Si l’on cherche une population qui est née avec le numérique, on peut trouver sur Wikipédia le terme enfant du numérique. C’est une génération d’enfants ayant grandi dans un environnement connecté et qui a vécu l’explosion d’Internet. Pour moi, la génération numérique ne se cantonne pas à une simple tranche d’âge, mais plutôt une compréhension naturelle du monde digital avec une affinité profonde pour celui-ci. Ceci permet de l’élargir à des personnes plus âgées, et d’en soustraire les personnes sans affinités avec le numérique. Car oui, il y en a.
Plusieurs « générations » ont donc connu le développement du numérique et des nouvelles technologies. Les jeux vidéos, la photo numérique, les tchats, Napster, mIRC, ou les forfaits Internet à l’heure ont été le commencement. Puis sont arrivés les smartphones, la 3G, les forfaits illimités et surtout l’avènement des réseaux sociaux.
Tout ceci offre un terrain d’expression qui n’a jamais été régi que par des conditions générales d’utilisation. Les utilisateurs ont donc une immense liberté d’opinion et d’expression qui peut devenir un levier d’influence puissant, mais aussi impliquer des dérives.

Le nouveau pouvoir.

Partout dans le monde, la définition du pouvoir est en train de se transformer. Les contestations politiques sont de plus en plus fréquentes, et nous avons une image de la gouvernance qui n’est plus représentative de ce que nous sommes. Sur la même dynamique, des entreprises d’un nouveau genre viennent renverser des secteurs traditionnels.
« L’ancien pouvoir fonctionne comme une monnaie. Apanage d’un petit nombre, il est, une fois acquis, jalousement gardé. Ses détenteurs en possèdent de profondes réserves : il est fermé, inaccessible, piloté par une poignée de leaders. Il suit une dynamique descendante, du sommet vers la base.
Le nouveau pouvoir est, lui, comparable à un courant. Produit par un grand nombre d’acteurs, il est ouvert, participatif et piloté par la masse. Son fonctionnement est ascendant : à l’instar de l’eau ou de l’électricité, c’est quand il jaillit qu’il est le plus puissant. »
Jeremy Heimans et Henry Timms dans Havard Business Review.

Il y a un climat structurel qui est en train de s’installer dans la relation qu’entretiennent ces générations avec les différents pouvoirs. Le dialogue se rompt facilement et rapidement avec toutes formes de pouvoir qui ne saurait s’adapter à ces générations. Les talents fuient par manque d’adaptation des grandes entreprises qui restent figées sur des grilles de salaires et des méthodes de managements classiques. Pire encore, ces générations attendent un changement profond de notre société, mais ne trouvent aucun moyen de s’identifier à la classe politique actuelle. Cette dernière ne présente pas de solution permettant de croire en un avenir positif. Au final, un cercle vicieux s’installe. Les politiques sont perdus parce qu’ils n’arrivent pas à parler aux français. Ces derniers se détachent parce qu’ils n’arrivent pas à se faire entendre par leurs politiques.

Si ces nouvelles générations ont du mal à se reconnaitre dans une classe politique qui semble inchangée depuis des années, la relation aux médias est beaucoup plus forte à présent. Les générations précédentes n’avaient pas accès à tant d’information(s). L’offre de supports d’information est presque équivalente à celle de la demande. Des millions de blogs existent dans le monde, de même que des podcasts, comptes Twitter, Pages Facebook, etc. Les marques et même les personnes peuvent devenir de médias. Parfois relayeurs d’information, parfois directement producteurs d’information. À présent presque tout le monde peut en 3 clics créer un blog, ou repartager du contenu. Cette prolifération rapide de contenu et sa facilité d’accès ont créé une recherche insatiable de vérité. Désormais lorsqu’un média puissant partage une information notre premier réflex est d’aller voir sur Twitter ou sur le site d’un concurrent si l’information est véridique ou peut être complétée. De la même manière, cette quête a fait émerger des lanceurs d’alertes comme Mediapart, Edward Snowden ou Julian Assange pour les citoyens. D’ailleurs face à cette quête de vérité, la seule réponse de l’ancien pouvoir aura été de créer une protection du secret des affaires.
Internet a aussi permis l’émergence de la culture libre. Le piratage de musique, séries, films, livres, BD, documentaires … a poussé ces générations vers un niveau culture souvent plus élevé que celui des générations précédentes qui avaient accès à moins de médias. Les téléchargements se faisant en Peer-to-Peer (ordinateur à ordinateur) créent de fait une interdépendance entre chaque personne. Il est fort probable que ce schéma ait créé implicitement un besoin d’une horizontalité dans les échanges avec les autres. Il subsiste une relation au pouvoir qui est la plateforme de téléchargement. Elle apporte la structure, pose des règles, ouvre des libertés, et s’adapte aux besoins des utilisateurs. Mais cette plateforme ne fonctionne pas sans les personnes qui partagent, chaque utilisateur à besoin des autres, et inversement.

