Le CES 2017 vient de se clôturer avec son lot de distinctions labellisées “French Tech”, à l’image de Origone, Nebo, Buddy ou Spartan. Mais que se cache t-il vraiment derrière l’anglicisme “French Tech” ? Est-ce une énième lubie politique vide de sens ou un vrai levier de croissance économique pour notre pays.

La French Tech c’est quoi ?

Lancée à grand frais en 2013 sous l’égide de Fleur Pellerin puis repris par Axelle Lemaire actuelle secrétaire d’Etat au numérique et à l’innovation, la French Tech est destinée à mettre en valeur l’écosystème entrepreneurial français et promouvoir les startups françaises à l’international. Depuis, le programme a labellisé de nombreux territoires avec son dispositif “Metropole French Tech”. On compte notamment la ville de Lyon qui exploitera 2800 mètres carrés estampillés French Tech via un trio d’entreprises dont Arty Farty (l’association à l’origine des Nuits Sonores) ou la cité numérique à Bordeaux.

Comptant ainsi sur une forte présence régionale l’entité a créé les “Réseaux Thématiques” qui comme l’indique son nom regroupent autour d’un domaine plusieurs startups régionales pour “amener une dynamique sectorielle sur le plan national et en accroître l’impact à l’international”. En somme exposer (et exporter) à l’international le fruit d’un travail régional. Toujours dans cette volonté de dépasser les frontières on compte 12 French Tech Hubs (San Francisco, Abidjan ou Tokyo), un maillage complet et audacieux du lobby euh… label.

Une initiative contestée plus dans la forme que dans le fond.

Dans un pays réputé pour être amoureux des mots subtiles et raffinés, la lourdeur avec laquelle l’Etat à coups de millions a lancé son label a suscité de nombreuses réactions. Dans une tribune au vitriole Idriss Aberkane relevait :
“Avez-vous déjà entendu parler d’un label German Tech ? Non ? Japanese Tech ? Non plus ? Ces pays sont pourtant des puissances technologiques exportatrices supérieures à la France. Il semble que l’on puisse exceller sur le plan technologique sans que l’Etat s’autoproclame votre porte-parole obligé.” Touché. En gros on crée un organisme qui va clamer au monde que nous sommes les meilleurs parce que vous savez vous amis américains, japonais, allemands ne l’avez pas encore compris. So french. De plus on ne peut s’empêcher de penser que cela sonne comme un aveux d’échec de l’ Etat. Celui de n’avoir su prendre le train de l’innovation à temps et laisser à quais ses valises de mauvaises habitudes. On ne peut s’empêcher de penser qu’on politise l’entrepreneuriat avec des mots et l’entrepreneuriat a besoin d’actes, concrets…

Faute d’équivalent dans le monde on ne peut comparer l’efficacité réel du programme. Est-ce que sans le label French Tech les startups françaises rencontreraient le même succès ? Personnellement je pense que oui, le milieux entrepreneurial par définition est toujours à la recherche d’investisseurs alors, oui, une aide étatique est toujours la bienvenue, mais si un projet est viable et brillant il trouvera un fond d’investissement pour miser sur lui. En fin de compte la French Tech se sert elle-même plus qu’elle ne sert les startups. Ubisoft, Infogrames et plus récemment Critéo n’ont pas eu besoin d’un quelconque label pour s’imposer mondialement. C’est bel et bien leur savoir-faire qui leur ont ouvert les portes du gotha mondial.

Bien sûr, labelliser veut aussi dire exclure, donc cela voudrait dire quoi ? Que les régions non estampillées French Tech n’auraient pas le droit de voir leurs startups rentrer dans le game ? Mais à l’inverse la labellisation de villes comme Nantes ou Montpellier ont permit une bonne visibilité et on a pu retrouver certaines de leurs pépites à Las Vegas durant le CES. Mis à part les collectivités locales personne n’y gagne énormément donc.

Je le rappelle le label en lui-même ne rémunère pas les startups. Pourtant l’économie du web pousse à supprimer les intermédiaires, sa mythologie récente peuplée de Steve Jobs, Bill Gates ou Marc-Antoine Granjon (Vente Privée) pour faire plus français, parle de jeunes “Self-Made men”. Si l’état veut aider ces jeunes pousses pourquoi ne pas directement s’adresser à elles ? Disons que politiquement une mise en scène est plus rentable, logique politicienne quand tu nous tiens..

Comme dit précédemment pour apporter vraiment quelque chose de nouveau il fallait abandonner nos bonnes vieilles habitudes franco-françaises d’auto-congratulation, d’entre soi et de politisation à outrance.
Car dans le fond vouloir montrer la vitalité entrepreunariale du pays est une bonne chose, envoyer un message de modernité au monde aussi. Mais comme le dit le proverbe si tu es obligé de crier que tu es le plus fort c’est que tu ne l’es déjà plus…