Beyond The Void, une startup française eSport et Blockchain

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Suite à la publication récente de l’article « Blockchain Ethereum, de quoi parle-t-on ? », j’ai été contacté par une startup dont le produit et le modèle économique sont tout à fait remarquables. En effet, elle développe un jeu vidéo de type MOBA-RTS (Multiplayer Online Battle Arena) et qui vient de réaliser la première ICO (Initial Coin Offering) française. Ce projet et son modèle sont particulièrement étonnants car ils exploitent judicieusement les capacités de la blockchain, en l’occurrence celle d’Ethereum, pour en tirer le maximum de valeur.

Un jeu vidéo dans la droite ligne des MMO

Les MOBA, catégorie dans laquelle se classe Beyond The Void, sont des jeux (d’après Wikipédia) associant le jeu de stratégie en temps réel et le jeu de rôle. L’appellation Action Real Time Strategy (A-RTS) est également employée. Le MOBA est ainsi un sous-genre du MMO les jeux de stratégie en ligne. Les MMO (jeux massivement multijoueur) se sont démocratisés quant à eux dans les dernières années avec en tête d’affiche des jeux comme World of Warcraft ou encore Final Fantasy. La particularité du jeu est qu’il est « free-to-play », vous pouvez l’installer et commencer à jouer sans rien payer et sans que cela pénalise l’expérience de jeu, et ensuite il est en mode 1vs1, c’est-à-dire que l’objectif est de faire des parties en un contre un. L’objectif avoué est de développer une communauté de joueurs qui pourront s’affronter au cours de compétitions d’eSport

L’histoire du jeu commence dans une galaxie lointaine… il y a des centaines d’années, un peuple découvre la matière la plus puissante de l’univers « le cube ». Cette découverte extraordinaire a permis le développement d’un nouveau type de technologie permettant de voyager à travers tout l’univers. Mais rapidement, les réserves de « cubes » commencent à diminuer. Pour continuer à se développer, ce peuple, constitué de grandes familles nobles, a commencé à partir en guerre pour contrôler cette matière si précieuse. Avec l’aide de ses alliés, la famille noble la plus puissante a créé la paix et fondé un empire galactique. Les familles, connues sous le nom de maisons, étaient les Harkon, Asgar, Syan, Morsith et Estherid. Maintenant, les « cubes » se trouvent uniquement dans les systèmes sauvages au-delà des frontières de la galaxie. Les barons des maisons vont devoir tout faire pour les obtenir. Les capitaines, avec leurs vaisseaux puissants, vont se battre en leur nom pour le contrôle des « cubes ».

Un univers tout droit tiré de la fantaisie et de la science-fiction qui plaira à tous les aficionados du genre. Les grands jalons du projet sont une bêta en février pour les personnes qui ont participé à l’ICO, une extension de la bêta à partir d’avril pour tout le monde et enfin un dernier jalon en juin 2017 pour une release public.

Une startup française qui fait parler d’elle à l’international

Beyond The Void est avant tout une startup française basée à Lyon et co-fondée par Rémi, Maxence, Eric et Manon Bürgel, une vraie histoire de famille puisque Eric et Maxence sont frères et que Manon et Rémi sont les enfants d’Eric. Pourquoi fait-elle parler d’elle à l’international ? Elle vient de lever plus de 300 000 $ grâce à une opération de levée de fonds appelée ICO au travers d’un Smart Contract sur Ethereum. La particularité de leur technique de levée de fonds est qu’elle fonctionne sur le même modèle que celui d’une levée de type crowdfunding sauf que celle-ci s’est faite au travers de la blockchain Ethereum. L’opération a duré un mois exactement du 1er novembre au 1er décembre 2016 et a rapporté exactement :

  • 30 395 ETH (la crypto-monnaie en circulation sur Ethereum) équivalent à 248’093$
  • 463 696 BCY (la crypto-monnaie en circulation sur BitCrystals) équivalent à 84’413$

Le montant total de l’opération a rapporté précisément 332 505 $, une belle opération pour une entreprise française qui a su trouver son marché directement aux États-Unis au travers d’une technique digne des projets les plus disruptifs de la Silicon Valley. Pour se faire, et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si une partie de la levée de fonds s’est fait sur BitCrystals, Beyond The Void s’est fortement inspiré de ce qu’avait réalisé une entreprise de jeu vidéo Suisse Spells of Genesis.

Tout cela aboutissant à une couverture médiatique importante outre Atlantique avec entre autres un article paru fin octobre dans le célèbre magazine Forbes à propos de cette startup frenchy.

