Covoiturage nocturne ou complicité d’activité illégale d’une profession réglementée ? La startup parisienne Heetch lance sa campagne de communication avec l’agence Buzzman, un mois avant de se rendre au tribunal correctionnel.

Comme on le sait, les lignes bougent souvent par la société civile, et Heetch le sait très bien, La startup veut donc mobiliser en vitalisant son capital sympathie en s’appuyant sur sa base d’utilisateurs de noctambules de 18/25 ans. Quoi de mieux qu’une fête au Carreau du Temple pour réunir 2 000 personnes et lancer sa vidéo de campagne et son hashtag « #TouchePasAMonHeetch » ?

Buzzman réalise une vidéo de campagne cohérente. Elle reprend l’esthétisme, le sentiment de rupture générationnelle et des codes de construction dont la filiation vient directement de ce que produisent déjà les internautes depuis plusieurs années, en assemblant différents morceaux de discours pour former un message.

Quelques exemples d’User Generated Content :

Une des vidéo qui a popularisé le genre

Un montage plus récent qui reprend la même logique

Heetch cherche donc à toucher, converser et mobiliser autour de son service avant l’ouverture des hostilités au tribunal correctionnel.

Heetch : même trajectoire qu’UberPop ?

Les manifestations qui avaient embrasé la capitale en juin 2015, avec pour cible principale UberPop, avaient renforcé le désamour de beaucoup de français pour les taxis. Les applications sont souvent comparées sur deux plans. Le premier est que les chauffeurs n’ont pas de licence VTC, le deuxième est le tarif low cost du service.
D’un côté, le débat public se résumait alors à une unanime détestation de ses rentiers, taxés d’anachronisme pour une époque ou quand un service « fit » avec un besoin, tout questionnement et toute problématisation sont évacués. Évacuée, donc, la question des données personnelles, de la protection des « salariés », ou de la précarité latente qui se niche dans l’acte de transformer son véhicule en « taxi » pour arrondir ses fins de mois, le tout, en étant soumis à la note de chaque client.
De l’autre côté, la difficulté de se déplacer passé une heure avancée, des tarifs bas pour les usagés et une prestation des chauffeurs jugée bien plus qualitative soulignent la nécessité d’une refonte de l’environnement du transport à courte distance. On pourrait également rajouter « l’accès à l’emploi » bien moins problématique pour des personnes souvent discriminées à l’embauche pour leur couleur de peau, leur lieu d’habitation ou leur nom de famille.
Les fondateurs se sont toujours défendus de proposer le même service qu’Uberpop. Si le service permet à beaucoup de Franciliens de pouvoir sortir (habiter en banlieue parisienne oblige les noctambules à une logistique pénible) et rentrer en sécurité (le service ne fonctionne que de nuit), il ne faut pas nier qu’on paie souvent le prix proposé par l’application (basé sur la distance, et ce, même si la contribution du voyageur est libre), et que l’on est souvent dans une prestation plutôt que de partage à proprement parler.
Avant la convocation au tribunal le 22 juin pour complicité d’exercice illégal de la profession de taxi, la startup Heetch a un mois pour faire entendre sa voix auprès de l’opinion publique.