Cette façon de procéder pourrait expliquer l’émergence du Parti Pirate dans les pays nordiques, notamment en Islande. Suite au scandale des Panama Papers touchant directement des responsables politiques, ce parti est alors crédité à 40% d’intention de vote.

Les dérives dans une liberté non surveillée.

Si ces générations numériques ont un besoin de reconnaissance et d’écoute face au pouvoir, il semblerait qu’elles ne souhaitent aucune forme d’autorité sur Internet. C’est d’autant plus vrai chez les jeunes pour qui cet univers rime avec anarchie. Il n’y a ni pouvoir ni autorité, chacun est libre de dire ce qu’il veut et d’agir comme il le souhaite. Si cette vision peut avoir du bon, elle entraine inévitablement de nombreuses dérives sur les réseaux sociaux. Face aux règles encadrant leurs vies à la maison, au collège ou au lycée, Internet est un terrain de jeu sans limites. Le cyberharcèlement a beau exister depuis des années sur Internet, il n’a vu apparaitre une loi le concernant qu’au 4 aout 2014. Aussi 1 parent du 10 pense que son enfant a déjà été cyberharcelé. Les comportements et la perception de liberté sur Internet seront difficiles à changer.

Si les jeunes se sont dans un premier temps rués sur Facebook, l’arrivée de leurs parents les a fait migrer sur une plateforme plus agréable et moins surveillée : Twitter. Le sentiment de liberté de laisser des messages de 140 caractères sans forcément être jugés, pouvoir prendre parti pour une équipe de foot, commenter une émission permet de renforcer leur sentiment d’appartenance à différents groupes. Comme moi plus jeune sur les tchats de Caramail, ils rencontrent d’autres personnes sur Internet.
Derrière cette belle image peuvent se manifester de nombreuses dérives. J’en ai fait l’expérience suite à une grosse coïncidence dont le résultat s’est manifesté de différentes manières :
Au début on ne comprend pas trop, mais c’est rigolo.

Et puis d’un coup ça dégénère.

Si j’ai la chance d’avoir de l’humour et d’être tombé sur des créatifs, comment aurait pu réagir un enfant de 15 ans face à une communauté aussi virulente ?
Il serait très simple de trouver d’autres exemples plus criants. Notamment si vous prenez le temps de chercher quelques messages de la communauté de TPMP suite à la « gifle » de Joey Starr.

Pour lutter contre ces dérives Twitter, annonce petit à petit des mesures pour protéger ses utilisateurs. Conscient du mal qui peut être fait, de nouvelles règles ont été instaurées, et un comité constitué d’acteurs extérieurs a été créé.

D’autres phénomènes ont aussi fait leur apparition comme le Revenge Porn. Pratique consistant à diffuser une sextape enregistrée avec son ex sur une plateforme accueillant ce type de vidéo. Si en France nous sommes très bien protégés, aux États-Unis seulement 27 états sur les 52 ont appliqué des lois pour protéger les citoyens. Le gouvernement anglais a même fait une campagne à ce sujet : Be Aware B4 You Share.

Il est excitant de voir s’élever une voix nouvelle sur Internet, constituée de personnes de tous bords, de tous âges et de cultures différentes. Mais la profondeur du web aujourd’hui n’est plus celle qui était dans les années 2000. Les cours d’éducation civique et de droit devraient dès le collège prévenir des dérives possibles des réseaux sociaux. S’il est impossible de contrôler, il faudrait au moins informer et mieux protéger ceux qui peuvent être exposés.