L’Initial Coin Offering comme démarche de levée de fonds

Cette approche retenue par Beyond The Void pour réaliser sa levée de fonds est suffisamment rare pour être mentionnée et étudiée. Commençons par le début, qu’est-ce qu’une ICO ? Il s’agit initialement d’une technique consistant à introduire sur le marché une nouvelle crypto-monnaie, pour rappel il y en actuellement plus de 600 dont en tête d’affiche Bitcoin ou Ethereum. Dans le cas de cette startup, l’idée a été de créer une nouvelle crypto-monnaie, le Nexium, afin qu’elle devienne le système monétaire sous-jacent du jeu vidéo. Ainsi, 5 000 000 de Nexiums ont été vendus lors d’une pré-vente en juin dernier, et 60 000 000 autres ont été mis en vente dans le cadre de cet ICO au travers d’un Smart Contract qui définit les règles d’achat et de conversion d’un Ether en Nexiums. Cette nouvelle monnaie est basée sur un « token » créé sur la blockchain Ethereum. Un token en français est un jeton numérique, une forme d’actif virtuel qui possède une valeur, en l’occurrence la valeur que les utilisateurs sont prêts à payer et le prix que les créateurs en demandent pour répondre à leurs enjeux, bref c’est la loi de l’offre et de la demande. De plus, dans le cas du Nexium, tous les tokens n’ont pas été vendus, et dans ce cas les jetons invendus seront brûlés à terme, c’est à dire qu’ils seront détruits. Donc, il ne reste en circulation au sein de la blockchain que les Nexiums qui ont été vendus et uniquement ceux-là.

D’ailleurs, la distribution initiale des Nexiums a été réalisée comme suit :

  • 15% pour la promotion du jeu
  • 15% pour les fondateurs
  • 70% pour la communauté

Des perspectives de développement originales

Ces Nexiums, maintenant qu’ils existent, peuvent être utilisés pour acheter des objets virtuels (actifs digitaux) qui enrichissent l’expérience de jeu ou bien être échangés contre une autre crypto-monnaie sur des plateformes comme OpenLedger ou Etherdelta. Quelques spécificités supplémentaires à relever dont notamment le fait que le Nexium n’est pas minable, donc pas de création de nouveaux coins, c’est même l’inverse qui est prévu puisqu’à chaque fois qu’un utilisateur achètera un actif digital sur la place de marché vendu par la startup, cette plateforme qui servira à la société pour monétiser son activité, la moitié des Nexiums seront brûlés lors de la transaction pour rendre cette crypto-monnaie de plus en plus en rare, et donc en faire grimper la valeur.

À terme, l’idée serait ainsi que les actifs digitaux achetés dans le jeu prennent de la valeur par la rareté qu’ils représenteraient, vision collectionneur, ou par le fait que le prix qu’ils vaudraient au moment de l’achat ne soit plus le même quelques mois ou années après, vision spéculateur. Pour autant, le modèle proposé est différent de celui de jeux connus comme World Of Warcraft, où la spécialité est depuis de nombreuses années le développement des personnages par des ordinateurs pour ensuite les revendre avec une plus-value liée à l’expérience du personnage accumulée par ce biais. Dans Beyond The Void, les actifs digitaux ne seront pas valorisés en fonction de critères liés à leur utilisation dans la partie, en tout cas les fondateurs ne veulent pas aller sur ce terrain pour éviter les dérives des « bots » qui polluent l’expérience de jeu des utilisateurs.

Par ailleurs, l’idée de disposer d’actifs digitaux utilisables dans d’autres jeux, et donc revendables au travers d’une place de marché entre utilisateurs, laisse penser à des situations assez intéressantes. Ainsi, on peut tout à fait imaginer qu’un actif acheté aujourd’hui soit encore valable dans 10 ou 20 ans dans d’autres jeux, ce qui le rendrait vraiment tangible à la différence d’assets achetés dans un jeu lambda, tel que les crédits dans les jeux comme Candy Crush, qui ne donnent aucune autre perspective que celle d’être utilisés au sein d’un seul jeu, et en plus avec une durée de vie éphémère.

Finalement, l’arrivée sur le marché de nouveaux produits et services basés sur la blockchain, comme ce jeu vidéo, et avec des modèles de financement comme l’ICO ou la mise en œuvre d’une place de marché pour l’achat, la vente et l’échange d’actifs numériques, permettent d’imaginer des nouveaux usages en rupture. Imaginez, par exemple, demain être propriétaire d’un actif digital comme une licence logicielle qui vous donnerait la possibilité d’utiliser des outils de différents éditeurs et que vous pourriez céder ou échanger à tout moment avec d’autres utilisateurs. On peut même imaginer cela à l’échelle d’une fonctionnalité d’un logiciel, vous achèteriez ainsi un token vous donnant un droit d’usage de cette fonctionnalité (une parmi d’autres) et ce droit serait transférable d’un logiciel à un autre. Tout est envisageable, mais surtout tout est à creuser, ce qui est sûr c’est que les perspectives sont présentes, les opportunités aussi, et qu’il y a un monde qui s’ouvre pour qui saura l’identifier et le développer.

A propos de l'auteur

Passionné par l’innovation, le numérique et le management, il s’intéresse particulièrement aux mécanismes liés à l’entreprenariat et en particulier aux startups. Manager dans un cabinet de conseil dans le secteur de la Banque / Assurance, il est dans le domaine du Digital, du Management, de l’Innovation et de l’Agilité depuis 2000. Il anime un blog sur ces thématiques http://sebastienbourguignon.com et a créé le projet #PortraitDeStartuper.

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