobot. Ces robots de nettoyage que vous avez sûrement aperçu chez les distributeurs d’électroménager. iRobot prévoit dans sa stratégie de développement de collecter les données de ses utilisateurs, c’est-à-dire la cartographie du domicile en question avec ses composants comme la surface, la marque du smartphone (via l’application), l’utilisation et la fréquence et bien d’autres qui pourraient être collectées. Car l’objectif derrière serait, entre autres, de les monétiser.

EDIT – 01/08/2017 – Suite à la publication de l’article, l’agence de presse française de iRobot nous a transmis la réponse du CEO quant aux allégations de ventes des données : « IRobot ne vend pas de données car nos clients sont pour nous une priorité. Nous n’abuserons jamais de leur confiance en vendant ou violant des données liées au client, y compris les données collectées par nos produits connectés. À l’heure actuelle, les données recueillies par Roomba lui permettent de nettoyer efficacement la maison et de fournir aux clients des informations sur les performances de nettoyage. IRobot est convaincu qu’à l’avenir, ces informations pourraient fournir encore plus de valeur à nos clients en permettant à la maison intelligente et à ses périphériques de fonctionner mieux, mais toujours avec leur consentement explicite. »

Les données, la valorisation d’une entreprise

Si l’on regarde le classement des plus grandes marques en terme de valeur de marque, on se rend compte que les sociétés technologiques dominent principalement le top 10. Au moins 7 marques sont connues pour collecter les données, mais surtout s’en servir intelligemment pour croître. C’est le cas d’Apple (n°1), Google (n°2) ou encore Amazon (n°8).

Justement ce trio faisant parti des GAFAs pourraient potentiellement être intéressées par les données d’iRobot. Comme l’auteur de The Next Web le précise et où je le rejoins, Amazon pourrait se servir de données pour personnaliser votre compte encore plus. Possédant un iRobot, vous pourrez voir en première page du site ou l’app d’Amazon, des produits d’entretien ou des accessoires iRobot. De plus l’assistant virtuel Echo prévoit de pouvoir se connecter avec iRobot. Quant à Google et Facebook (oui rajoutons le dans la liste), les données d’iRobot seraient une ciblage supplémentaire aux centres d’intérêts qui font leurs performances au sein Facebook for Business (les publicités) et Google Display / Adwords. Enfin pour Apple, les données pourraient également l’intéresser pour son assistant virtuel le HomePod.

Du coup, on peut légitimement se poser la question de notre place en tant que consommateur. Rappelons que iRobot a pour promesse de nettoyer un domicile, pas de recommander d’autres services et produits via des marques tierces.

Quelle place pour le consommateur ?

Alors le sujet est loin d’être nouveau, nous connaissons déjà des « technologies intelligentes » permettant de réguler automatiquement le thermostat d’une maison (Nest) ou des caméra de surveillance. Ces données sont déjà collectées et potentiellement monétisées. Mais l’intérêt des informations d’un iRobot, c’est la capacité à regrouper des données liées à l’espace en cartographiant sont parcours.

Il y a tout un écosystème de choses et de services que la maison intelligente peut offrir une fois que vous avez une carte riche de la maison que l’utilisateur a permis de partager. – Angle, CEO de Roomba (société fabriquant iRobot).

Le soucis qui se pose, c’est la permission de partage sera implicite même si elle est inscrite dans le contrat. Cependant, le marché actuel est centré sur la capacité du robot à réaliser correctement sa tâche d’entretien et non encore sur sa capacité à cartographier une maison. Ce qui laisse encore quelque temps avant de voir le plan d’architecte vendu à Amazon et le reste de la bande.

Pour autant, l’utilisation de ces données sont aussi une manière de rendre le ciblage publicitaire intelligent et de restreindre le phénomène des adblockers auprès des internautes. Cibler de manière pertinente est un bon moyen de réduire l’exaspération des internautes (les formats sont aussi en cause). C’est d’ailleurs intéressant de voir que certains des acteurs cités plus haut (Google et Facebook) ont formé il y a quelque temps la Coalition for Better Ads afin de réconcilier leur régie avec les annonceurs et les internautes.

Se pose encore la question de savoir si nos données seront utilisées à bon escient. En soi, qui se fiche se savoir que votre appartement fait une surface de 65m2 et que vous passez l’aspirateur deux fois par semaine ?

Source : Reuters.

A propos de l'auteur

Co-fondateur et éditeur de Siècle Digital - Plusieurs expériences dans le digital planning, le trafic management et le social media. J'ai également été Maître Dresseur Pokémon en 1999…

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